Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

Roberto Colozza, Lelio Basso. Una biografia politica (1948-1958),

Ouvrages | 09.10.2012 | Marc Lazar

Rome, Ediesse, 2010En France, Lelio Basso n’est guère connu sauf par les experts du socialisme et certains historiens qui savent que ce personnage a créé à Rome une fondation portant son nom qui dispose de remarquables fonds sur la Révolution française et le socialisme italien et européen, qui, dans les années 1970-1980, entretenait des rapports étroits avec des chercheurs de l’École des hautes études en sciences sociales et qui, aujourd’hui encore, représente un foyer de vie intellectuelle en Italie. En effet, Lelio Basso (1903-1978) a été l’une des grandes personnalités du socialisme et de la vie politique de l’autre côté des Alpes. Roberto Colozza lui consacre « une biographie politique » centrée sur les dix années de sa vie qu’il considère être les plus décisives pour son activité au sein du Parti socialiste italien (PSI), seul parti de cette famille à être resté en Europe occidentale aux côtés d’un parti communiste durant la guerre froide.


Claire Garnier et Laurent Le Bon (dir.), 1917. Catalogue de l’exposition tenue au Centre Pompidou de Metz du 26 mai au 24 septembre 2012 , en partenariat avec la Direction de la Mémoire, du Patrimoine et des Archives du ministère de la Défense

Expositions | 28.09.2012 | François Cochet

Affiche de l'exposition "1917", Centre Pompidou de MetzL’exposition 1917 a connu à Metz un bon succès. Construite sur l’idée d’une exposition dédiée à une unique année, elle n’est pas la première du genre. Séville s’y est essayée en 1992 dans « L’art autour de 1492 », l’année « 1912 » a fait l’objet de deux expositions, l’une à Cologne en 1962 et l’autre à Winnipeg. En 2000 a été montée, au Grand Palais, une exposition consacrée à « 1900 ». L’idée de dédier une exposition à une année précise a donc déjà été expérimentée. Pourquoi l’année 1917 ? Les auteurs de l’exposition ont voulu en faire l’année d’un changement de paradigme et l’apparition de la mondialisation. On pourrait leur rétorquer que la « mondialisation » n’attend certes pas 1917 pour s’exprimer dans bien des registres et qu’il y a là plutôt une ignorance du passé qu’une vraie nouveauté. De manière plus intéressante, cette année se situe effectivement en termes de mutation par rapport aux évolutions artistiques, notamment dans l’œuvre de Picasso. « Date-écrin », selon Laurent Le Bon, c’est effectivement aussi une date-prétexte, appuyée sur une des années les plus complexes dans la Grande Guerre. Année des espoirs militaires, puis d’un doute majeur dans l’armée française, année de lassitude dans les sociétés de l’arrière, année de deux révolutions en Russie, ce millésime mérite effectivement que l’on s’interroge sur sa signification artistique, mise en relation avec le climat de la guerre. L’exposition n’a pas prétendu à l’exhaustivité, ce qui aurait d’ailleurs été inepte, et le catalogue reprend une formule identique. « 1917 » revendique le fait d’être une exposition chronologico-thématique. Il s’agit « d’une carte visuelle d’un moment précis accrochée au mur comme un immense collage et pas seulement "une unité factice entre éléments hétérogènes", selon les mots d’Antoine Prost », comme l’avance Laurent Le Bon.


Raphaëlle Branche et Fabrice Virgili (dir.), Viols en temps de guerre,

Ouvrages | 28.09.2012 | Bruno Cabanes

Payot, 2011Trop souvent, les violences sexuelles sont considérées comme une réalité inhérente au temps de guerre, au même titre, par exemple, que la brutalité du champ de bataille, la destruction des habitations ou les pillages. Le mythe fondateur de l’enlèvement des Sabines, rapporté par Tite-Live dans le Livre I de son Histoire romaine et représenté dans le célèbre tableau de David, renforce encore cette idée : la guerre s’accompagnerait nécessairement de la possession des femmes de l’ennemi. La réalité est naturellement différente, car la fréquence des violences sexuelles en temps de guerre dépend largement du type de conflit. Certains sont considérés comme « rape prone », favorables au développement des viols (par exemple, le nettoyage ethnique en Bosnie) ; d’autres, à l’inverse, sont « rape free », ou du moins les viols y sont relativement rares – par exemple, le conflit israélo-palestinien (Tal Nitsan). La première qualité de ce livre collectif, issu d’un colloque organisé à Paris en 2009, est d’apporter de la complexité et de l’intelligibilité à des violences généralement banalisées et incomprises.


