Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

Frederick Cooper, L’Afrique depuis 1940,

Ouvrages | 23.09.2013 | Pierre Guillaume

Payot et Rivages, 2012Cet ouvrage est la traduction d’un livre publié par Cambridge University Press en 2002 sous le titre Africa since 1940: The Past of the Present. Ce titre dit clairement la volonté de l’auteur de rechercher dans le passé de l’Afrique des explications de sa situation actuelle sans s’en tenir à la mauvaise gouvernance et à l’héritage colonial avec la volonté explicitée à la page 37 de « jeter un pont entre deux des divisions classiques de l’histoire de l’Afrique, entre le "colonial" et le "postcolonial", en prenant en compte, la phase dite du "colonialisme du développement" postérieure à la Première Guerre mondiale. Cette phase fut marquée par la recherche de redéfinition des liens entre colonies et métropole, la France proposant dans une logique assimilationniste une "citoyenneté d’empire" » (p. 85), tandis que les responsables britanniques ne tentèrent pas de légitimer l’empire en transformant leurs sujets en citoyens impériaux et en admettant que chaque territoire suivrait sa propre trajectoire. L’auteur utilise aussi l’expression de « colonialisme développementaliste des années 1950, rejetant l’image d’un colonialisme statique » (p. 152). Des réformes, tendant notamment à la protection sociale des travailleurs furent réelles dans les territoires anglais (Côte de l’or) et français où purent s’affirmer des syndicats, inexistantes dans les colonies belges ou portugaises.


Philippe Chassaigne, Marie-Claude Esposito, Londres, la ville-monde,

Ouvrages | 19.09.2013 | Pierre Guillaume

Vendémiaire EditionsLes ambitions auxquelles s’efforce de répondre cet ouvrage sont grandes tant par l’ampleur du champ chronologique pris en compte que par la diversité des éclairages jetés aussi bien sur l’histoire économique que sur l’histoire culturelle, en ayant comme préoccupation constante de distinguer ce qui est vie propre à la ville et ce qui relève de la vie nationale. Dans un domaine aussi large, on ne s’étonnera pas qu’une place plus importante ait été donnée à la réflexion des auteurs qu’à une érudition pointilliste.


Claude Malon, Occupation, Épuration et reconstruction. Le monde de l'entreprise au Havre, 1940-1950,

Ouvrages | 16.09.2013 | Danièle Voldman

Publications de l'Université de Rouen et du Havre, 2012L’ouvrage monographique de Claude Malon, spécialiste de l’économie du Havre au temps de l’Empire, décrit la vie des entreprises havraises dans la décennie 1940-1950. C’est aussi un manifeste. À partir de l’analyse économique du port sous l’Occupation, l’auteur entend en effet prouver la pertinence des études locales de micro-histoire pour la période de la Seconde Guerre mondiale. Selon lui, « chaque étude régionale affine la connaissance historique et nous éloigne de la théorie trop simple d’un complot du capital ou de la trahison compacte et homogène des élites » (p. 344).


Sylvain Venayre, Les origines de la France. Quand les historiens racontaient la nation,

Ouvrages | 16.09.2013 | Joëlle Dusseau

Seuil, 2013« L’histoire est ainsi devenue pour nous une sorte de guerre civile en permanence » écrit en 1872 Fustel de Coulanges dans De la manière d’écrire l’histoire en France et en Allemagne depuis cinquante ans. Il fait écho dans ce livre aux vieilles controverses entre historiens français sur le rôle respectif des Gaulois, des Romains ou des Francs et aux débats sur les bienfaits de « l’invasion franque », invasion qu’il rapproche d’une autre « invasion » – j’utilise à dessein le titre d’Erckmann-Chatrian – celle des Prussiens en 1870. L’heure n’est plus en effet à glorifier l’invasion de Germains. Il situe le début cette longue controverse en 1815 : « Notre école libérale, écrit-il, en haine de l’Empire qui venait de tomber, s’éprit d’un goût très vif pour l’Angleterre et l’Allemagne. »


L’Art nouveau est-il soluble dans l’ornement ?

Expositions | 16.09.2013 | Aline Magnien

L’exposition de la Pinacothèque de Paris, « L’Art nouveau, la Révolution décorative », qui s’est tenue du 18 avril au 8 septembre 2013, s’était elle-même proclamée « la plus importante rétrospective sur la question depuis 1960 ». Sans épiloguer sur cet argument, il est vrai que, comme le rappellent l’introduction et le texte du marchand et collectionneur Victor Arwas, le style Art nouveau a connu quelques rejets et éclipses, et ce, dès son apparition en France. En témoignent les appellations de « style nouille » ou de « style ténia », ces deux termes renvoyant à un champ peu exploré de la critique d’art, le registre alimentaire et intestinal, bien souvent utilisé en cette fin de siècle. Cela dit bien ce à quoi s’adresse, selon l’utilisateur du terme, l’objet de sa critique : les sens, le bas et non pas le haut, pour reprendre les oppositions de M. Bakhtine : l’Art nouveau ne s’adresserait ni à l’intelligence ni à l’esprit mais n’aurait comme fonction que de délecter, de faire plaisir. Or l’art a souvent, dans la tradition classique française particulièrement, voulu se donner d’autres missions.


