Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

Michel Pigenet et Danielle Tartakowsky (dir.), Histoire des mouvements sociaux en France de 1814 à nos jours,

Ouvrages | 26.02.2013 | Michel Dreyfus

La Découverte, 2012Les espoirs en une transformation radicale de la société ont considérablement reculé depuis une vingtaine d'années et ce recul de l'horizon d'attente est largement ressenti au sein du mouvement social. Par ailleurs, de nombreux travaux récents conduisent à un réexamen de ce que fut l’histoire du mouvement social en France depuis le début du XXe siècle jusqu'à nos jours. Ce double constat est à l’origine de cette vaste synthèse à laquelle ont participé une cinquantaine d'auteurs, tous membres de la revue Le Mouvement social. Il n’est pas possible de détailler ici chacune des contributions de cet ouvrage, mais présentons-en les lignes directrices. Dans une brève introduction, ses deux directeurs, après s’être interrogés sur la signification des termes « questions sociales », « mouvements ouvrier », « mouvements sociaux », voire « nouveaux mouvements sociaux », rappellent que le déclin du mouvement ouvrier traditionnel s'est amorcé à partir de la fin des années 1970 ; il fallut néanmoins quelques années supplémentaires pour en prendre conscience.


Denis Rodrigues, La Transition en Espagne.Les enjeux d’une démocratisation complexe (1975-1986),

Ouvrages | 26.02.2013 | Matthieu Trouvé

PUR, 2012La démocratie espagnole a fêté ses trente-sept ans en 2012, soit une année de plus que les trente-six ans de dictature franquiste. Les Espagnols sont aujourd’hui plus nombreux à avoir connu la démocratie que la dictature. La sortie de l’ère franquiste (1939-1975) s’est opérée au prix d’une longue et patiente transition démocratique, de la loi à la loi, que de nombreux historiens et analystes ont qualifié de pacifique et de consensuelle. Depuis une décennie, néanmoins, de nombreux ouvrages tentent de nuancer ces premières impressions et montrent que, finalement, « tout ne fut pas aussi simple » au cours de ces dix années, comme l’écrit judicieusement Denis Rodrigues, professeur de civilisation de l’Espagne contemporaine à l’université de Rennes 2. Celui-ci nous livre ici une synthèse complète et précise de cette période au cours de laquelle l’Espagne se transforme en une monarchie parlementaire à l’anglaise, au prix de nombreuses réformes politiques, d’efforts et de mutations économiques et sociales. L’ouvrage s’inscrit dans une démarche qui vise à reconsidérer les dix années qui vont de la mort de Franco à l’entrée de l’Espagne dans la Communauté européenne, en mettant l’accent non seulement sur les aspects institutionnels et politiques (première partie), mais également économiques et sociaux (deuxième partie), culturels (troisième partie) et internationaux (quatrième et dernière partie). Le parti pris de l’ouvrage est contenu dans le sous-titre, qui se propose d’analyser la complexité du processus démocratique espagnol sur un champ chronologique large et sans se limiter au seul domaine politique. Ce n’est pas là son moindre apport.


La guerre d’Algérie ou l’exténuation du « modèle républicain »

Ouvrages | 05.02.2013 | Odile Rudelle

Armand Colin, Ministère de la Défense/Recherches, 2012Le cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie serait-il devenu celui de l’objectivité, de ce regard « refroidi » que François Furet appelait en vain de ses vœux pour la Révolution ? On veut le croire après la lecture de ce colloque illustrant la double manière mise en œuvre par Maurice Vaïsse : une large utilisation des archives du ministère de la Défense comme de l’Élysée, enfin devenues accessibles, et un appel au regard étranger que ce dernier vienne d’universitaires, anglais ou algériens, ou de témoins de première ligne, tel le docteur Mostefaï qui, dans un français parfait datant de ses études à l’université d’Alger et de Toulouse, a rappelé non seulement son ralliement à la philosophie « révolutionnaire » du FLN mais aussi son rôle de délégué diplomatique du FLN à Rabat d’où il a participé à l’évolution de la négociation sur le Sahara, enfin reconnu algérien, comme plus tard à Alger, il signera avec Susini, les fameux accords Mostefaï-Susini mettant fin aux exactions de l’OAS...


