Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

Michel Leymarie, Olivier Dard et Jeanyves Guérin (dir.), Maurrassisme et littérature. L’Action française. Culture, société, politique (IV),

Ouvrages | 23.05.2013 | Olivier Tort

Presses universitaires du Septentrion, 2012Mesurer l’influence exacte de l’Action française au cours du XXe siècle, à l’échelle française et européenne : tel est l’objectif ambitieux que se sont fixés depuis plusieurs années Michel Leymarie et Olivier Dard, rejoints pour la circonstance par Jeanyves Guérin, dans une série d’actes de colloques publiés, dont le présent ouvrage constitue la dernière livraison. Parce qu’il est consacré aux relations politico-littéraires, ce quatrième volume porte l’analyse au cœur même des aspirations et des ambiguïtés maurrassiennes : car Maurras, qui s’est placé avec opiniâtreté dans le champ de la littérature politique, a voulu imprégner en profondeur la pensée française de son siècle, beaucoup plus, somme toute, que conquérir le pouvoir hic et nunc. Or, ce sont bien les vicissitudes et les renoncements de son mouvement dans l’action partisane qui expliquent en bonne part l’effritement de sa remarquable emprise dans le champ culturel, davantage que le dogmatisme sourcilleux des convictions littéraires résolument classiques du Maître.


Jean-François Sirinelli, Désenclaver l’histoire. Nouveaux regards sur le XXe siècle français,

Ouvrages | 23.05.2013 | Sylvie Guillaume

CNRS Editions, 2013Dès l’introduction, Jean-François Sirinelli inscrit son ouvrage dans la continuité de Comprendre le XXe siècle français, livre qu’il a publié en 2005, et qui était une mise en perspective historiographique à partir de ses propres travaux sur les intellectuels et sur les baby-boomers pour n’en citer que les plus importants. C’était aussi un plaidoyer en faveur d’une histoire culturelle dans toutes ses dimensions qui permettrait, pour reprendre le titre, de mieux comprendre le XXe siècle. Dans Désenclaver l’histoire, le procédé est comparable : il consiste à réunir dans une synthèse plusieurs travaux jalonnant un itinéraire scientifique qui est marqué par sa cohérence. L’auteur exprime ainsi la nécessité de faire le point, non par auto-satisfaction du travail universitaire rendu mais dans un souci de clarté critique et de compréhension d’un siècle en pleine mutation. Le livre est donc prise en considération d’un renouveau historiographique qui accompagne tout particulièrement l’analyse du temps présent, d’où le sous-titre Nouveaux regards sur le XXe siècle français.


José Aboulker, La Victoire du 8 novembre 1942, la Résistance et le débarquement des Alliés à Alger,

Ouvrages | 23.05.2013 | Odile Rudelle

Le Félin, 2012Comment expliquer que le débarquement du 8 novembre 1942 en Afrique du Nord – plus de trois cents bateaux ayant quitté l’Amérique et l’Angleterre pour arriver à l’heure H – à Alger, à Oran et au Maroc –, que cet extraordinaire exploit, véritable champ d’exercice pour le futur D Day – reste quasi ignoré des Français ? Par exemple, publié en 1992, le colloque « Vichy et les Français » n’en dit mot, alors que, centré sur l’évolution de l’opinion, il s’emploie à modifier la chronologie jusque-là enseignée, d’une coupure d’avril 1942, ce jour où le retour de Laval officialisait une collaboration militaire, à laquelle Darlan – nous le savions – mais aussi Weygand et Juin – et cette fois nous l’apprenons – avaient prêté la main ?


Daniel Cohen et Alain Bergounioux (dir.), Le socialisme à l’épreuve du capitalisme,

Ouvrages | 22.04.2013 | Noëlline Castagnez

Fondation Jean Jaurès, 2012Un colloque, organisé par la Fondation Jean-Jaurès les 14 et 15 janvier 2011, s’est interrogé sur les rapports que le socialisme avait entretenus avec le capitalisme et sur la manière dont il pouvait se définir face à lui aujourd’hui. Son ambition était de dégager des perspectives futures grâce à un regard rétrospectif. Cet ouvrage, qui en est issu, sous la direction de l’économiste Daniel Cohen, président du Conseil d’orientation scientifique de la Fondation Jean-Jaurès et de l’historien Alain Bergounioux, directeur de La Revue socialiste, revient non seulement sur les doctrines et les discours socialistes mais aussi sur les politiques préconisées par les partis ou menées par les gouvernements socialistes européens depuis le XIXe siècle. L’approche se veut résolument pluridisciplinaire et internationale puisque le livre réunit une vingtaine d’historiens, de sociologues et de politistes, venus de toute l’Europe. Tout à la fois, il offre une périodisation claire, des études de cas en dehors de l’hexagone et une définition de l’identité du socialisme dans ses continuités et ses adaptations au capitalisme mondialisé. 


