Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

« Confrontations au national-socialisme (CNS) : hommes politiques, journalistes, publicistes, experts et intellectuels dans l’Europe francophone et germanophone (1919-1949) »

Colloques | 12.01.2017 | Charlotte Balluais

Les 13 et 14 octobre 2016 s’est tenue à Bordeaux, dans la salle de conférence des Archives départementales, la cinquième rencontre du programme de recherches international « Confrontations au national-socialisme (CNS) : hommes politiques, journalistes, publicistes, experts et intellectuels dans l’Europe francophone et germanophone (1919-1949) / Auseinandersetzungen mit dem Nationalsozialismus (ANS): Politiker, Journalisten, Publizisten, Experten und Intellektuelle im deutsch- und französischsprachigen Europa (1919-1949) ». Comme les précédents, ce colloque a réuni historiens, germanistes, philosophes et chercheurs de la jeune génération, autour cette fois-ci de la question de la confrontation des gauches au national-socialisme. Les premières rencontres tenues à Metz, Sarrebruck, Paris et Berlin, s’étaient respectivement intéressées aux savoirs et aux opinions publiques, aux catholiques, à la famille libérale, modérée et européiste et à une partie des droites dans leur confrontation au national-socialisme. D’autres journées d’étude doivent encore se tenir jusqu’en 2017.


Olivier Zajec, Nicholas John Spykman. L’invention de la géopolitique américaine,

Ouvrages | 11.01.2017 | Sébastien-Yves Laurent

Presses universitaires Paris-SorbonneSpykman, universitaire organique de la « national security » et du containment de guerre froide ? C’est à cette image que l’universitaire étatsunien disparu en 1943, relativement jeune, est souvent réduit. Avec la notion de « Rimland », cet espace périphérique de l’Eurasie centré sur la Russie (le « Heartland » de Mackinder), le professeur de Yale aurait formulé avec un grand talent d’anticipation, le concept phare de la guerre froide. Ce faisant, il aurait été le premier géopoliticien des États-Unis, désormais convaincus de leur responsabilité mondiale.


Gerd-Rainer Horn, The Spirit of Vatican II. Western European Progressive Catholicism in the Long Sixties,

Ouvrages | 10.01.2017 | Anthony Favier

Oxford University Press, 2015Dans cet ouvrage écrit en anglais, Gerd-Rainer Horn, professeur d’histoire à Sciences Po Paris, poursuit son investigation des forces catholiques de gauche d’Europe occidentale entamée dans ses précédents ouvrages. Ce faisant, il propose une très stimulante démarche d’histoire comparatiste sur le militantisme catholique des années 1960-1970.


Jean-Noël Jeanneney, Clemenceau. Dernières nouvelles du Tigre,

Ouvrages | 10.01.2017 | Christophe Bellon

CNRS Éditions, 2016« Il y a des gens qui rétrécissent par manque d’admiration », nous rappelle Jean-Noël Jeanneney, en citant ces mots attribués à Victor Hugo. Ce ne fut pas le cas de Clemenceau, pas plus que de ceux qui, aujourd’hui, s’intéressent à cette figure marquante de la vie politique française. Car son souvenir et par lui sa défense, voire son modèle, restent d’une actualité toujours stimulante où l’admiration prend une place qu’elle n’a pas toujours eue.


Christophe Bellon, La République apaisée. Aristide Briand et les leçons politiques de la laïcité (1902-1919), vol. 1 : Comprendre et agir et vol. 2 : Gouverner et agir,

Ouvrages | 29.11.2016 | Emmanuel Naquet

Paris, Cerf, 2015S’il est un sujet d’actualité, c’est bien la laïcité française, ou à la française, c’est selon. Brandie par les combattants d’une neutralisation religieuse de l’espace public comme par les partisans d’une tolérance de l’État au nom du respect de la liberté de conscience, le contenu et les contours de la notion ne sont pas également compris par tous les citoyens, quels qu’ils soient. À la frontière du droit, de la sociologie, de l’histoire, de l’anthropologie, la laïcité, élément structurant et, partant, fondamental de notre société, pour être cernée, gagne à être approchée en puisant aux sources du passé de la République. D’où l’intérêt des meilleures expertises. C’est le cas avec la publication que Christophe Bellon nous offre.


