Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

« Pierre Bourdieu. Images d’Algérie, une affinité élective »

Expositions | 23.10.2012 | Anne-Laure Anizan

Pierre Bourdieu. Images d'Algérie, une affinité électiveLe Jeu de Paume hors les murs présente au château de Tours, du 16 juin au 4 novembre 2012, l’exposition « Pierre Bourdieu. Images d’Algérie, une affinité élective ». Initialement proposée en 2003, à l’Institut du monde arabe, à Paris, l’exposition a été reprogrammée dans le cadre du cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie. Contrairement à d’autres événements culturels proposés en France en 2012, notamment la très belle exposition généraliste « Algérie 1830-1962 » du musée de l’Armée, l’approche est ici très spécifique : il s’agit de montrer combien l’expérience de terrain en Algérie influença radicalement l’orientation de Pierre Bourdieu vers une sociologie axée notamment sur les problématiques de la pauvreté et du déracinement ou encore de la domination.


À l’école des spécialités

Colloques | 19.10.2012 | Ismail Ferhat

Le constat est souligné lors de l’ouverture de ce colloque international portant sur « Militantisme,sociabilité savante et identité professionnelle. Les associations de spécialistes du corps enseignant : un engagement singulier ? (XXe-XXIe siècles) » (IFE, ENS, LARHA, CHS-Paris I, 27-28 septembre 2012), par Philippe Savoie : les associations de spécialistes constituent un univers méconnu des études savantes du système éducatif en France. La dispersion de ces structures peut l’expliquer en partie. En effet, des historiens et géographes de l’APHG (Association des professeurs d’histoire et géographie) à l’association des psychologues scolaires (AFPEN, Association française des psychologues de l’Éducation nationale), leur diversité reflète celle des métiers enseignants, voire éducatifs. De plus, la plupart des études qui y sont consacrées sont le plus souvent rédigées par des militants de celles-ci. Enfin, les travaux monographiques ne les situent pas dans un cadre plus global (programmes d’enseignement, politiques scolaires, interactions avec les autres formes de sociabilité et de militantisme enseignants) ou comparatiste.


Jérome Pozzi, Les Mouvements gaullistes. Partis, associations et réseaux, 1958-1976,

Ouvrages | 19.10.2012 | Odile Rudelle

PUR, 2011Depuis ce 18 juin 1940 où le « gaulllisme » a surgi « hors de toute procédure », il aura occupé le premier rang de la scène, sans avoir trouvé de définition patentée. Au temps du Général, il a successivement été vu comme un patriotisme militaire pendant la guerre, comme un révisionnisme au temps du RPF avant d’être analysé comme un bonapartisme lorsque, revenu à l’appel des militaires d’Algérie, il inaugure les années d’exercice d’un pouvoir qui, s’opposant à l’Europe supranationale votée sous la IVe République, le fera alors taxer de nationalisme. Georges Pompidou lui-même, tout en se présentant comme le successeur « naturel », ne voyait dans le gaullisme rien de plus qu’une « attitude » qu’il s’apprêtait à enseigner à Jacques Chirac lorsque, surpris par la mort, ce dernier décida d’agir à la hussarde, s’imposant en quelques jours à Matignon puis, en quelques mois, à la tête du parti gaulliste. Ce qui redonnait toute sa vraisemblance à la définition par le bonapartisme, mais revenait aussi à négliger que le bonapartisme – le premier comme le second – ayant commencé par le coup d’état et fini par la défaite, était en dernière analyse l’exact contraire du gaullisme qui, depuis le discours de Bayeux, s’était employé à user du prestige acquis lors de la victoire, pour doter la France « d’institutions démocratiques capables de compenser par elles-mêmes les effets de notre perpétuelle effervescence politique ». Définition technique qui ne disait rien, ni des sources idéologiques d’un tel projet, ni des procédures nécessaires pour aboutir à la rédaction d’un texte constitutionnel capable de satisfaire à ces exigences, qui sont celles des temps modernes.


Fabrice Grenard, Les Scandales du ravitaillement. Détournements, corruption, affaires étouffées en France, de l’Occupation à la guerre froide,

Ouvrages | 19.10.2012 | Philip Nord

Payot, 2012The 1940s were a decade of penury. From the first days of Vichy through the Liberation era and on into the Cold War, food shortages and food rationing were permanent features of daily life in France. The State mobilized to deal with the situation. Already before the Occupation, in March 1940, plans had been laid to create a system of managed food distribution, although it awaited the coming of the Vichy regime before a version of this scheme was enacted. An Administration du Ravitaillement général was set up in September 1940 and a Service du Contrôle des prix the month following. The Liberation did not bring an immediate return to plenty, and so the state machinery dealing with shortages continued in existence, until the great postwar economic take-off got under way, making it all superfluous. No one mourned its passing.


