Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

« Les socialistes d’Épinay au Panthéon. Une décennie d’exception »

Colloques | 22.05.2012 | Roberto Colozza

Co-organisé par plusieurs centres de recherche, le colloque sur « les socialistes d’Épinay au Panthéon. Une décennie d’exception » s’est déroulé sur deux jours (17 et 18 novembre 2011) : la première journée de travaux s’est tenue au Centre d’histoire du XXe siècle (université de Paris 1-Panthéon-Sorbonne), tandis que la deuxième a eu lieu au Centre d’histoire de Sciences Po. Il fait suite au colloque de mai 2011, qui avait été organisé par le Centre d’histoire de Sciences Po à l’occasion du trentième anniversaire de la victoire socialiste aux élections présidentielles de 1981. Optant pour un regard moins ciblé sur les arguments classiques dans l’étude de l’histoire du Parti socialiste (PS) – le programme commun, le rapport avec le PCF, la géographie des courants internes –, le colloque de novembre 2011 s’est penché davantage sur une analyse des aspects multiformes qui ont marqué l’évolution du parti entre les années 1960 et 1980. Le programme des travaux a vu la participation d’une vingtaine d’intervenants, des universitaires confirmés ainsi que des jeunes chercheurs et des doctorants, et il a été structuré sur quatre séances thématiques : « Un parti pour la conquête du pouvoir » ; « Le parti socialiste et les autres » ; « Un parti pour changer la vie ? » ; « Entre l’utopie et le réel : les programmes et les idées ».


Gaëlle Allaert-Grall, Jean-Christophe Deshayes, Auschwitz-Birkenau dans le processus génocidaire,

Documentaires | 11.05.2012 | Audrey Kichelewski

Scérén, CRDP de l'académie de RennesAlors que la bibliographie disponible sur la Seconde Guerre mondiale et sur le camp de concentration d’Auschwitz est pléthorique, les ressources historiques présentant de manière claire, détaillée et pédagogique le rôle de cet espace concentrationnaire dans le processus de mise à mort des Juifs et des Tsiganes sont relativement peu nombreuses en français. Ceci fait de ce DVD-ROM préparé par deux professeurs du secondaire de l’académie de Rennes une source précieuse pour les étudiants et les enseignants, alors que l’étude du génocide des Juifs et des Tsiganes est inscrite dans les programmes des classes de Troisième et de Première, voire de Terminale avec la question de la mémoire du second conflit mondial. S’inscrivant dans une collection intitulée « Mémoire et histoire », dont le but est d’articuler la construction de la mémoire avec l’histoire enseignée à l’école, cet outil est conçu tout autant comme une base documentaire pour la préparation des cours, apportant les dernières connaissances historiques sur le sujet et proposant un large choix de documents textuels, iconographiques et de cartes utilisables en classe, que comme une démarche réflexive portant plus largement sur le processus génocidaire, la mémoire de la Shoah et celle du camp d’Auschwitz.


Jane Burbank, Frederick Cooper, Empires. De la Chine ancienne à nos jours,

Ouvrages | 11.05.2012 | Olivier Grenouilleau

Payot 2011D’abord publié aux éditions de l’université de Princeton, en 2010, l’ouvrage co-rédigé par Jane Burbank et Frederick Cooper a été très vite traduit en français, langue dans laquelle il a déjà trouvé un public, qui ira sans doute en s’étoffant. Tout cela est mérité.

On pourra tout d’abord saluer la chose encore assez rare dans les milieux académiques consistant à écrire un ouvrage à deux. Essais individuels et ouvrages collectifs sont légion. La coopération de deux spécialistes (l’un, ici, de l’Afrique, l’autre de l’Europe orientale) est beaucoup plus rare. Burbank et Cooper se complètent admirablement. Et l’ensemble est parfaitement homogène, à la fois dans la forme et sur le fond.


John Prados, La guerre du Viet Nam,

Ouvrages | 11.05.2012 | Pierre Brocheux

Perrin 2011Aux États-Unis, la Vietnam War est le sujet de milliers (probablement plus) d’ouvrages : livres, articles, films, bandes dessinées, jeux vidéos. En France, les publications sont, pour ainsi dire, inexistantes, les éditions Perrin ont donc pris l’heureuse initiative de faire traduire et d’éditer ce livre récent (il est sorti en 2009 aux Presses universitaires du Kansas). Le récit-analyse de John Prados se situe dans un champ historiographique où, depuis plusieurs décennies, s’affrontent les « orthodoxes » selon lesquels la guerre ne pouvait pas être gagnée, et les « révisionnistes » qui affirment le contraire et parfois plus : ainsi Walt Rostow, conseiller du président Lyndon B. Johnson, pour qui la guerre avait été gagnée parce qu’elle avait préservé les autre pays asiatiques de l’emprise du communisme.