Benoît Falaize, L’histoire à l’école élémentaire depuis 1945,

Ouvrages | 28.11.2016 | Patricia Legris

Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2016, 331 p., préface de Jean-François Chanet et postface de François Jacquet-Francillon.Parmi les historiens de l’éducation, peu d’entre eux s’intéressent au premier degré. Un examen rapide de l’historiographie en ce domaine indique en effet la domination nette des travaux portant sur le second degré général. Ce qui est visible concernant les recherches sur l’institution éducative, l’est également pour l’histoire des disciplines scolaires. Dynamisée par des thèses soutenues en histoire et en sciences politiques depuis les années 2000, ainsi que par des recherches collectives, l’histoire des disciplines scolaires n’est pas approfondie de la même manière. Alors que les géographes ou les mathématiciens se penchent volontiers sur l’histoire de leur discipline, à la fois en primaire et dans le secondaire, les historiens accordent une importance moindre à la prospection dans le passé de Clio à l’école. L’ouvrage de Benoît Falaize, L’histoire à l’école élémentaire depuis 1945, complète heureusement le champ insuffisamment exploré par Philippe Marchand, Annie Bruter, Brigitte Dancel, Olivier Loubes, Jean Leduc et surtout Rachel Hutchins. Issu d’une thèse d’histoire contemporaine soutenue en 2014, ce livre est à double titre original : par la période envisagée d’abord, – regrettons que trop peu d’historiens de l’éducation s’intéressent à la période postérieure à la Seconde Guerre mondiale et privilégient par excès parfois la Troisième République –, par la méthode adoptée ensuite. En cherchant à entrer dans la boîte noire qu’est la classe pour saisir les pratiques des enseignants de primaire et les traces des leçons d’histoire des cahiers d’élèves, l’auteur permet de comprendre ce qui se passe dans les coulisses de la discipline dans le premier degré et contribue à faire comprendre comment sont comprises puis appliquées les injonctions ministérielles, déjà étudiées par Jean Leduc et Patrick Garcia.


Danièle Voldman, Locataires et propriétaires. Une histoire française,

Ouvrages | 25.11.2016 | Cédric Fériel

Paris, Bibliothèque historique Payot, 2016, 366 p.Danièle Voldman offre ici une synthèse historique très intéressante et tout à fait accessible sur un sujet dont l’actualité n’est pas à démontrer. Spécialiste de la reconstruction, du logement mais aussi de l’histoire des femmes au XXe siècle, l’auteure adopte une approche de longue durée (de 1789 à nos jours) tout à fait stimulante pour isoler et étudier une « passion française » (p. 322) pour la propriété et ses conséquences sur la structuration des rapports entre propriétaires et locataires. La démarche, qui s’inscrit dans le retour de la longue durée en histoire, vise aussi à éclairer les débats contemporains. En ouvrant son livre sur l’affaire Maryvonne T. à Rennes, en 2015, et en le clôturant sur le cas de l’immeuble de la rue du Corbillon à Saint-Denis, où s’étaient réfugiés les auteurs des attentats du 13 novembre 2015, l’historienne inscrit clairement son propos dans une temporalité encore ouverte.


Tal Bruttmann et Laurent Joly, La France anti-juive de 1936. L’agression de Léon Blum à la Chambre des députés,

