Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

Les émotions, au cœur du phénomène guerrier

Ouvrages | 24.12.2012 | Galit Haddad

Tallandier, 2012L’environnement guerrier constitue, quels que soient la période, le type de conflit ou d’armée, un champ d’investigation toujours riche et fascinant pour aborder la question des émotions. L’expérience du combat suscite chez les acteurs de la bataille une gamme d’affects surgis parfois simultanément : détresse, angoisse, peur, lassitude, haine, mais aussi affection ou amitié.

Comprendre l’essence de ce mélange, fruit de l’activité guerrière, constitue le cœur de Au combat : réflexions sur les hommes à la guerre. Son auteur, Jesse Glenn Gray, est parti de son expérience personnelle en tant que combattant de l’armée américaine pendant la Seconde Guerre mondiale. Gray, âgé alors de 28 ans, reçut le 8 mai 1941, dans sa boîte aux lettres, deux documents : son diplôme de doctorat en philosophie de l’université de Columbia, et un appel d’incorporation immédiate dans l’armée américaine.

Officier dans l’infanterie, Jesse Glenn Gray a participé à plusieurs opérations militaires en Europe pendant le second conflit mondial : campagne d’Italie, débarquement en Provence, campagne d’Alsace, puis d’Allemagne. Tout en étant conscient de participer à une expérience historique exceptionnelle, le jeune philosophe prenait régulièrement des notes sur ses carnets dans lesquels il transcrivait impressions, réflexions et sentiments. Il y décrivit les batailles de la libération de l’Europe, les rapports avec les civils, et aussi la dénazification de l’Allemagne durant laquelle il servit comme sous-lieutenant au contre-espionnage. En octobre 1945, il était démobilisé.


« Mémoires des migrations et temps de l’histoire »

Colloques | 20.12.2012 | Angéline Escafré-Dublet

Au cœur du débat sur les usages publics de la mémoire, le colloque « Mémoires des migrations et temps de l’histoire » réunissait à la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, à Paris, les 23 et 24 novembre 2012, les contributions de chercheurs internationaux sur les enjeux de mémoire portés par les phénomènes migratoires dans nos sociétés contemporaines. Les nombreux cas nationaux représentés et les différentes échelles d’observations adoptées permettaient de saisir les multiples facettes de cette question. En effet, il était souligné dès l’introduction par Marianne Amar que migrations et mémoires devaient se comprendre au pluriel, car l’articulation des mémoires individuelles est aussi importante que la formation d’une mémoire collective, et les migrations sont un objet particulièrement pertinent pour apprécier ces différentes logiques. La migration est une aventure individuelle ou familiale, tout autant qu’elle s’inscrit dans des dynamiques de groupes et interroge les cadres nationaux. Elle donne lieu à des récits plus ou moins transmis par leurs protagonistes et fait l’objet d’évocations, voire de célébrations, plus ou moins fidèles. Le colloque offrait une palette riche de cas d’étude qui permettait d’explorer ces questions. Il consistait en une succession de dix tables rondes de trois à quatre contributions chacune, discutées par un modérateur.


Monique Sauvage et Isabelle Veyrat-Masson, Histoire de la télévision française de 1935 à nos jours,

Ouvrages | 20.11.2012 | Patrick Eveno

Nouveau monde éditions, 2012L’histoire de l’audiovisuel en France est une discipline récente : les premières thèses datent des années 1980, les premières synthèses des années 1990. Initiée et portée par Jean-Noël Jeanneney autour du séminaire de recherche qu’il dirigeait à Sciences Po, l’histoire de la radio et de la télévision a prospéré et diversifié ses axes. Des thèses de plus en plus nombreuses viennent rejoindre sur les rayons de l’Inathèque celles des pionniers (Hélène Eck, Caroline Ullmann-Mauriat, Cécile Méadel et Denis Maréchal pour la radio, Jérôme Bourdon, Isabelle Veyrat-Masson, Agnès Chauveau pour la télévision). Bien souvent noyée dans des histoires des médias généralistes ou dans des ouvrages sur la culture de masse, l’histoire de la télévision manquait d’une synthèse à la fois scientifique et grand public. C’est chose faite avec l’ouvrage de Monique Sauvage et d’Isabelle Veyrat-Masson. L’attelage est le signe que cette histoire, parce qu’elle travaille sur un objet contemporain dont nombre de témoins sont encore vivants, est en passe de faire le pont entre la mémoire et la recherche scientifique. C’est aussi le gage d’un double regard ou d’une double approche, des professionnels et des chercheurs.