Jean-Paul Cointet, Hippolyte Taine, un regard sur la France ,

Ouvrages | 11.05.2012 | Sylvie Guillaume

Perrin 2012« Immense a été l’écho porté de l’œuvre de Taine. Philosophe, critique, historien, il demeure l’une des figures les plus marquantes de l’histoire de la pensée en France » écrit Jean-Paul Cointet en introduction à sa biographie. Néanmoins, le personnage n’a pas la même notoriété dans la famille libérale conservatrice que son ainé de vingt-trois ans Alexis de Tocqueville, membre du parti de l’Ordre ou que François Guizot qui a parrainé sa carrière et dont le gendre Cornelis de Witt fut son ami. Le nom de Taine est souvent associé à celui de Renan, son contemporain, présent à son mariage avec Thérèse Denuelle en juin 1868 et voisin à Boringe, sur les bords du lac d’Annecy où Taine possède une propriété mais les deux hommes, souvent en rivalité pour des honneurs tels que l’entrée à l’Académie en 1878, ne s’apprécient pas vraiment. La popularité de Renan est bien plus forte que celle de Taine peut-être aussi parce que le premier a su mieux cultiver son image par la fréquentation des journalistes et son goût pour les mondanités alors que le second, homme de labeur, est plus replié sur lui-même. Au personnage de Taine est associée l’image d’un auteur réactionnaire dont l’héritage a pu être revendiqué par Barrès ou Maurras. Les quelques pages sur l’historiographie de Taine placées en fin d’ouvrage soulignent une reprise d’intérêt toute relative dans les années 1970 avec la parution de l’ouvrage de Colin Evans, Taine. Essai de biographie intérieure. Taine demeure encore assez peu connu et c’est peut-être ce qui a stimulé Jean-Paul Cointet.


« Des mathématiciens et des guerres ; histoires de confrontations (XIXe-XXe siècles) »

Colloques | 11.05.2012 | Antonin Durand

Interroger, dans une perspective longue, le positionnement et le rôle des mathématiciens dans les guerres des XIXe et XXe siècles, telle était l’ambition du colloque qui s’est tenu à l’Institut des sciences de la communication du CNRS le 8 février 2012. « Des mathématiciens et des guerres : histoires de confrontations », le titre donné au colloque annonçait d’emblée son ambition de réunir des études de cas à des échelles variées (du mathématicien unique à une communauté transnationale de scientifiques) sans aspirer à une exhaustivité inenvisageable sur une période de deux siècles. De ce point de vue, cette journée adoptait une position différente et complémentaire des travaux jusqu’ici menés sur les scientifiques en guerre qui se sont largement concentrés sur un conflit unique – et en particulier sur la Première Guerre mondialeet la Seconde Guerre mondiale – ou sur les aspects les plus techniques de la question.


François Audigier et Pascal Girard (dir.), Se battre pour ses idées. La violence militante en France des années 1920 aux années 1970,

Ouvrages | 26.03.2012 | Jean-François Sirinelli

Riveneuve éditions 2011Au fur et à mesure que le XXe siècle s’éloigne et que, en son sein, la période antérieure aux années 1960 devient mécaniquement encore plus lointaine, la discipline historique peut et doit, à leur propos, se lester d’anthropologie. Si, ainsi formulé, le constat peut surprendre, il est, en fait, parfaitement logique. Une démarche d’anthropologie historique, en effet, est fondée sur le principe d’étrangeté : on ne peut la mettre en œuvre que sur des groupes humains qui sont littéralement étrangers au chercheur par la distance géographique – c’est le cas le plus fréquent – ou chronologique. Dans ce dernier cas, l’écoulement du temps fait qu’à un moment donné, c’est la société même du chercheur qui lui devient suffisamment lointaine pour qu’il puisse adopter à son propos un protocole anthropologique. En d’autres termes, c’est ici l’éloignement du temps qui crée la distance, elle-même génératrice de l’étrangeté qui sied. Cela étant, généralement seule l’épaisseur chronologique multiséculaire met la communauté nationale à laquelle appartient le chercheur suffisamment à distance pour que celle-ci, dans sa version antérieure, devienne pour lui un « monde que nous avons perdu ». Une telle formule, que l’historien Peter Laslett appliquait dans les années l1960 au monde britannique pré-industriel, résume bien le protocole anthropologique quand il est créé par l’écoulement du temps et non par la distance géographique. Pour autant, un tel écoulement générateur d’éloignement est forcément variable dans son amplitude, et c’est là que nous retrouvons le XXe siècle d’avant les années 1970. À partir de la décennie précédente s’enclenche en France une mutation telle que la France du premier XXe siècle est vite devenue, en raison d’un tel basculement socioculturel, un monde que nous avons perdu. Il est donc des moments, dans l’histoire des communautés nationales, où l’écoulement du temps se fait au carré et où une telle accélération confère donc une distance elle aussi au carré.


