Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

Sabine Jansen, Gilles Le Béguec et David Valence (dir.), Naissance et développement des secrétariats administratifs des groupes parlementaires, organisation et clarification de la délibération, de 1910 au début des années 1970

Ouvrages | 19.10.2012 | Sylvie Guillaume

CHSP - AN, 2012L’intérêt que portent les historiens du politique au Parlement et au travail législatif va croissant depuis les travaux pionniers de Gilles Le Béguec dans sa thèse sur Les filières d’accession à la Chambre des députés sous la Troisième République ou dans un article sur « La naissance des groupes parlementaires sous la Troisième République », publié dans le premier numéro de la revue intitulée justement Parlement[s] du Comité d’histoire parlementaire et politique présidé par Jean Garrigues. Ce Comité a précisément apporté son concours à la journée d’études du 11 juin 2010 organisée par l’Assemblée nationale et le Centre d’histoire de Sciences Po dirigé par Jean-François Sirinelli. Le thème « Naissance et développement des secrétariats administratifs des groupes parlementaires » est d’importance car il a été jusqu’ici peu exploré ; il s’inscrit dans le prolongement du séminaire sur les entourages politiques organisé au Centre d’histoire de Sciences Po par Gilles Le Béguec en collaboration avec Sabine Jansen, Christine Manigand et Jean-Paul Thomas. Il existe bien une dynamique qui enrichit la connaissance de structures peu connues et d’acteurs qui, lorsqu’ils étaient secrétaires administratifs de groupes parlementaires, étaient encore méconnus, même si certains, comme nous le verrons, ont fait ensuite de brillantes carrières. Le soutien apporté par le président de l’Assemblée nationale d’alors, Bernard Accoyer, témoigne d’une reconnaissance des parlementaires pour le travail des historiens.


François Cochet, Armes en guerre, XIXe – XXIe siècle. Mythes, symboles, réalités,

Ouvrages | 11.10.2012 | Victor Demiaux

CNRS Editions, 2012Spécialiste du premier conflit mondial et de l’histoire de la guerre à l'époque contemporaine, François Cochet, professeur à l'université de Reims, propose une histoire totale des armes en guerre. En embrassant les dimensions technique, économique et politique de la conception et de la production des armes mais aussi leurs usages et leurs perceptions par les combattants, c'est la guerre qu’il s'agit d'étudier sous un angle insolite, du XIXe siècle à nos jours. La question que l'auteur présente comme le fil conducteur de sa réflexion est celle de la variabilité anthropologique de ce qu'il appelle « l’homme en guerre », sous l’effet d'évolutions techniques. La transformation des armes influence-t-elle les « comportements du champ de bataille ? » (p. 15).


Jean Garrigues, Les hommes providentiels. Histoire d’une fascination française,

Ouvrages | 11.10.2012 | Sabine Jansen

Seuil, 2012Jean Garrigues présente, dans son dernier ouvrage, une analyse du pouvoir politique au cours des deux derniers siècles, axée sur les aspects sensitifs et psychiques de la relation entre le sujet-citoyen et une catégorie particulière de dirigeants « les hommes providentiels ». Inscrit dans une démarche marquée notamment par les travaux de Raoul Girardet, de Michel Winock, de Didier Fischer et de Jacques Julliard, son livre ne se présente pas comme une synthèse des précédents mais comme une « brève histoire subjective de la France contemporaine obsédée par l’attente de l’homme providentiel », à la confluence de l’histoire politique et de l’histoire des représentations. Il met en évidence cette « alchimie complexe où les mots et les images comptent tout autant que les faits » en prenant précautionneusement en compte la relativité des régimes d’historicité analysés par François Hartog. La fragilité des expériences du temps est un apport induit – et important – de cet ouvrage : qu’est-il resté, par exemple, de la fascination boulangiste ?


Riccardo Brizzi, L’uomo dello schermo. De Gaulle e i media,

Ouvrages | 10.10.2012 | Roberto Colozza

Bologna, Il Mulino, 2010Ricardo Brizzi est un chercheur de 34 ans déjà familier d’histoire de la France, et spécialiste notamment de Charles de Gaulle et de Pierre Mendès France. Cet ouvrage est l’adaptation de sa thèse de doctorat, soutenue en 2007 à l’université de Bologne sous la direction du professeur Paolo Pombeni, dont un premier extrait avait été publié en 2008. Le livre de Riccardo Brizzi s’appuie sur une ample gamme de sources allant des archives écrites et audiovisuelles jusqu’aux témoignages oraux, en passant par les articles de presse, les sondages et les caricatures politiques. Il en résulte une fresque vive et détaillée, portée par une écriture plutôt brillante qui accompagne agréablement le lecteur le long des 350 pages dont se compose cette monographie. Le texte est enrichi par plusieurs graphiques et schémas qui aident à mieux saisir la grande masse d’informations recueillies par l’auteur : du tirage des journaux, à l’emploi des mots clefs dans les discours officiels, aux résultats électoraux, etc.