Sabine Jansen, Gilles Le Béguec et David Valence (dir.), Naissance et développement des secrétariats administratifs des groupes parlementaires, organisation et clarification de la délibération, de 1910 au début des années 1970

Ouvrages | 19.10.2012 | Sylvie Guillaume

CHSP - AN, 2012L’intérêt que portent les historiens du politique au Parlement et au travail législatif va croissant depuis les travaux pionniers de Gilles Le Béguec dans sa thèse sur Les filières d’accession à la Chambre des députés sous la Troisième République ou dans un article sur « La naissance des groupes parlementaires sous la Troisième République », publié dans le premier numéro de la revue intitulée justement Parlement[s] du Comité d’histoire parlementaire et politique présidé par Jean Garrigues. Ce Comité a précisément apporté son concours à la journée d’études du 11 juin 2010 organisée par l’Assemblée nationale et le Centre d’histoire de Sciences Po dirigé par Jean-François Sirinelli. Le thème « Naissance et développement des secrétariats administratifs des groupes parlementaires » est d’importance car il a été jusqu’ici peu exploré ; il s’inscrit dans le prolongement du séminaire sur les entourages politiques organisé au Centre d’histoire de Sciences Po par Gilles Le Béguec en collaboration avec Sabine Jansen, Christine Manigand et Jean-Paul Thomas. Il existe bien une dynamique qui enrichit la connaissance de structures peu connues et d’acteurs qui, lorsqu’ils étaient secrétaires administratifs de groupes parlementaires, étaient encore méconnus, même si certains, comme nous le verrons, ont fait ensuite de brillantes carrières. Le soutien apporté par le président de l’Assemblée nationale d’alors, Bernard Accoyer, témoigne d’une reconnaissance des parlementaires pour le travail des historiens.


François Cochet, Armes en guerre, XIXe – XXIe siècle. Mythes, symboles, réalités,

Ouvrages | 11.10.2012 | Victor Demiaux

CNRS Editions, 2012Spécialiste du premier conflit mondial et de l’histoire de la guerre à l'époque contemporaine, François Cochet, professeur à l'université de Reims, propose une histoire totale des armes en guerre. En embrassant les dimensions technique, économique et politique de la conception et de la production des armes mais aussi leurs usages et leurs perceptions par les combattants, c'est la guerre qu’il s'agit d'étudier sous un angle insolite, du XIXe siècle à nos jours. La question que l'auteur présente comme le fil conducteur de sa réflexion est celle de la variabilité anthropologique de ce qu'il appelle « l’homme en guerre », sous l’effet d'évolutions techniques. La transformation des armes influence-t-elle les « comportements du champ de bataille ? » (p. 15).


Jean Garrigues, Les hommes providentiels. Histoire d’une fascination française,

Ouvrages | 11.10.2012 | Sabine Jansen

Seuil, 2012Jean Garrigues présente, dans son dernier ouvrage, une analyse du pouvoir politique au cours des deux derniers siècles, axée sur les aspects sensitifs et psychiques de la relation entre le sujet-citoyen et une catégorie particulière de dirigeants « les hommes providentiels ». Inscrit dans une démarche marquée notamment par les travaux de Raoul Girardet, de Michel Winock, de Didier Fischer et de Jacques Julliard, son livre ne se présente pas comme une synthèse des précédents mais comme une « brève histoire subjective de la France contemporaine obsédée par l’attente de l’homme providentiel », à la confluence de l’histoire politique et de l’histoire des représentations. Il met en évidence cette « alchimie complexe où les mots et les images comptent tout autant que les faits » en prenant précautionneusement en compte la relativité des régimes d’historicité analysés par François Hartog. La fragilité des expériences du temps est un apport induit – et important – de cet ouvrage : qu’est-il resté, par exemple, de la fascination boulangiste ?