« Paroles d’en haut »

Colloques | 04.02.2013 | Alexandre Niess

Les 6 et 7 décembre 2012, s’est tenu le colloque « Paroles d’en haut », consacré à la parole d’autorité, ses formes, sa production, sa diffusion et sa réception. Organisé par les laboratoires IRAMAT (CNRS) et POLEN (POuvoirs, LEttres, Normes) de l’université d’Orléans, avec le soutien du Comité d’histoire parlementaire et politique (CHPP), il s’est déroulé le premier jour à l’université, le second au Sénat. La façon dont les pouvoirs de toute nature s’adressent à leurs interlocuteurs – citoyens, sujets, fidèles ou administrés – varie selon les époques et les contextes. Ce colloque volontairement trans-périodique et pluridisciplinaire (avec des historiens, des juristes, des linguistes et des politistes) est une initiative rare à souligner. Cette approche originale, sur la longue durée, a permis de souligner invariants et évolutions conceptuelles et conjoncturelles, tandis que, multi-scalaire, elle a mis l’accent sur la dimension régionale. Enfin, la parole publique étant aussi l’apanage d’un certain nombre de professionnels, des praticiens de la parole publique (élus et plumes) sont également intervenus pour faire part de leurs expériences.


« Vies d’exil, 1954-1962. Des Algériens en France pendant la guerre d’Algérie »

Colloques | 29.01.2013 | Annie Stora-Lamarre

9/10/2012-19/05/2013 - Cité nationale de l'histoire de l'immigrationCinquante ans après la fin de la guerre d’Algérie, la Cité nationale de l’histoire de l’immigration propose avec l’exposition « Vies d’exil, 1954-1962. Des Algériens en France pendant la guerre d’Algérie », une découverte du quotidien des Algériens en France entre 1954 et 1962. L’exposition confiée à Benjamin Stora et Linda Amiri commence dans un espace vide circulaire, une rotonde très dépouillée où le visiteur voit des images de bateaux symbolisant le départ de ces exilés, ces invisibles de l’Histoire qui formèrent la population des Algériens des années 1950. On ne peut s’empêcher de rappeler dans ce lieu chargé d’histoire, né de la fusion du musée de la France d’outre-Mer et du musée de l’Homme, le rôle de ces institutions qui diffusaient dans la société civile française d’alors tout un ensemble de représentations stéréotypées des colonies françaises et de leurs populations. À la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, l’Algérien entre au musée, mais différemment tant l’altérité y est repensée d’une autre façon. Pour la première fois et dans le cadre de cette exposition, un musée national propose de mettre en lumière l’histoire méconnue de l’immigration algérienne dont les effectifs doublent de 1954 à 1962. L’ensemble varié et rarement mis en valeur des archives privées et publiques, des photographies, les sons, les témoignages inédits et les œuvres d’art qui montrent la précarité, la violence mais aussi la joie et la nostalgie de cette population fragile et démunie. Le visiteur perçoit presque physiquement l’expérience de l’exil qui se vit dans l’engagement politique, la misère des bidonvilles, la sociabilité des cafés, les contrôles et la terrible violence policière.


Redécouvrir Émile Boutmy

Ouvrages | 28.01.2013 | David Colon

Anne Carrière - 2013Dans le livre qu’ils viennent de publier, Émile Boutmy. Le père de Sciences Po, deux descendants du frère d’Émile Boutmy, François et Renaud Leblond, s’appuient sur des manuscrits inédits découverts dans un grenier familial pour proposer un portrait très original et novateur du fondateur de l’École libre des sciences politiques (ELSP).


Michel Dreyfus et Michel Pigenet (dir.), Les meuniers du social. Force ouvrière, acteur de la vie contractuelle et du paritarisme, fin des années 1950 - début des années 1980,

Ouvrages | 24.01.2013 | Emmanuel Naquet

Publications de la Sorbonne, 2011À l’heure où s’exprime la volonté du nouveau président de la République, François Hollande, élu en mai 2012, de refonder les relations professionnelles en s’appuyant sur des corps intermédiaires vite écartés des démarches de l’ancien chef de l’État, Nicolas Sarkozy, voilà un collectif dirigé par Michel Dreyfus et Michel Pigenet qui, par une étude de cas sur la Confédération générale du travail-Force ouvrière (CGT-FO, dorénavant FO), montre toute l’importance des politiques contractuelle et paritaire pour le modèle français, aujourd’hui en question.