Dominique Kalifa, Philippe Régnier, Marie-Eve Thérenty, Alain Vaillant (dir.), La civilisation du journal. Histoire culturelle et littéraire de la presse française au XIXe siècle,

Ouvrages | 20.11.2012 | Jean-Charles Geslot

Nouveau monde édition, 2011« Le mot de civilisation ne voyage jamais seul, écrivait Fernand Braudel, il s’accompagne immanquablement du mot de culture. » Et c’est justement dans une perspective résolument culturelle que La Civilisation du journal place son appréhension de cette figure particulière du monde des périodiques, dont l’histoire aujourd’hui largement défrichée fut longtemps politique, avant d’être aussi technique, économique et sociale. Cet ouvrage cherche à dépasser la désormais très riche et bien connue histoire de la presse pour l’engager, résolument, dans la lignée de bien d’autres travaux, sur la voie d’une double approche d’histoire culturelle et d’histoire littéraire, en proposant une synthèse complète et extrêmement utile des plus récents apports de la recherche en ce domaine.


Sylvie Thénault, Violence ordinaire dans l’Algérie coloniale. Camps, internements, assignations à résidence,

Ouvrages | 20.11.2012 | Vanessa Codaccioni

Odile Jacob, 2012L’ouvrage de Sylvie Thénault, Violence ordinaire dans l’Algérie coloniale. Camps, internements, assignations à résidence, nous plonge au cœur du système répressif colonial en proposant, sur cet objet très peu étudié qu’est l’enfermement administratif, plusieurs décentrements du regard historien. Un décentrement temporel tout d’abord, puisque c’est toute la période coloniale algérienne (1830-1962) que couvre le livre, permettant ainsi de suivre l’évolution historique de cette forme de répression. Un décentrement spatial ensuite puisque si l’internement en Algérie est au cœur de l’analyse, l’observation de ses modalités de fonctionnement en métropole et dans d’autres colonies françaises (Indochine, Nouvelle-Calédonie, Afrique occidentale française, Madagascar, etc.) offre la possibilité d’évaluer la singularité du cas algérien mais surtout de souligner son inscription dans un système de domination colonial plus vaste, celui de l’Empire français tout entier. Plus généralement donc, c’est la « spécificité coloniale » de cette pratique punitive qui est interrogée par Sylvie Thénault.


« Pierre Bourdieu. Images d’Algérie, une affinité élective »

Expositions | 23.10.2012 | Anne-Laure Anizan

Pierre Bourdieu. Images d'Algérie, une affinité électiveLe Jeu de Paume hors les murs présente au château de Tours, du 16 juin au 4 novembre 2012, l’exposition « Pierre Bourdieu. Images d’Algérie, une affinité élective ». Initialement proposée en 2003, à l’Institut du monde arabe, à Paris, l’exposition a été reprogrammée dans le cadre du cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie. Contrairement à d’autres événements culturels proposés en France en 2012, notamment la très belle exposition généraliste « Algérie 1830-1962 » du musée de l’Armée, l’approche est ici très spécifique : il s’agit de montrer combien l’expérience de terrain en Algérie influença radicalement l’orientation de Pierre Bourdieu vers une sociologie axée notamment sur les problématiques de la pauvreté et du déracinement ou encore de la domination.


À l’école des spécialités

Colloques | 19.10.2012 | Ismail Ferhat

Le constat est souligné lors de l’ouverture de ce colloque international portant sur « Militantisme,sociabilité savante et identité professionnelle. Les associations de spécialistes du corps enseignant : un engagement singulier ? (XXe-XXIe siècles) » (IFE, ENS, LARHA, CHS-Paris I, 27-28 septembre 2012), par Philippe Savoie : les associations de spécialistes constituent un univers méconnu des études savantes du système éducatif en France. La dispersion de ces structures peut l’expliquer en partie. En effet, des historiens et géographes de l’APHG (Association des professeurs d’histoire et géographie) à l’association des psychologues scolaires (AFPEN, Association française des psychologues de l’Éducation nationale), leur diversité reflète celle des métiers enseignants, voire éducatifs. De plus, la plupart des études qui y sont consacrées sont le plus souvent rédigées par des militants de celles-ci. Enfin, les travaux monographiques ne les situent pas dans un cadre plus global (programmes d’enseignement, politiques scolaires, interactions avec les autres formes de sociabilité et de militantisme enseignants) ou comparatiste.


