Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

Pierre-Emmanuel Guigo, « Le chantre de l’opinion ». La communication de Michel Rocard de 1974 à 1981,

Ouvrages | 20.06.2013 | Sylvie Guillaume

 INA Éditions, 2013Pierre-Emmanuel Guigo étudie ici la stratégie de communication d’un homme politique, Michel Rocard, qui, s’il ne fut pas le premier à déceler tout l’intérêt de la communication politique dans un cursus, en fit un apprentissage consciencieux alors que dominait encore la force des cultures partisanes dans les années 1970. Cette personnalité, qui quitte le PSU pour le Parti socialiste en 1974, ne fait pas totalement sienne sa fidélité à la ligne majoritaire du parti socialiste en représentant la « deuxième gauche » ; la communication politique pallie ainsi sa marginalisation relative auprès des militants socialistes et devient pour lui le moyen d’accéder à l’Élysée, lui qui s’est posé en rival de François Mitterrand après en avoir été un dauphin. Mais, paradoxalement, la communication politique, qui lui valut une forte popularité auprès de l’opinion, ne s’accompagna pas du succès espéré.


« Napoléon et l’Europe »,

Expositions | 20.06.2013 | Antonin Durand

Malgré la fascination que la figure de Napoléon continue d’exercer sur le grand public, les expositions consacrées à l’empereur sont rares, et il fallait remonter en France à 1969 pour trouver la trace d’une telle entreprise, avant que le musée de l’Armée ne vienne combler cette lacune, du 27 mars au 14 juillet 2013. Faut-il pour autant parler d’une « exposition impossible », à l’instar de la curatrice de l’exposition « Napoleon und Europa. Traum und trauma » tenue à Bonn au début 2011 et dont l’exposition parisienne est une libre continuation ? Voilà qui est sans doute excessif, et passé ce titre provocateur, l’historienne de l’art décrit au contraire comment les différentes difficultés de l’opération ont été surmontées. Une chose est sûre, cependant : aborder Napoléon par son rapport à l’Europe renforce le défi, alors que la mémoire napoléonienne à l’échelle continentale est encore très loin d’être unifiée. Le sujet va d’ailleurs au-delà de ce que son titre évoque puisque sont traités également plusieurs épisodes des guerres révolutionnaires menées par le général Bonaparte, à commencer par la campagne d’Égypte qui élargit le cadre géographique.


Pierre Rigoulot, Georges Albertini, 1911-1983. Socialiste, collaborateur, gaulliste,

Ouvrages | 14.06.2013 | Jacques Puyaubert

© Perrin, 2012Ce livre retrace, en dix-huit tableaux, la biographie de Georges Albertini qui fut surtout connu pour avoir été le bras droit de Marcel Déat sous l'Occupation puis un collaborationniste convaincu – Pierre Assouline l'avait révélé au grand public en 1986 (L'Histoire, n° 90). Après la guerre et une condamnation légère, il se rallie aux gaullistes sous la VRépublique et devient l’éminence grise de Georges Pompidou et de Jacques Chirac. D'où le titre de l'ouvrage de Pierre Rigoulot : Georges Albertini. 1911-1983. Socialiste, collaborateur, gaulliste qui met l'accent sur l'ampleur des reconversions spectaculaires d'un parcours en apparence atypique.


Victor Pereira, La dictature de Salazar face à l’émigration. L’État portugais et ses migrants en France (1957-1974),

Ouvrages | 14.06.2013 | Matthieu Trouvé

Presses de Sciences Po, 2012Comment un État – qui détient le monopole de la violence légitime sur un territoire donné – peut-il exercer des contraintes sur ses ressortissants en dehors de son propre territoire ? Autrement dit, quel pouvoir cet État exerce-t-il sur ses nationaux à l’étranger ? C’est à ces vastes questions que tente de répondre Victor Pereira à travers l’étude du cas de la dictature portugaise de Salazar et des migrants portugais en France. Ce livre est le résultat d’une thèse soutenue à l’IEP de Paris et de recherches menées dans les archives à la fois au Portugal, en France et en Espagne. Son auteur, maître de conférences à l’université de Pau et des Pays de l’Adour, est lui-même descendant de parents portugais. Les chercheurs français s’intéressant au Portugal étant suffisamment rares, on peut d’emblée saluer l’originalité de la démarche et le fait de pouvoir disposer d’un ouvrage en français sur ces questions.