Riccardo Brizzi, L’uomo dello schermo. De Gaulle e i media,

Ouvrages | 10.10.2012 | Roberto Colozza

Bologna, Il Mulino, 2010Ricardo Brizzi est un chercheur de 34 ans déjà familier d’histoire de la France, et spécialiste notamment de Charles de Gaulle et de Pierre Mendès France. Cet ouvrage est l’adaptation de sa thèse de doctorat, soutenue en 2007 à l’université de Bologne sous la direction du professeur Paolo Pombeni, dont un premier extrait avait été publié en 2008. Le livre de Riccardo Brizzi s’appuie sur une ample gamme de sources allant des archives écrites et audiovisuelles jusqu’aux témoignages oraux, en passant par les articles de presse, les sondages et les caricatures politiques. Il en résulte une fresque vive et détaillée, portée par une écriture plutôt brillante qui accompagne agréablement le lecteur le long des 350 pages dont se compose cette monographie. Le texte est enrichi par plusieurs graphiques et schémas qui aident à mieux saisir la grande masse d’informations recueillies par l’auteur : du tirage des journaux, à l’emploi des mots clefs dans les discours officiels, aux résultats électoraux, etc.


Roberto Colozza, Lelio Basso. Una biografia politica (1948-1958),

Ouvrages | 09.10.2012 | Marc Lazar

Rome, Ediesse, 2010En France, Lelio Basso n’est guère connu sauf par les experts du socialisme et certains historiens qui savent que ce personnage a créé à Rome une fondation portant son nom qui dispose de remarquables fonds sur la Révolution française et le socialisme italien et européen, qui, dans les années 1970-1980, entretenait des rapports étroits avec des chercheurs de l’École des hautes études en sciences sociales et qui, aujourd’hui encore, représente un foyer de vie intellectuelle en Italie. En effet, Lelio Basso (1903-1978) a été l’une des grandes personnalités du socialisme et de la vie politique de l’autre côté des Alpes. Roberto Colozza lui consacre « une biographie politique » centrée sur les dix années de sa vie qu’il considère être les plus décisives pour son activité au sein du Parti socialiste italien (PSI), seul parti de cette famille à être resté en Europe occidentale aux côtés d’un parti communiste durant la guerre froide.


Claire Garnier et Laurent Le Bon (dir.), 1917. Catalogue de l’exposition tenue au Centre Pompidou de Metz du 26 mai au 24 septembre 2012 , en partenariat avec la Direction de la Mémoire, du Patrimoine et des Archives du ministère de la Défense

Expositions | 28.09.2012 | François Cochet

Affiche de l'exposition "1917", Centre Pompidou de MetzL’exposition 1917 a connu à Metz un bon succès. Construite sur l’idée d’une exposition dédiée à une unique année, elle n’est pas la première du genre. Séville s’y est essayée en 1992 dans « L’art autour de 1492 », l’année « 1912 » a fait l’objet de deux expositions, l’une à Cologne en 1962 et l’autre à Winnipeg. En 2000 a été montée, au Grand Palais, une exposition consacrée à « 1900 ». L’idée de dédier une exposition à une année précise a donc déjà été expérimentée. Pourquoi l’année 1917 ? Les auteurs de l’exposition ont voulu en faire l’année d’un changement de paradigme et l’apparition de la mondialisation. On pourrait leur rétorquer que la « mondialisation » n’attend certes pas 1917 pour s’exprimer dans bien des registres et qu’il y a là plutôt une ignorance du passé qu’une vraie nouveauté. De manière plus intéressante, cette année se situe effectivement en termes de mutation par rapport aux évolutions artistiques, notamment dans l’œuvre de Picasso. « Date-écrin », selon Laurent Le Bon, c’est effectivement aussi une date-prétexte, appuyée sur une des années les plus complexes dans la Grande Guerre. Année des espoirs militaires, puis d’un doute majeur dans l’armée française, année de lassitude dans les sociétés de l’arrière, année de deux révolutions en Russie, ce millésime mérite effectivement que l’on s’interroge sur sa signification artistique, mise en relation avec le climat de la guerre. L’exposition n’a pas prétendu à l’exhaustivité, ce qui aurait d’ailleurs été inepte, et le catalogue reprend une formule identique. « 1917 » revendique le fait d’être une exposition chronologico-thématique. Il s’agit « d’une carte visuelle d’un moment précis accrochée au mur comme un immense collage et pas seulement "une unité factice entre éléments hétérogènes", selon les mots d’Antoine Prost », comme l’avance Laurent Le Bon.


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  • ISSN 1954-3670