Télé Gaucho, de Michel Leclerc

Films | 24.01.2013 | Laurent Martin

Télé Gaucho (2012) est le troisième long-métrage du réalisateur français Michel Leclerc, après J’invente rien (2006) et Le nom des gens (2010). Il ne dépare pas la série et se montre aussi déjanté, fantaisiste, désinvolte, cocasse, engagé et, disons-le d’emblée, aussi réussi que les précédents. À travers les yeux de Victor, Rastignac des années 1990, jeune provincial monté à Paris pour faire carrière dans le cinéma, nous assistons à la naissance d'une chaîne de télévision pas comme les autres, télé associative, libertaire, télé de quartier pirate, en rupture avec tous les codes esthétiques et toutes les compromissions de la télé commerciale. Celle-ci est représentée par HD1, dont toute ressemblance avec TF1 ne serait pas fortuite, et le système honni incarné par Emmanuelle Béart, ici à contre-emploi dans le rôle d'une présentatrice d'une émission misant sur la bêtise et le voyeurisme des téléspectateurs. Télé Gaucho, à l'inverse, fait le pari de l'intelligence, de l’humour et de la participation active de ceux qui la regardent... et de ceux qui la font. Autour du projet se crée un collectif qui brille davantage par l'enthousiasme que par le professionnalisme, avec, en particulier, Jean Lou (Éric Elmosnino), sympathique escroc et grande gueule anar qui veut avant tout « foutre le bordel » et ne pas se laisser récupérer par le système – au point de penser à saboter le projet quand celui-ci est menacé de réussite –, Yasmina (Maïwen), féministe et gauchiste un brin hystérique qui voit avant tout dans Télé Gaucho une arme au service de la lutte sociale, Clara (Sara Forestier), jeune fille délurée qui ne sait rien faire mais veut tout apprendre, Victor, stagiaire chez HD1 mais cameraman pour Télé Gaucho... Ils produiront leurs propres bulletins d'informations, leurs fictions, leurs parodies publicitaires, leurs interviews, leurs enquêtes (faisant un grand usage du micro-trottoir), répondant au double objectif de s'amuser aux dépens des institutions et d'éveiller les consciences. Au total, le film est à l'image de son sujet : brouillon, drôle, à gauche toute, sans se prendre trop au sérieux, jamais ennuyeux.


Le Centre d’histoire de la Résistance et de la déportation (CHRD) : nouvelle exposition permanente

Musées | 23.01.2013 | Christophe Capuano

© Christophe CapuanoLe Centre d’histoire de la Résistance et de la déportation (CHRD) de Lyon vient de rouvrir ses portes après un an de travaux consacrés à la transformation de son exposition permanente. Celle-ci avait besoin d’être réactualisée car elle n’avait pas été modifiée depuis la première ouverture du CHRD au public en 1992. Les locaux, historiques, qui constituent le cadre de cette exposition, restent identiques. Il s’agit d’un étage de l’aile ouest de l’ancienne école du service de santé militaire qui a servi de siège à la Gestapo durant la Seconde Guerre mondiale. Lors de notre visite, un mois après l’inauguration de réouverture, la librairie n’est pas réinstallée et les audio-guides (qui devraient comprendre selon le personnel du musée « des témoignages et des paroles d’experts ») ne sont pas encore en place. Ils devraient l’être, selon les indications recueillies, au cours du premier trimestre 2013. L’espace dédié aux expositions temporaires n’a pas été encore réactivé. Cela donne pour l’heure un caractère assez épuré à l’ensemble.


Welcome in Vienna, réalisé par Alex Corti,

Video | 22.01.2013 | Emmanuel Debono

D.R.En 2012, les Éditions Montparnasse ont fait paraître en DVD la trilogie du réalisateur autrichien Alex Corti (1933-1993), Welcome in Vienna (trois volets sortis en 1981, 1985 et 1986). D’après un scénario de Georg Stefan Troller (né à Vienne en 1921), dont la vie a inspiré les trois parties, cette fresque de six heures dépeint le parcours dramatique, de 1938 à 1945, de juifs viennois condamnés à l’exil.


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  • ISSN 1954-3670