Ouvrages | 25.11.2016 | Michel Dreyfus

Paris, CNRS Éditions, 2016 réédition (Édition des Equateurs, 2006)Le 6 juin 1936, lorsque Léon Blum présente son gouvernement à la Chambre des députés, il est l’objet d’une violente attaque antisémite de l’un des animateurs de l’opposition, Xavier Vallat, député de l’Ardèche et vice-président de la Fédération républicaine. Cet ancien combattant, également candidat de l’opposition à la présidence de la Chambre et membre du groupe inter-parlementaire maçonnique, interpelle le dirigeant socialiste dans ces termes : « Pour la première fois, ce vieux pays gallo-romain sera gouverné par un juif. » Cette agression a été souvent évoquée par les historiens mais elle n’avait jamais été étudiée avant la recherche scrupuleuse menée il y a dix ans par Tal Bruttmann et Laurent Joly, et rééditée dans ce livre. Par sa violence, cette agression constitue un tournant important dans l’histoire de la IIIe République : c’est en effet la première fois que, depuis son instauration, une attaque antisémite se déroule à la Chambre des députés. De plus, et comme le montrent Tal Bruttman et Laurent Joly, notamment sur la base de recherches approfondies dans la presse nationale et régionale de l’époque, l’attaque de Xavier Vallat, puis le soutien qu’il recueille, sont bien plus nets que ce que laisse paraître le compte rendu de la séance, paru au Journal officiel. Léon Blum est tout d’abord déstabilisé par la violence de l’attaque, mais il se ressaisit très vite. De son côté, Xavier Vallat bénéficie de l’adhésion d’une partie importante de la droite de l’Assemblée nationale : son action est soutenue par de nombreux députés. Comme il s’en flatte d’ailleurs dans son discours, le député de l’Ardèche dit « tout haut ce que tout le monde pense tout bas » ; tout porte à croire qu’il ait soigneusement prémédité son action et qu’il en ait averti certains de ses amis politiques. Enfin, en attaquant également le très conservateur et anticommuniste Georges Mandel qu’il présente comme « Jéroboam Rothschild », Xavier Vallat rompt un consensus politique. En mettant ainsi en cause un homme politique dont les idées lui sont pourtant proches, il ouvre la voie aux polémiques antisémites qui vont se multiplier au sein des partis de droite, mais aussi de la SFIO, surtout après la crise de Munich : Léon Blum et Georges Mandel seront désormais de plus en plus fréquemment accusés d’être des « juifs bellicistes » voulant en découdre avec l’Allemagne pour venger leurs coreligionnaires qui y sont persécutés.


Hélène Bertheleu (dir.), Mémoires des migrations en France. Du patrimoine à la citoyenneté,

Ouvrages | 24.11.2016 | Sandra Vacca

Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Des Sociétés », 2016.Derrière les divers phénomènes migratoires se cachent des mémoires et héritages disputés, discutés et, jusqu’à récemment avec l’ouverture en 2007 de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, peu visibles. Depuis quelques années, le thème de la muséalisation des migrations a inspiré nombre de recherches et de publications, allant de la sociologie à l’histoire en passant par les cultural studies et les museum studies. L’ouvrage Mémoires des migrations en France. Du Patrimoine à la citoyenneté est une contribution intéressante mêlant réflexions théoriques et études de cas. Cet ouvrage en trois parties, issu d’un colloque tenu à Tours en juin 2011, rassemble des chercheurs en sciences humaines et sociales et des acteurs institutionnels de la culture, de l’urbain et du social, et il explore la nature des liens entre mémoire(s), patrimoine et citoyenneté. Les auteurs identifient les raisons individuelles, collectives et institutionnelles de se souvenir des migrations et réfléchissent à la construction et à la place de celles-ci dans un contexte urbain.


Alban Jacquemart, Les hommes dans les mouvements féministes. Socio-histoire d’un engagement improbable,

Ouvrages | 24.11.2016 | Patrick Farges

préface d’Olivier Fillieule, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Archives du féminisme », 2015, 324 p.L’ouvrage d’Alban Jacquemart est tiré de sa thèse de doctorat, soutenue en 2011. Soulignons d’emblée l’ampleur et l’ambition de ce travail, tant le sujet de l’engagement « improbable » (comme le rappelle le sous-titre de l’ouvrage publié), voire « paradoxal » (terme présent dans l’introduction), des hommes dans les mouvements féministes en France restait méconnu. En plus de livrer une analyse fine des raisons pour lesquelles des hommes se sont engagés dans des mouvements féministes, c’est-à-dire dans des mouvements luttant pour le droit des femmes et/ou pour agir sur l’ordre genré, l’auteur livre une contribution passionnante à la réflexion actuelle sur l’histoire et la sociologie des masculinités : sur les hiérarchies, les modèles hégémoniques, les positionnements alternatifs, voire les attitudes complices, qui sont à l’œuvre.


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  • ISSN 1954-3670