Catherine Merridale, Les guerriers du froid : vie et mort des soldats de l’Armée rouge, 1939-1945,

Ouvrages | 28.09.2012 | Thomas Chopard

Fayard, 2012Sept ans après sa parution initiale, en anglais, la traduction de Ivan’s War de Catherine Merridale offre un aperçu du renouveau historiographique relatif à la Seconde Guerre mondiale en URSS, initié tant par un regain d’intérêt des pays ex-soviétiques que par des recherches plus larges portant sur les violences de guerre au XXe siècle. Le premier ouvrage de l’historienne britannique, Night of Stone. Death and Memory in Russia, portait sur la culture populaire de la souffrance et de la mort dans la Russie du XXe siècle, où déjà un chapitre était consacré à l’expérience de la « Grande Guerre patriotique » et au traumatisme profond qu’elle représentait. On retrouve cette méthode inspirée de l’anthropologie à travers l’usage conséquent dans Les guerriers du froid de témoignages recueillis par l’auteur. Le propos se veut en effet au plus proche de l’expérience des frontoviki soviétiques, de « ceux du front », et adopte pour cela une empathie que l’on retrouve aussi dans le style d’écriture. L’ouvrage conscrit parfaitement les exigences de l’appareillage scientifique mais adopte aussi un ton proche du récit. Le tout rend la lecture aisée, voire agréable, ouvertement destinée au grand public.


Galit Haddad, 1914-1919. Ceux qui protestaient,

Ouvrages | 28.09.2012 | Charles Ridel

Les Belles Lettres, 2012Publié aux éditions Les Belles Lettres sous le titre Ceux qui protestaient, le livre de Galit Haddad illustre, une fois de plus, le regain d’intérêt qu’ont pris les refus de guerre dans l’historiographie de la Première Guerre mondiale [1] . Si la plupart des historiens des refus de guerre ont investi le territoire des pratiques, Galit Haddad décide de privilégier la dimension discursive de la protestation des soldats. À l’aide des archives du contrôle postal aux Armées, l’historienne cherche en effet à mesurer et à comprendre l’élaboration, les dynamiques temporelles, l’intensité et la nature de la contestation combattante qui émerge dans les tranchées et les cantonnements du front. Galit Haddad insiste d’abord, à juste titre [2] , sur le fait que son étude est la première à exploiter les sources du contrôle postal sur toute la durée de la guerre. C’est pourquoi « la temporalité est une dimension centrale de [son] analyse » (p. 24). Toutefois, la spécificité de la démarche réside plus dans le souci d’interroger la protestation verbale des premières lignes à l’aune de la protestation pacifiste qui émerge lentement à l’arrière. Entre ces deux discours protestataires de l’avant et de l’arrière, Galit Haddad affirme l’existence de « riches interactions » (p. 13).


Laetitia Bucaille, Le pardon sans la rancœur. Algérie/France, Afrique du Sud: peut-on enterrer la guerre ?

Ouvrages | 31.07.2012 | Guy Pervillé

Payot & Rivages, 2010La sociologue Laetitia Bucaille a publié un livre particulièrement novateur, en procédant à une analyse comparative des entretiens qu’elle a réalisés avec d’anciens acteurs des conflits ayant conduit à la décolonisation de l’Algérie et de l’Afrique du Sud. Jusqu’à présent, une telle comparaison semblait devoir attirer plutôt les géographes que les sociologues, dans la mesure où les deux pays se ressemblent par leurs positions symétriques aux deux extrémités du continent africain, et par des conditions climatiques ayant également attiré des colonisateurs venus d’Europe, alors qu’ils s’opposent par les modalités particulières de l’émancipation de leurs populations autochtones. Mais ce sont justement ces différences profondes qui font tout l’intérêt de cette étude et de ses conclusions, pour les historiens comme pour les sociologues.


« Misia, Reine de Paris »

Expositions | 31.07.2012 | Anne-Laure Anizan

L’ombre de Misia planait sur les rétrospectives Bonnard et Vuillard présentées au Centre Georges Pompidou en 1984 et au Grand Palais en 2003 : de nombreux portraits sensibles montraient qu’elle avait été la muse de ces peintres. Cette « Reine de Paris », dont la mémoire avait déjà été saluée dans les écrits consacrés aux artistes de son temps, mais aussi par une biographie, n’avait pas encore fait l’objet d’une grande exposition parisienne. Il ne pouvait s’agir d’une exposition artistique au sens premier du terme. Contrairement à ceux dont elle avait été l’égérie, Misia n’avait pas légué d’œuvres d’art à la postérité. Ce qui ne signifiait pas, loin s’en faut, qu’elle était dénuée de talents. Pianiste renommée, elle s’était cependant refusée à la Belle Époque à entreprendre une carrière de concertiste. Dans l’entre-deux-guerres, lorsqu’elle soutenait les Ballets russes, elle n’avait pas voulu s’immiscer dans les choix artistiques de la compagnie. Mais, et c’est là que réside l’importance de Misia, pendant plus de quarante ans, son salon avait été un carrefour intellectuel et artistique. Outre le fait qu’elle avait inspiré des peintres, des poètes et des compositeurs, elle avait fait se rencontrer, parfois lancé et souvent soutenu également des musiciens, des écrivains, des chorégraphes, des danseurs, des stylistes. Le musée d’Orsay, qui conserve des tableaux de ceux dont elle avait été si proche et qui se voue à la mise en valeur de la période à laquelle elle avait exercé son magistère, a souhaité légitimement rendre hommage au parcours de cette femme d’influence. L’exposition conçue autour de tableaux, de photographies et de documents évoquant Misia et son entourage permet une belle plongée au cœur du Paris de la Culture et des Arts de la Belle Époque aux Années folles.


