Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

Jérémy Guedj, Le miroir des désillusions. Les Juifs de France et l’Italie fasciste (1922-1939),

Ouvrages | 31.07.2012 | Nina Valbousquet

Classiques Garnier, 2011« Il n’y a rien de commun entre nous, les juifs méditerranéens, et ces grossiers mangeurs de choucroute qui peuplent l’Autriche et l’Allemagne » : c’est ainsi qu’un des protagonistes de Flammes juives (1936), roman de Camille Marbo, exprime une distinction répandue au sein de l’imaginaire juif français depuis Armand Lipman et Fernand Corcos entre « judaïsme latin » et « judaïsme slave ». Repris par Jérémy Guedj dans Le miroir des désillusions, les Juifs de France et l’Italie fasciste (1922-1939), cet exemple illustre la valorisation de la latinité du judaïsme, qui regroupe dans une même appartenance Juifs italiens et français et présente l’Italie comme un modèle d’assimilation à suivre. Selon Jérémy Guedj, il s’agit d’un véritable transfert culturel construisant une « mémoire italienne des Juifs de France » et conditionnant le regard porté par les Juifs français sur l’Italie fasciste. L’auteur l’insère dans un enchevêtrement de représentations, où l’objet « fascisme » n’est pas isolé des regards sur l’Italie (son histoire, sa culture), les Italiens, le judaïsme italien, l’Église. Cet ouvrage a ainsi le mérite de replacer l’opinion juive dans la longue durée des relations entre le judaïsme français et l’Italie. S’y ajoute la diversité des opinions exprimées au sein du judaïsme français avec, comme toile de fond, les inquiétudes face à l’antisémitisme et au fascisme français. L’objet est donc éminemment polymorphe, même si une tendance majeure parmi ces opinions se dégage : celle de l’aveuglement, voire de la complaisance envers le fascisme jusqu’en 1938.


Michèle Cointet, Nouvelle histoire de Vichy,

Ouvrages | 31.07.2012 | Serge Berstein

Fayard, 2011Sans doute aucune période de l’histoire de France n’a-t-elle suscité autant de travaux et d’intérêt que les quelques années du régime de Vichy. C’est qu’au-delà des événements historiques qui les constituent, les années 1940-1944 posent aux générations qui ont suivi une multitude de problèmes qui dépassent le simple cadre de la connaissance factuelle pour convoquer dans le débat historique des problèmes de conscience et d’éthique et susciter des interrogations qui n’ont cessé de peser depuis près de trois quarts de siècle sur le destin national : comment comprendre que le traumatisme de la défaite ait pu balayer en quelques jours une culture républicaine acquise au cours de plusieurs décennies de vie démocratique ? Quelle explication au fait qu’une population ait pu, sans sourciller, adhérer à une dictature piétinant des valeurs profondément ancrées dans la société ? Que penser de l’absence de réaction, sauf de la part d’une étroite minorité, à une politique de collaboration marquée par une soumission volontaire des autorités au vainqueur, alors même qu’elles se fixaient comme objectif de préserver l’indépendance nationale ? Comment admettre la passivité de l’opinion (au moins jusqu’en 1942) face aux mesures discriminatoires frappant les juifs et d’autres catégories de la population ?


« Photographies à l’œuvre. La reconstruction des villes françaises (1945-1958) »

Expositions | 26.07.2012 | Anne-Laure Anizan

L’exposition « Photographies à l’œuvre. La reconstruction des villes françaises (1945-1958) », présentée par le musée du Jeu de Paume au Château de Tours, trouve son origine dans le fonds du service photographique du ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme (MRU). Ledit service était chargé de documenter l’état du bâti et de conserver la trace des constructions entreprises après la Seconde Guerre mondiale. Jusqu’en 1958 (date à laquelle le terme « Reconstruction » disparut de l’intitulé du ministère), il réalisa plus de 36 000 clichés. Une sélection de 130 photographies noir et blanc présentant des logements collectifs ou individuels, parfois des bâtiments publics (comme la bibliothèque de Tours), est ici exposée. Des diaporamas donnent accès à bien d’autres clichés ; des publications et des films contemporains de la Quatrième République complètent le dispositif.


« La presse à la une. De La Gazette à Internet »

Expositions | 13.07.2012 | Laurent Martin

C’est une belle exposition qui s’achève dans les tout prochains jours à la Bibliothèque nationale de France. En quelque 500 pièces tirées de ses collections – les plus importantes de France – et de quelques collections particulières, c’est l’histoire de la presse en France qui défile sous nos yeux. La scénographie articule un parcours chronologique, qui épouse les scansions classiques de l’histoire politique plus que celles de la presse proprement dite, même si les deux sont évidemment liées, et des regroupements thématiques autour de la fabrication de l’information, de la mise en scène de l’événement et des genres et rubriques de la presse. Le fil directeur de la partie chronologique est clairement le rapport au politique. On le voit dès les premières feuilles volantes, placards occasionnels qui, mélangeant le vrai et le faux, le passage des comètes et la naissance des grands de ce monde, le texte et les gravures acculturent une population encore majoritairement analphabète.