Roberto Colozza, Lelio Basso. Una biografia politica (1948-1958),

Ouvrages | 09.10.2012 | Marc Lazar

Rome, Ediesse, 2010En France, Lelio Basso n’est guère connu sauf par les experts du socialisme et certains historiens qui savent que ce personnage a créé à Rome une fondation portant son nom qui dispose de remarquables fonds sur la Révolution française et le socialisme italien et européen, qui, dans les années 1970-1980, entretenait des rapports étroits avec des chercheurs de l’École des hautes études en sciences sociales et qui, aujourd’hui encore, représente un foyer de vie intellectuelle en Italie. En effet, Lelio Basso (1903-1978) a été l’une des grandes personnalités du socialisme et de la vie politique de l’autre côté des Alpes. Roberto Colozza lui consacre « une biographie politique » centrée sur les dix années de sa vie qu’il considère être les plus décisives pour son activité au sein du Parti socialiste italien (PSI), seul parti de cette famille à être resté en Europe occidentale aux côtés d’un parti communiste durant la guerre froide.


Claire Garnier et Laurent Le Bon (dir.), 1917. Catalogue de l’exposition tenue au Centre Pompidou de Metz du 26 mai au 24 septembre 2012 , en partenariat avec la Direction de la Mémoire, du Patrimoine et des Archives du ministère de la Défense

Expositions | 28.09.2012 | François Cochet

Affiche de l'exposition "1917", Centre Pompidou de MetzL’exposition 1917 a connu à Metz un bon succès. Construite sur l’idée d’une exposition dédiée à une unique année, elle n’est pas la première du genre. Séville s’y est essayée en 1992 dans « L’art autour de 1492 », l’année « 1912 » a fait l’objet de deux expositions, l’une à Cologne en 1962 et l’autre à Winnipeg. En 2000 a été montée, au Grand Palais, une exposition consacrée à « 1900 ». L’idée de dédier une exposition à une année précise a donc déjà été expérimentée. Pourquoi l’année 1917 ? Les auteurs de l’exposition ont voulu en faire l’année d’un changement de paradigme et l’apparition de la mondialisation. On pourrait leur rétorquer que la « mondialisation » n’attend certes pas 1917 pour s’exprimer dans bien des registres et qu’il y a là plutôt une ignorance du passé qu’une vraie nouveauté. De manière plus intéressante, cette année se situe effectivement en termes de mutation par rapport aux évolutions artistiques, notamment dans l’œuvre de Picasso. « Date-écrin », selon Laurent Le Bon, c’est effectivement aussi une date-prétexte, appuyée sur une des années les plus complexes dans la Grande Guerre. Année des espoirs militaires, puis d’un doute majeur dans l’armée française, année de lassitude dans les sociétés de l’arrière, année de deux révolutions en Russie, ce millésime mérite effectivement que l’on s’interroge sur sa signification artistique, mise en relation avec le climat de la guerre. L’exposition n’a pas prétendu à l’exhaustivité, ce qui aurait d’ailleurs été inepte, et le catalogue reprend une formule identique. « 1917 » revendique le fait d’être une exposition chronologico-thématique. Il s’agit « d’une carte visuelle d’un moment précis accrochée au mur comme un immense collage et pas seulement "une unité factice entre éléments hétérogènes", selon les mots d’Antoine Prost », comme l’avance Laurent Le Bon.