Michel Leymarie, Olivier Dard et Jeanyves Guérin (dir.), Maurrassisme et littérature. L’Action française. Culture, société, politique (IV),

Ouvrages | 23.05.2013 | Olivier Tort

Presses universitaires du Septentrion, 2012Mesurer l’influence exacte de l’Action française au cours du XXe siècle, à l’échelle française et européenne : tel est l’objectif ambitieux que se sont fixés depuis plusieurs années Michel Leymarie et Olivier Dard, rejoints pour la circonstance par Jeanyves Guérin, dans une série d’actes de colloques publiés, dont le présent ouvrage constitue la dernière livraison. Parce qu’il est consacré aux relations politico-littéraires, ce quatrième volume porte l’analyse au cœur même des aspirations et des ambiguïtés maurrassiennes : car Maurras, qui s’est placé avec opiniâtreté dans le champ de la littérature politique, a voulu imprégner en profondeur la pensée française de son siècle, beaucoup plus, somme toute, que conquérir le pouvoir hic et nunc. Or, ce sont bien les vicissitudes et les renoncements de son mouvement dans l’action partisane qui expliquent en bonne part l’effritement de sa remarquable emprise dans le champ culturel, davantage que le dogmatisme sourcilleux des convictions littéraires résolument classiques du Maître.


Jean-François Sirinelli, Désenclaver l’histoire. Nouveaux regards sur le XXe siècle français,

Ouvrages | 23.05.2013 | Sylvie Guillaume

CNRS Editions, 2013Dès l’introduction, Jean-François Sirinelli inscrit son ouvrage dans la continuité de Comprendre le XXe siècle français, livre qu’il a publié en 2005, et qui était une mise en perspective historiographique à partir de ses propres travaux sur les intellectuels et sur les baby-boomers pour n’en citer que les plus importants. C’était aussi un plaidoyer en faveur d’une histoire culturelle dans toutes ses dimensions qui permettrait, pour reprendre le titre, de mieux comprendre le XXe siècle. Dans Désenclaver l’histoire, le procédé est comparable : il consiste à réunir dans une synthèse plusieurs travaux jalonnant un itinéraire scientifique qui est marqué par sa cohérence. L’auteur exprime ainsi la nécessité de faire le point, non par auto-satisfaction du travail universitaire rendu mais dans un souci de clarté critique et de compréhension d’un siècle en pleine mutation. Le livre est donc prise en considération d’un renouveau historiographique qui accompagne tout particulièrement l’analyse du temps présent, d’où le sous-titre Nouveaux regards sur le XXe siècle français.


José Aboulker, La Victoire du 8 novembre 1942, la Résistance et le débarquement des Alliés à Alger,

Ouvrages | 23.05.2013 | Odile Rudelle

Le Félin, 2012Comment expliquer que le débarquement du 8 novembre 1942 en Afrique du Nord – plus de trois cents bateaux ayant quitté l’Amérique et l’Angleterre pour arriver à l’heure H – à Alger, à Oran et au Maroc –, que cet extraordinaire exploit, véritable champ d’exercice pour le futur D Day – reste quasi ignoré des Français ? Par exemple, publié en 1992, le colloque « Vichy et les Français » n’en dit mot, alors que, centré sur l’évolution de l’opinion, il s’emploie à modifier la chronologie jusque-là enseignée, d’une coupure d’avril 1942, ce jour où le retour de Laval officialisait une collaboration militaire, à laquelle Darlan – nous le savions – mais aussi Weygand et Juin – et cette fois nous l’apprenons – avaient prêté la main ?