Chantal Metzger, La République démocratique allemande. Histoire d’un État rayé de la carte du monde,

Ouvrages | 12.07.2012 | Emmanuel Droit

PIE Peter Lang, 2012 D’emblée, le sous-titre du livre de Chantal Metzger sur l’histoire de la République démocratique allemande (RDA) – Histoire d’un État rayé de la carte du monde –interpelle le lecteur de par son ambiguïté : est-ce que l’auteur sous-entend qu’il n’y a rien de plus affreux que de voir un pays rayé de la carte parce que les vainqueurs de la guerre froide le considéraient comme criminel ? L’expression utilisée rappelle étrangement le titre d’un livre que l’historien allemand Rudolf von Thadden a consacré à sa Prusse natale en 1981 et qui fut traduit en français en 1985 : La Prusse en question, histoire d'un État perdu. Le sous-titre du livre de Chantal Metzger a au moins le mérite de rappeler la dimension artificielle de la RDA, produit de la guerre froide créé le 7 octobre 1949 en réaction à la fondation de la République fédérale d’Allemagne en mai de la même année et disparu le 3 octobre 1990 par la volonté du peuple descendu entre autres dans les rues de Leipzig à l’automne 1989 et avec le consentement de l’URSS. Dans la foulée d’une réunification menée au pas de charge par le chancelier ouest-allemand Helmut Kohl, une « révolution archivistique » (Étienne François) a offert aux historiens allemands et étrangers une chance extraordinaire. À côté des témoins de ce « pays perdu » (Wolfgang Engler), ils pouvaient bénéficier d’un accès quasi complet aux archives de l’État, de l’ancienne police politique du régime (la Stasi), des partis et des organisations de masse.


Le musée de la Grande Guerre à Meaux, collection et attraction

Musées | 25.06.2012 | Nicolas Offenstadt

 Inauguré le 11 novembre 2011, le musée de la Grande Guerre du Pays de Meaux relève de différentes historicités et de plusieurs enjeux qui s’entrecroisent. Le premier est bien connu, c’est celui de la mise en musée, de la mise en scène de la Grande Guerre qui débuta pendant le conflit même pour subir ensuite de multiples mutations jusqu’à la création de musées modernes dans les régions du front, sur les lieux mêmes du combat, avec des échelles et des ambitions variées : l’Historial de Péronne (1992), In Flanders Fields à Ypres (1998), La Caverne du Dragon (1999), le Centre d’interprétation Marne 14-18 (2006)… Le deuxième est celui d’une mémoire sociale de 14-18 extrêmement vive depuis quelques décennies selon différents cheminements, généalogistes, historiens amateurs, militants, etc., dont relève l’immense collection d’objets liés à la Grande Guerre rassemblée par le collectionneur Jean-Pierre Verney qui cherchait à valoriser sa collection. Ensuite, le musée de Meaux s’inscrit dans les stratégies d’un homme politique ancré localement mais à l’ambition nationale affichée, Jean-François Copé, sans aucun doute averti de l’importance de la constitution en France, dans un capital politique, d’une dimension de création culturelle et qui a fait acheter en 2005 la collection de Verney par la Communauté d’agglomération du pays de Meaux. Le projet tient aussi de l’aménagement du Grand Paris. Enfin, l’ouverture du musée de la Grande Guerre à Meaux participe des préparatifs du centenaire qui voient déjà la mobilisation de toutes les régions du front pour refaire leurs musées ou en créer là où ils semblent manquer. C’est d’ailleurs à Meaux que le président de la République, Nicolas Sarkozy, venu inaugurer le musée, évidemment en lien avec Jean-François Copé qui dirige son parti l’UMP, a annoncé le lancement de ce centenaire.


Barbara, Stasi et Ratatouille. À propos du film Barbara du cinéaste allemand Christian Petzold, 2012

Films | 19.06.2012 | Martine Floch

http://cinecution.blogspot.fr/2012/05/barbara-christian-petzold-2012.htmlPersonne, à quelques exceptions près, ne regrette la RDA : dans la plupart de ses réalités politiques et économiques, elle ne fut pas à la hauteur, loin s’en faut, du rêve qu’elle avait fait naître. Elle continue toutefois, vingt-deux ans après la réunification, d’aimanter la conscience politique et culturelle des Allemands issus de l’Est et de l’Ouest et d’intéresser en Europe et dans le monde, si l’on en juge le succès international de films, bons ou mauvais. Tous ont eu le grand mérite de rappeler l’existence même de la RDA dans ses contradictions multiples et de tenter de montrer l’attachement malgré tout à ce qui fut un État de surveillance et de contrôle, celui exercé par la Stasi, l’organe policier du SED, le parti socialiste unifié est-allemand : on citera les plus connus d’entre eux, le Stasi-Drama, Das Leben der Andren de Florian Henckel von Donnersmarck (2007) ou les comédies Sonnenallee de Leander HauBmann (1999) et Good Bye Lenin ! de Wolfgang Becker (2002).