Christian Delacroix, François Dosse, Patrick Garcia et Nicolas Offenstadt (dir.), Historiographies,

Ouvrages | 22.03.2012 | Laurent Wirth

Gallimard, "Folio Histoire", 2010 Quiconque souhaite savoir comment se construit l’histoire, comment elle s’écrit, comment elle se pense et comment elle s’enseigne trouvera dans la somme que constituent les deux tomes d’Historiographies un état des lieux qui comble une lacune après « trente ans de débats, de remises en cause et de renouvellements », comme le disent très justement les quatre co-directeurs dans l’introduction de l’ouvrage. Ils annoncent d’emblée leur ambition : répondre au besoin de « faire le point sur l’histoire comme discipline qui produit des connaissances, mais aussi de mettre en perspective les usages contemporains du passé ». L’histoire, les mémoires et le patrimoine occupent en effet dans l’espace public une place importante. Gallimard, "Folio Histoire", 2010La sensibilité des rapports des sociétés à leur passé en fait aujourd’hui un enjeu politique. Ce rapport social au temps, que François Hartog a bien caractérisé avec la notion de « régimes d’historicité » (qu’il présente dans un des articles du dictionnaire), a contribué à une redéfinition de l’histoire. Les directeurs de l’ouvrage mettent aussi en avant la nécessité du « détour historiographique » découlant de « la prise de conscience que l’écriture historienne n’est pas un simple reflet passif du réel mais résulte d’une tension indépassable entre le souci de rendre compte de ce qui s’est passé et un questionnement qui émane pour l’essentiel du présent de l’historien ». La couleur est clairement annoncée : ce dictionnaire participe à ce détour historiographie qui a pour ambition « d’exhumer la pluralité des écritures de l’histoire » et s’inscrit pleinement dans une « nouvelle réflexivité historienne ». Le défi est de taille.


Mariette Sineau, Femmes et pouvoir sous la Ve République. De l’exclusion à l’entrée dans la course présidentielle,

Ouvrages | 22.03.2012 | Armelle Le Bras-Chopard

Presses de Sciences Po, 2011Cette seconde édition de l’ouvrage de Mariette Sineau (paru en 2001 sous le titre Profession : femme politique. Sexe et pouvoir sous la Ve République) est considérablement augmentée (environ la moitié du volume). Actualisée, elle offre une vue d’ensemble sur l’inclusion des femmes dans la sphère politique depuis le début de la Ve République jusqu’à aujourd’hui. La période est divisée en deux parties : il y a un avant et un après 1997, date où précisément, avec l’arrivée de Lionel Jospin comme Premier ministre de cohabitation, l’Histoire semble s’accélérer en ce qui concerne l’accession des femmes à des postes politiques : l’une d’elles, Ségolène Royal sera même présente au second tour de l’élection présidentielle de 2007. Sont questionnés pour évaluer changements ou continuités, les institutions, le mode de scrutin, le cumul des mandats, le rôle prépondérant des partis mais aussi la personnalité des hommes politiques susceptibles de freiner ou de favoriser l’accès des femmes au pouvoir, et l’évolution de la société elle-même.


Pierre Singaravelou, Professer l’Empire, « les sciences coloniales » en France sous la IIIe République,

Ouvrages | 21.03.2012 | Pierre Guillaume

Publications de la Sorbonne, 2011Issu d’une thèse de doctorat menée à bien sous la direction de Christophe Charle, cet ouvrage confirme toutes les qualités de l’auteur révélées par les précédents sur L’École française d’Extrême-Orient (1999), et L’Empire des géographes (2008). Jeune maître de conférences à Paris 1 Sorbonne, Pierre Singaravelou se confirme ici comme un chercheur déjà chevronné mais dont la curiosité n’a pas encore été émoussée par l’érudition et la fermeté parfois hardie du propos par la bienséance universitaire.


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  • ISSN 1954-3670