« Les traumatismes de l’empire : expressions, effets et usages des violences (post)coloniales »

Colloques | 02.04.2013 | Julien Mary

Le colloque Les traumatismes de l’empire : expressions, effets et usages des violences (post)coloniales marquait l’ultime étape du séminaire « Les empires et après… Dire et écrire les expériences coloniales et post-coloniales » (2011-2012), dont l’ambition était de réinscrire les empires coloniaux dans leur temps long, leurs échelles territoriales et leur histoire connectée. François Buton (CNRS-CEPEL), Éric Soriano (Montpellier III-CERCE) et Sylvain Bertschy (Montpellier III-CRISES) avaient ainsi convié une quinzaine de chercheurs en vue de confronter le désormais célèbre ouvrage de Didier Fassin et Richard Rechtman, L’empire du traumatisme : Enquête sur la condition de victime (Paris, Flammarion, « Champs Essais », 2011 [2007]), aux terrains travaillés par les participants. La thèse centrale de l’ouvrage, le passage, dans la sphère psy et dans l’espace public, d’un paradigme du soupçon à un paradigme de la reconnaissance, fait-elle sens au regard des expériences impériales ?


Lore et l’Allemagne de « la fin » en 1945

Films | 02.04.2013 | Marie-Bénédicte Vincent

Le film Lore, réalisé en 2012 par l’Australienne Cate Shortland, lauréat du prix Locarno du public, est sorti en France le 20 février 2013, au moment où le public dispose depuis quelques mois de la traduction en français du dernier ouvrage de Ian Kershaw, La fin. Allemagne 1944-1945 (2012). Le film retrace l’épopée d’une fratrie de cinq enfants, guidée par son aînée, l’héroïne éponyme déjà adolescente, à travers l’Allemagne de l’immédiat après-capitulation. Les enfants ont été abandonnés par leurs parents très compromis dans le Troisième Reich : le père, un haut dignitaire du régime, a combattu sur le front de l’Est à la fin de la guerre et, voyant approcher la défaite, a caché sa famille à la campagne dans le Sud de l’Allemagne peu avant le suicide du Führer (30 avril 1945) ; la mère, après la capitulation du 8 mai 1945, s’est présentée d’elle-même aux autorités d’occupation. Sachant qu’elle sera internée dans un camp allié, elle confie à Lore la lourde charge de conduire la fratrie (dont un bébé de moins d’un an) vers la maison de leur grand-mère maternelle à Hambourg. La mère ne regrette rien, ne renie rien : le camp n’est pas honteux, explique-t-elle à sa fille, à l’inverse d’une prison. On retrouve ici la constatation faite par l’historien Richard Overy, dans son analyse des interrogatoires des hauts dignitaires nazis réalisés avant le procès de Nuremberg, à l’été 1945 (Interrogations. The Nazi Elite in Allied Hands 1945, 2001).


L’amère patrie. Le retour des Français d’Algérie, par Marion Pillas et Frédéric Biamonti,

Documentaires | 02.04.2013 | Benjamin Stora

Le documentaire de Marion Pillas et de Frédéric Biamonti raconte les derniers mois de l’Algérie française, le départ de ceux que l’on appellera les « pieds-noirs » dans l’été 1962, et leur insertion dans la société française en plein « boom économique ». Comme d’autres documentaires, ce travail livre des témoignages poignants sur la peur et l’arrachement de ces Français incompris par les métropolitains de l’époque ; l’atmosphère de violence cruelle, et la solitude au moment de leur arrivée dans une France si aimée et si indifférente. Enrico Macias raconte avec émotion l’assassinat de son beau-père à Constantine, en juin 1961. D’autres vont plus loin dans leur récit : Alain Afflelou évoque le basculement désespéré vers l’OAS d’une grande partie de cette communauté (il signale l’appartenance à cette organisation comme « un fait de résistance ») ; Marthe Villalonga raconte le refus de la passivité et l’engagement vers les thèses radicales de ceux qui ne voulaient pas la fin de l’Algérie française. Mais aucun des personnages interrogés ne reconnaît une quelconque responsabilité personnelle, politique, des leaders des Européens d’Algérie dans cette tragédie ni n’envisage les origines de ce conflit sanglant. L’accent dans les témoignages est donc mis sur les politiques suivies en France sur la question algérienne à la fin de la guerre, avec la mise en accusation rituelle du général de Gaulle qui a « trahi » la cause de l’Algérie française lui ayant permis d’accéder au pouvoir en 1958. L’historien Pierre Nora est donc le seul dans le documentaire à mentionner les causes de cette histoire, par le biais de références aux « occasions perdues » dues au fonctionnement d’un système colonial inégalitaire. Si les « pieds-noirs » étaient effectivement bien plus pauvres que les habitants de métropole (et cela est rappelé à juste titre par l’historien Jean-Jacques Jordi), ils disposaient du droit de vote, et cela est bien la distinction essentielle avec les « indigènes » musulmans. Les auteurs du documentaire auraient pu, en commentaire sur des images d’archives quelquefois inédites, livrer le point de vue des Algériens musulmans sur ces Européens à la fois si proches et si loin d’eux ; et leur étonnement à l’été 1962 devant leur départ en masse.