Raphaëlle Branche et Fabrice Virgili (dir.), Viols en temps de guerre,

Ouvrages | 28.09.2012 | Bruno Cabanes

Payot, 2011Trop souvent, les violences sexuelles sont considérées comme une réalité inhérente au temps de guerre, au même titre, par exemple, que la brutalité du champ de bataille, la destruction des habitations ou les pillages. Le mythe fondateur de l’enlèvement des Sabines, rapporté par Tite-Live dans le Livre I de son Histoire romaine et représenté dans le célèbre tableau de David, renforce encore cette idée : la guerre s’accompagnerait nécessairement de la possession des femmes de l’ennemi. La réalité est naturellement différente, car la fréquence des violences sexuelles en temps de guerre dépend largement du type de conflit. Certains sont considérés comme « rape prone », favorables au développement des viols (par exemple, le nettoyage ethnique en Bosnie) ; d’autres, à l’inverse, sont « rape free », ou du moins les viols y sont relativement rares – par exemple, le conflit israélo-palestinien (Tal Nitsan). La première qualité de ce livre collectif, issu d’un colloque organisé à Paris en 2009, est d’apporter de la complexité et de l’intelligibilité à des violences généralement banalisées et incomprises.


Catherine Merridale, Les guerriers du froid : vie et mort des soldats de l’Armée rouge, 1939-1945,

Ouvrages | 28.09.2012 | Thomas Chopard

Fayard, 2012Sept ans après sa parution initiale, en anglais, la traduction de Ivan’s War de Catherine Merridale offre un aperçu du renouveau historiographique relatif à la Seconde Guerre mondiale en URSS, initié tant par un regain d’intérêt des pays ex-soviétiques que par des recherches plus larges portant sur les violences de guerre au XXe siècle. Le premier ouvrage de l’historienne britannique, Night of Stone. Death and Memory in Russia, portait sur la culture populaire de la souffrance et de la mort dans la Russie du XXe siècle, où déjà un chapitre était consacré à l’expérience de la « Grande Guerre patriotique » et au traumatisme profond qu’elle représentait. On retrouve cette méthode inspirée de l’anthropologie à travers l’usage conséquent dans Les guerriers du froid de témoignages recueillis par l’auteur. Le propos se veut en effet au plus proche de l’expérience des frontoviki soviétiques, de « ceux du front », et adopte pour cela une empathie que l’on retrouve aussi dans le style d’écriture. L’ouvrage conscrit parfaitement les exigences de l’appareillage scientifique mais adopte aussi un ton proche du récit. Le tout rend la lecture aisée, voire agréable, ouvertement destinée au grand public.


Galit Haddad, 1914-1919. Ceux qui protestaient,

Ouvrages | 28.09.2012 | Charles Ridel

Les Belles Lettres, 2012Publié aux éditions Les Belles Lettres sous le titre Ceux qui protestaient, le livre de Galit Haddad illustre, une fois de plus, le regain d’intérêt qu’ont pris les refus de guerre dans l’historiographie de la Première Guerre mondiale [1] . Si la plupart des historiens des refus de guerre ont investi le territoire des pratiques, Galit Haddad décide de privilégier la dimension discursive de la protestation des soldats. À l’aide des archives du contrôle postal aux Armées, l’historienne cherche en effet à mesurer et à comprendre l’élaboration, les dynamiques temporelles, l’intensité et la nature de la contestation combattante qui émerge dans les tranchées et les cantonnements du front. Galit Haddad insiste d’abord, à juste titre [2] , sur le fait que son étude est la première à exploiter les sources du contrôle postal sur toute la durée de la guerre. C’est pourquoi « la temporalité est une dimension centrale de [son] analyse » (p. 24). Toutefois, la spécificité de la démarche réside plus dans le souci d’interroger la protestation verbale des premières lignes à l’aune de la protestation pacifiste qui émerge lentement à l’arrière. Entre ces deux discours protestataires de l’avant et de l’arrière, Galit Haddad affirme l’existence de « riches interactions » (p. 13).


Laetitia Bucaille, Le pardon sans la rancœur. Algérie/France, Afrique du Sud: peut-on enterrer la guerre ?

Ouvrages | 31.07.2012 | Guy Pervillé

Payot & Rivages, 2010La sociologue Laetitia Bucaille a publié un livre particulièrement novateur, en procédant à une analyse comparative des entretiens qu’elle a réalisés avec d’anciens acteurs des conflits ayant conduit à la décolonisation de l’Algérie et de l’Afrique du Sud. Jusqu’à présent, une telle comparaison semblait devoir attirer plutôt les géographes que les sociologues, dans la mesure où les deux pays se ressemblent par leurs positions symétriques aux deux extrémités du continent africain, et par des conditions climatiques ayant également attiré des colonisateurs venus d’Europe, alors qu’ils s’opposent par les modalités particulières de l’émancipation de leurs populations autochtones. Mais ce sont justement ces différences profondes qui font tout l’intérêt de cette étude et de ses conclusions, pour les historiens comme pour les sociologues.


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  • ISSN 1954-3670