Jérome Pozzi, Les Mouvements gaullistes. Partis, associations et réseaux, 1958-1976,

Ouvrages | 19.10.2012 | Odile Rudelle

PUR, 2011Depuis ce 18 juin 1940 où le « gaulllisme » a surgi « hors de toute procédure », il aura occupé le premier rang de la scène, sans avoir trouvé de définition patentée. Au temps du Général, il a successivement été vu comme un patriotisme militaire pendant la guerre, comme un révisionnisme au temps du RPF avant d’être analysé comme un bonapartisme lorsque, revenu à l’appel des militaires d’Algérie, il inaugure les années d’exercice d’un pouvoir qui, s’opposant à l’Europe supranationale votée sous la IVe République, le fera alors taxer de nationalisme. Georges Pompidou lui-même, tout en se présentant comme le successeur « naturel », ne voyait dans le gaullisme rien de plus qu’une « attitude » qu’il s’apprêtait à enseigner à Jacques Chirac lorsque, surpris par la mort, ce dernier décida d’agir à la hussarde, s’imposant en quelques jours à Matignon puis, en quelques mois, à la tête du parti gaulliste. Ce qui redonnait toute sa vraisemblance à la définition par le bonapartisme, mais revenait aussi à négliger que le bonapartisme – le premier comme le second – ayant commencé par le coup d’état et fini par la défaite, était en dernière analyse l’exact contraire du gaullisme qui, depuis le discours de Bayeux, s’était employé à user du prestige acquis lors de la victoire, pour doter la France « d’institutions démocratiques capables de compenser par elles-mêmes les effets de notre perpétuelle effervescence politique ». Définition technique qui ne disait rien, ni des sources idéologiques d’un tel projet, ni des procédures nécessaires pour aboutir à la rédaction d’un texte constitutionnel capable de satisfaire à ces exigences, qui sont celles des temps modernes.


Fabrice Grenard, Les Scandales du ravitaillement. Détournements, corruption, affaires étouffées en France, de l’Occupation à la guerre froide,

Ouvrages | 19.10.2012 | Philip Nord

Payot, 2012The 1940s were a decade of penury. From the first days of Vichy through the Liberation era and on into the Cold War, food shortages and food rationing were permanent features of daily life in France. The State mobilized to deal with the situation. Already before the Occupation, in March 1940, plans had been laid to create a system of managed food distribution, although it awaited the coming of the Vichy regime before a version of this scheme was enacted. An Administration du Ravitaillement général was set up in September 1940 and a Service du Contrôle des prix the month following. The Liberation did not bring an immediate return to plenty, and so the state machinery dealing with shortages continued in existence, until the great postwar economic take-off got under way, making it all superfluous. No one mourned its passing.


Sabine Jansen, Gilles Le Béguec et David Valence (dir.), Naissance et développement des secrétariats administratifs des groupes parlementaires, organisation et clarification de la délibération, de 1910 au début des années 1970

Ouvrages | 19.10.2012 | Sylvie Guillaume

CHSP - AN, 2012L’intérêt que portent les historiens du politique au Parlement et au travail législatif va croissant depuis les travaux pionniers de Gilles Le Béguec dans sa thèse sur Les filières d’accession à la Chambre des députés sous la Troisième République ou dans un article sur « La naissance des groupes parlementaires sous la Troisième République », publié dans le premier numéro de la revue intitulée justement Parlement[s] du Comité d’histoire parlementaire et politique présidé par Jean Garrigues. Ce Comité a précisément apporté son concours à la journée d’études du 11 juin 2010 organisée par l’Assemblée nationale et le Centre d’histoire de Sciences Po dirigé par Jean-François Sirinelli. Le thème « Naissance et développement des secrétariats administratifs des groupes parlementaires » est d’importance car il a été jusqu’ici peu exploré ; il s’inscrit dans le prolongement du séminaire sur les entourages politiques organisé au Centre d’histoire de Sciences Po par Gilles Le Béguec en collaboration avec Sabine Jansen, Christine Manigand et Jean-Paul Thomas. Il existe bien une dynamique qui enrichit la connaissance de structures peu connues et d’acteurs qui, lorsqu’ils étaient secrétaires administratifs de groupes parlementaires, étaient encore méconnus, même si certains, comme nous le verrons, ont fait ensuite de brillantes carrières. Le soutien apporté par le président de l’Assemblée nationale d’alors, Bernard Accoyer, témoigne d’une reconnaissance des parlementaires pour le travail des historiens.


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  • ISSN 1954-3670