Françoise Taliano-des Garets (dir.), Villes et culture sous l'Occupation. Expériences françaises et perspectives comparées,

Ouvrages | 02.04.2013 | Laurent Martin

A. Colin, 2012Sous le titre Villes et culture sous l'Occupation... ont paru en 2012 les actes d'un colloque qui s'était tenu deux ans plus tôt à Bordeaux. Beau colloque, actes copieux, pas moins de 28 articles assortis de trois cahiers photos, c'est un bel ouvrage que nous livre ici Françoise Taliano-Des Garets, professeur d'histoire contemporaine à l'IEP de Bordeaux, à l'initiative de cette rencontre importante et qui en a dirigé la publication. L'ambition était de renouveler une historiographie de la période de l'Occupation souvent victime du nationalisme méthodologique naguère dénoncé par Ulrich Beck. Même si le territoire métropolitain de la France fait l'objet d'une bonne moitié des textes, cette ambition est atteinte grâce à de nombreux articles, parfois rédigés par des spécialistes étrangers à partir d'archives elles-mêmes étrangères, portant sur des pays européens (Allemagne, Italie, Grèce, Belgique, Pologne, Tchécoslovaquie) mais aussi sur des territoires appartenant à l'Empire français. « Pays » et « territoires » sont d'ailleurs des termes impropres puisque, et c'est le deuxième parti pris du colloque et de l'ouvrage qui en rend compte, l'échelon qui a été privilégié n'est pas l'échelon national ou ses prolongements mais bien l'échelon local, celui de la ville, et c'est là une deuxième originalité par rapport aux travaux existants.


Maurice Barrès (texte introduit et établi par Michel Leymarie et Michela Passini), La grande pitié des églises de France,

Ouvrages | 02.04.2013 | Jean-Pierre Moisset

Presses du Septentrion, 2012La grande pitié des églises de France est un ouvrage composite issu de la campagne que mena Maurice Barrès dans la presse et à la Chambre entre 1910 et février 1914, date de sa première édition. Le député et académicien y a rassemblé des articles de journaux, des lettres ouvertes, des réflexions personnelles, des extraits de débats parlementaires, ainsi que le compte rendu d’un entretien avec Aristide Briand, alors président du Conseil ainsi que ministre de l’Intérieur et des Cultes. L’objectif de Barrès est d’alerter l’opinion sur les menaces qui pèsent sur les églises et sur leur mobilier afin d’obtenir une modification légale susceptible d’y porter remède.


Laurent Joly (dir.), La Délation dans la France des années noires,

Ouvrages | 26.02.2013 | Philip Nord

Perrin, 2012The Occupation era has earned a reputation as a “golden age” of délation. Informing is a repugnant subject, but it is one that is revelatory of how dictatorships work, the German Occupation and its Vichy regime partner among them. The volume under review, edited and introduced by Laurent Joly, brings this point home in thought-provoking ways, in part because of the quality of the individual essays, but above all because of the range of subjects covered. The collection is comparative in design, including a contribution by François-Xavier Nérard on denunciation practices in Nazi Germany, fascist Italy, and the Soviet Union. An essay by Cédric Neveu examines the situation in the Moselle, French territory that was absorbed into the Hitlerian Reich and subjected to a concerted program of Germanization. A number of articles, moreover, do not confine themselves to the Occupation years alone. Virginie Sansico’s on “délits d’opinion” treats legislation enacted in the last years of the Third Republic constraining free speech and the Republic’s invitation to the public to inform on offenders. The volume’s final three essays deal with the purge of délateurs at the Liberation and the role that denunciation played in identifying culprits for trial. And Fabrice Grenard’s article on the black market makes clear that citizens, exasperated by the persistence of shortages and the shady business dealings attendant on penury, continued to snitch on their countrymen into the late forties.


imprimer

Newsletter

  • Consultez fréquemment les rubriques dynamiques de cette colonne. Elles sont régulièrement mises à jour.

Champ libre

  • Histoire@Politique est également disponible sur CAIRN
  • lire la suite

Partager

  • ISSN 1954-3670