Jérémy Guedj, Le miroir des désillusions. Les Juifs de France et l’Italie fasciste (1922-1939),

Ouvrages | 31.07.2012 | Nina Valbousquet

Classiques Garnier, 2011« Il n’y a rien de commun entre nous, les juifs méditerranéens, et ces grossiers mangeurs de choucroute qui peuplent l’Autriche et l’Allemagne » : c’est ainsi qu’un des protagonistes de Flammes juives (1936), roman de Camille Marbo, exprime une distinction répandue au sein de l’imaginaire juif français depuis Armand Lipman et Fernand Corcos entre « judaïsme latin » et « judaïsme slave ». Repris par Jérémy Guedj dans Le miroir des désillusions, les Juifs de France et l’Italie fasciste (1922-1939), cet exemple illustre la valorisation de la latinité du judaïsme, qui regroupe dans une même appartenance Juifs italiens et français et présente l’Italie comme un modèle d’assimilation à suivre. Selon Jérémy Guedj, il s’agit d’un véritable transfert culturel construisant une « mémoire italienne des Juifs de France » et conditionnant le regard porté par les Juifs français sur l’Italie fasciste. L’auteur l’insère dans un enchevêtrement de représentations, où l’objet « fascisme » n’est pas isolé des regards sur l’Italie (son histoire, sa culture), les Italiens, le judaïsme italien, l’Église. Cet ouvrage a ainsi le mérite de replacer l’opinion juive dans la longue durée des relations entre le judaïsme français et l’Italie. S’y ajoute la diversité des opinions exprimées au sein du judaïsme français avec, comme toile de fond, les inquiétudes face à l’antisémitisme et au fascisme français. L’objet est donc éminemment polymorphe, même si une tendance majeure parmi ces opinions se dégage : celle de l’aveuglement, voire de la complaisance envers le fascisme jusqu’en 1938.


Michèle Cointet, Nouvelle histoire de Vichy,

Ouvrages | 31.07.2012 | Serge Berstein

Fayard, 2011Sans doute aucune période de l’histoire de France n’a-t-elle suscité autant de travaux et d’intérêt que les quelques années du régime de Vichy. C’est qu’au-delà des événements historiques qui les constituent, les années 1940-1944 posent aux générations qui ont suivi une multitude de problèmes qui dépassent le simple cadre de la connaissance factuelle pour convoquer dans le débat historique des problèmes de conscience et d’éthique et susciter des interrogations qui n’ont cessé de peser depuis près de trois quarts de siècle sur le destin national : comment comprendre que le traumatisme de la défaite ait pu balayer en quelques jours une culture républicaine acquise au cours de plusieurs décennies de vie démocratique ? Quelle explication au fait qu’une population ait pu, sans sourciller, adhérer à une dictature piétinant des valeurs profondément ancrées dans la société ? Que penser de l’absence de réaction, sauf de la part d’une étroite minorité, à une politique de collaboration marquée par une soumission volontaire des autorités au vainqueur, alors même qu’elles se fixaient comme objectif de préserver l’indépendance nationale ? Comment admettre la passivité de l’opinion (au moins jusqu’en 1942) face aux mesures discriminatoires frappant les juifs et d’autres catégories de la population ?


« Photographies à l’œuvre. La reconstruction des villes françaises (1945-1958) »

Expositions | 26.07.2012 | Anne-Laure Anizan

L’exposition « Photographies à l’œuvre. La reconstruction des villes françaises (1945-1958) », présentée par le musée du Jeu de Paume au Château de Tours, trouve son origine dans le fonds du service photographique du ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme (MRU). Ledit service était chargé de documenter l’état du bâti et de conserver la trace des constructions entreprises après la Seconde Guerre mondiale. Jusqu’en 1958 (date à laquelle le terme « Reconstruction » disparut de l’intitulé du ministère), il réalisa plus de 36 000 clichés. Une sélection de 130 photographies noir et blanc présentant des logements collectifs ou individuels, parfois des bâtiments publics (comme la bibliothèque de Tours), est ici exposée. Des diaporamas donnent accès à bien d’autres clichés ; des publications et des films contemporains de la Quatrième République complètent le dispositif.


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  • ISSN 1954-3670