Marc Joly, Devenir Norbert Elias,

Ouvrages | 14.06.2012 | Alain Garrigou

Fayard, 2012On attendait cette biographie du grand sociologue Norbert Elias pour plusieurs raisons : le succès tardif de ses maîtres livres des années 1930 ne s’est dessiné qu’à partir des années 1970 et non sans aléas ; l’existence de sources nouvelles, à commencer par les abondantes archives Norbert Elias déposées à Marbach et enfin, le sociologue ayant lui-même ouvert les voies à une biographie sociologique, il était passionnant de voir sa vie confrontée à ses propres orientations. Marc Joly a mené un travail de très grande ampleur, une thèse dont la version publiée – Devenir Norbert Elias – répond largement à ces interrogations et défis. Il s’agit d’étudier ce qu’on appelle la réception de l’œuvre plutôt que cette œuvre même dont la valeur apparaît même en contrepoint. L’auteur supporte d’ailleurs mal le soupçon de relativisme qu’il croit apercevoir dans des études antérieures qui feraient l’impasse sur la grandeur de l’œuvre eliasienne. Il ne s’attarde d’ailleurs pas lui-même sur la genèse de cette œuvre dans le champ universitaire allemand de l’entre-deux-guerres. Dont acte.


Alessandro Giacone et Éric Vial (a cura di), I fratelli Rosselli. L’antifascismo e l’esilio,

Ouvrages | 14.06.2012 | Roberto Colozza

Carocci, 2011L’ouvrage collectif dirigé par Alessandro Giacone et Éric Vial est le produit éditorial d’un colloque qui s’est tenu à la Cité universitaire internationale de Paris en juin 2009 et qui a été organisé par l’Istituto Nazionale per la Storia del Movimento di Liberazione in Italia (INSMLI), le Centre d’études et de documentation sur l’émigration italienne de Paris et la Maison de l’Italie, siège de la manifestation ; la Fondation Rosselli de Turin a donné son soutien à l’évènement. Représentants illustres du panthéon de l’antifascisme italien de l’entre-deux-guerres, les frères Rosselli font désormais partie de l’imaginaire historiographique international, bien qu’ils ne soient pas épargnés par les distorsions « mythologiques » qui peuvent frapper les personnalités dont la notoriété dépasse le contexte académique. C’est ce que souligne Éric Vial dans sa contribution au présent ouvrage, où il présente une liste d’inexactitudes évènementielles dans des ouvrages traitant marginalement des Rosselli. Loin de stigmatiser ces imprécisions – l’auteur avoue avoir lui-même été victime de son inattention en abordant ce sujet dans le passé –, Éric Vial montre le lien étroit entre histoire, mémoire et stéréotypes, et la difficulté que même les spécialistes peuvent avoir à le dénouer. Il n’est donc pas inopportun de rappeler quelques éléments-repères de l’histoire des frères Rosselli, tout en souhaitant, bien sûr, ne pas tomber dans le piège des faux souvenirs.


Jean-Marc Berlière et René Lévy, Histoire des polices en France de l’Ancien Régime à nos jours,

Ouvrages | 31.05.2012 | Aurélien Lignereux

Nouveau Monde éditions, 2011Assurément, avec ses 768 pages, ses 10 chapitres et 191 subdivisions, ses 987 noms de personnes en index et ses 1 152 références bibliographiques, voilà un ouvrage qui a l’étoffe d’une somme. Un tel volume peut pourtant sembler sous-dimensionné au vu de l’univers policier qu’envisage ce tandem éprouvé, complice et complémentaire. La multiplication des travaux rend leur entreprise fort opportune tout en la bornant à un bilan à mi-parcours puisque le chantier est loin d’être refermé. Animateur de cette dynamique dont il relaie fidèlement l’actualité sur son blog (http://politeia.over-blog.fr), Jean-Marc Berlière se garde d’ailleurs de s’aventurer sur les fronts pionniers comme la diffusion des systèmes policiers ou le colonial policing. Même restreinte à la France métropolitaine, l’histoire des polices exige une rare polyvalence elle-même dérivée de la polysémie du mot police. Placée au cœur du rapport entre l’État et la société, son histoire est indissociable de celles du pouvoir, des médias ou de la délinquance. Pour s’en tenir à l’appareil policier chargé de cette fonction de régulation, c’est à la fois un instrument de pouvoir, un service public et une profession qu’il convient d’étudier.


imprimer

Newsletter

  • Consultez fréquemment les rubriques dynamiques de cette colonne. Elles sont régulièrement mises à jour.

Champ libre

  • Histoire@Politique est également disponible sur CAIRN
  • lire la suite

Partager

  • ISSN 1954-3670