Daniel Cohen et Alain Bergounioux (dir.), Le socialisme à l’épreuve du capitalisme,

Ouvrages | 22.04.2013 | Noëlline Castagnez

Fondation Jean Jaurès, 2012Un colloque, organisé par la Fondation Jean-Jaurès les 14 et 15 janvier 2011, s’est interrogé sur les rapports que le socialisme avait entretenus avec le capitalisme et sur la manière dont il pouvait se définir face à lui aujourd’hui. Son ambition était de dégager des perspectives futures grâce à un regard rétrospectif. Cet ouvrage, qui en est issu, sous la direction de l’économiste Daniel Cohen, président du Conseil d’orientation scientifique de la Fondation Jean-Jaurès et de l’historien Alain Bergounioux, directeur de La Revue socialiste, revient non seulement sur les doctrines et les discours socialistes mais aussi sur les politiques préconisées par les partis ou menées par les gouvernements socialistes européens depuis le XIXe siècle. L’approche se veut résolument pluridisciplinaire et internationale puisque le livre réunit une vingtaine d’historiens, de sociologues et de politistes, venus de toute l’Europe. Tout à la fois, il offre une périodisation claire, des études de cas en dehors de l’hexagone et une définition de l’identité du socialisme dans ses continuités et ses adaptations au capitalisme mondialisé. 


« Les traumatismes de l’empire : expressions, effets et usages des violences (post)coloniales »

Colloques | 02.04.2013 | Julien Mary

Le colloque Les traumatismes de l’empire : expressions, effets et usages des violences (post)coloniales marquait l’ultime étape du séminaire « Les empires et après… Dire et écrire les expériences coloniales et post-coloniales » (2011-2012), dont l’ambition était de réinscrire les empires coloniaux dans leur temps long, leurs échelles territoriales et leur histoire connectée. François Buton (CNRS-CEPEL), Éric Soriano (Montpellier III-CERCE) et Sylvain Bertschy (Montpellier III-CRISES) avaient ainsi convié une quinzaine de chercheurs en vue de confronter le désormais célèbre ouvrage de Didier Fassin et Richard Rechtman, L’empire du traumatisme : Enquête sur la condition de victime (Paris, Flammarion, « Champs Essais », 2011 [2007]), aux terrains travaillés par les participants. La thèse centrale de l’ouvrage, le passage, dans la sphère psy et dans l’espace public, d’un paradigme du soupçon à un paradigme de la reconnaissance, fait-elle sens au regard des expériences impériales ?


Lore et l’Allemagne de « la fin » en 1945

Films | 02.04.2013 | Marie-Bénédicte Vincent

Le film Lore, réalisé en 2012 par l’Australienne Cate Shortland, lauréat du prix Locarno du public, est sorti en France le 20 février 2013, au moment où le public dispose depuis quelques mois de la traduction en français du dernier ouvrage de Ian Kershaw, La fin. Allemagne 1944-1945 (2012). Le film retrace l’épopée d’une fratrie de cinq enfants, guidée par son aînée, l’héroïne éponyme déjà adolescente, à travers l’Allemagne de l’immédiat après-capitulation. Les enfants ont été abandonnés par leurs parents très compromis dans le Troisième Reich : le père, un haut dignitaire du régime, a combattu sur le front de l’Est à la fin de la guerre et, voyant approcher la défaite, a caché sa famille à la campagne dans le Sud de l’Allemagne peu avant le suicide du Führer (30 avril 1945) ; la mère, après la capitulation du 8 mai 1945, s’est présentée d’elle-même aux autorités d’occupation. Sachant qu’elle sera internée dans un camp allié, elle confie à Lore la lourde charge de conduire la fratrie (dont un bébé de moins d’un an) vers la maison de leur grand-mère maternelle à Hambourg. La mère ne regrette rien, ne renie rien : le camp n’est pas honteux, explique-t-elle à sa fille, à l’inverse d’une prison. On retrouve ici la constatation faite par l’historien Richard Overy, dans son analyse des interrogatoires des hauts dignitaires nazis réalisés avant le procès de Nuremberg, à l’été 1945 (Interrogations. The Nazi Elite in Allied Hands 1945, 2001).


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  • ISSN 1954-3670