Alain Corbin, Jean-Jacques Courtine, Georges Vigarello (dir.), Histoire de la virilité, 3 tomes,

Ouvrages | 05.09.2013 | Pierre Guillaume

Seuil, octobre 2011Les trois co-directeurs de l’Histoire de la virilité ont développé leurs analyses en en limitant en apparence l’objet dans les 1 637 pages du présent ouvrage rédigées par 44 contributeurs. Une telle convergence d’auteurs venus comme toujours dans les livres inspirés par Alain Corbin de disciplines différentes, – histoire, histoire de l’art, sociologie, anthropologie, littérature mais aussi esthétique et cinéma –, ne peut prétendre à l’expression d’une définition simpliste d’une pensée unique qui, de toute évidence pour le lecteur, ne fut nullement recherchée. L’ouvrage est délibérément une juxtaposition d’essais que nul n’a cherché à contraindre à la recherche d’une synthèse. C’est de cette liberté laissée aux auteurs que découle la richesse des propos rassemblés ici, écartant notamment toute définition, fatalement restrictive, de la virilité variant tout autant avec le contexte historique et culturel qu’avec les identités des auteurs que personne n’a songé à concilier. Cette diversité clairement assumée est telle, qu’au terme de la lecture des 1 637 pages du livre, le lecteur peut se trouver embarrassé pour en déduire une définition de la virilité même s’il est incidemment affirmé qu’elle est totalement distincte d’une masculinité dont la définition est également assez floue et, ce que l’on conçoit facilement, flottante avec le temps.


« Le pouvoir en actes. Fonder, dire, montrer, contrefaire l’autorité ». Des discours, des représentations et des pratiques en politique

Expositions | 05.09.2013 | Emmanuel Naquet

Archives nationales, 2013Cette exposition tenue aux Archives nationales du 27 mars au 24 juin 2013 fut, disons-le d’emblée, une réussite. Le projet d’Elsa Marguin-Hamon, auteure de riches articles dans le catalogue, était d’interroger des concepts, des représentations, des pratiques de pouvoir. Adossée à un programme événementiel fort riche et à un catalogue qui, non seulement reproduit les objets mis en espace à l’Hôtel de Soubise, mais apporte des compléments d’analyses très suggestifs – nous y reviendrons –, la visite est accompagnée d’un livret offert gracieusement et qui est plus qu’un guide, avec des annexes de textes commentés, de nombreuses citations et un utile glossaire. Reprenant non seulement les notices de ces parcelles d’histoire accrochées, il duplique les introductions des salles, et donc des approches temporelles ou thématiques du parcours, replaçant ces regards contextualisés dans une vision à la fois sur le temps long et avec une optique large.


Noëlline Castagnez et Gilles Morin (dir.), Pierre Bérégovoy en politique,

Ouvrages | 03.09.2013 | Gérard Grunberg

L'Harmattan, avril 2013Issu d’un colloque consacré à Pierre Bérégovoy, l’ouvrage collectif dirigé par Noëlline Castagnez et Gilles Morin constitue un apport indéniable à la connaissance de l’ancien Premier ministre de François Mitterrand. Pierre Bérégovoy avait peu fait l’objet jusqu’ici de publications sérieuses. Seule sa fin tragique avait attiré sur lui une large attention. Cet ouvrage vient combler une lacune. Il montre que Pierre Bérégovoy, qui n’apparaît pas comme un personnage politique de premier plan jusqu’au second septennat de François Mitterrand, a joué néanmoins un rôle notable dans l’histoire du socialisme français sous la Ve République. Le livre éclaire, à une exception près sur laquelle nous reviendrons, l’ensemble des facettes de cet homme politique socialiste, offrant un portrait réussi de sa personnalité comme de son activité politique.


« Dalou (1838-1902), le sculpteur de la République »

Expositions | 29.07.2013 | Anne-Laure Anizan

Aimé-Jules Dalou "Le Triomphe de la République" (détail, la Justice) Modèle en plâtre, 1879 Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, Petit Palais © Eric Emo / Petit Palais / Roger-ViolletLe Petit Palais - Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris a proposé, d’avril à juillet 2013, la première exposition monographique sur Jules Dalou. Cette rétrospective a été montée à partir de l’impressionnante collection de 360 sculptures acquise par la ville de Paris, en 1905, trois ans après le décès de Dalou. À cette manne, les commissaires ont ajouté différentes œuvres ou documents permettant d’éclairer le travail de l’artiste. Issus notamment du musée d’Orsay, du musée Rodin, ou de collections privées, ils montrent Dalou en famille, évoluant dans un milieu intellectuel, artistique et amical, d’une grande diversité, travaillant pour de riches commanditaires privés, pour la famille royale d’Angleterre, pour des municipalités puissantes (Londres ou Paris) ou encore pour l’État (la Chambre des députés ou le Sénat). Des documents puisés dans le fonds recueilli à la mort de Dalou par Auguste Becker, son praticien et ami, offrent une autre porte d’entrée pour comprendre ce que furent les conditions de production de l’artiste.


Jean-Pierre Le Crom, Au secours, Maréchal ! L’instrumentalisation de l’humanitaire (1940-1944),

Ouvrages | 26.07.2013 | Philip Nord

PUF, 2013Jean-Pierre Le Crom’s most recent monograph tracks the rise and fall of the Secours national (SN), a parastatal relief organization decreed into existence by the Daladier administration in November 1939 and not disbanded until ten years later. As Le Crom’s subtitle indicates, however, it is the years 1940-1944 that are of greatest interest to him.


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  • ISSN 1954-3670