Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

Contre-cultures

Ouvrages | 25.11.2013 | Laurent Martin

En 2011 s'était tenu à Cerisy-la-Salle un colloque sur les « contre-cultures » (sous-titré : « De la révolution culturelle au dépassement de l'art ») ; ce sont les actes de ce colloque qui sont rassemblés dans la publication dirigée par Christophe Bourseiller et Olivier Penot-Lacassagne, complétés par quelques autres textes. Au moment où sortaient ces actes (février 2013), un autre ouvrage, dû à Steven Jazo-Vannier, paraissait sur le même sujet des contre-cultures ; il nous a paru utile d'en rendre compte de manière croisée et d'interroger une conjoncture intellectuelle et éditoriale qui voit la parution coup sur coup de deux ouvrages prenant ce thème pour objet de leur questionnement.


Moshe Lewin, La formation du système soviétique. Essais sur l’histoire sociale de la Russie dans l’entre-deux-guerres,

Ouvrages | 25.11.2013 | Sophie Coeuré

Editions GallimardRares sont les ouvrages d’histoire soviétique parus avant les années 1990-2000 qui méritent d’être réédités tels quels. La plupart ont rejoint le cimetière intellectuel des livres jamais plus ouverts, voire ont été mis discrètement au rebut par les bibliothèques et les chercheurs. Dans le communiqué de presse de La formation du système soviétique, paru en anglais en 1985, en français en 1987, et reprenant des articles échelonnés des années 1970 aux années 1980, les éditions Gallimard mettent en avant deux arguments également intéressants. Le premier est celui de la personnalité de l’auteur. L’itinéraire biographique exceptionnel de Moshe Lewin (1921-2010) mérite en effet d’être rappelé. Né à Vilnius (Wilno), seul de sa famille à être sauvé de l’extermination nazie par l’Armée rouge, il passa quatre années en Union soviétique, successivement kolkhozien, ouvrier, officier, avant de quitter la Lituanie pour la Pologne, la France, Israël, de nouveau la France où il acheva ses études d’histoire, la Grande-Bretagne, enfin les États-Unis qui lui offrirent la stabilité académique, tandis que Paris demeurait pour lui une patrie intellectuelle.


Enfance clandestine, de Benjamin Avila

Films | 08.11.2013 | Paula Canelo

Au cours des années 1980 s’est mis en place dans la société argentine un « récit humanitaire » de la mémoire sur la militance révolutionnaire des années « 1960 à 1970 ». Ce récit, inséparable du processus de mise en examen du terrorisme d’État, fut bâti sur deux éléments centraux. Le premier fut la dépolitisation de l’identité des militants des organisations armées et son réajustement autour de leurs conditions de victimes ; le second fut l’omission des responsabilités de la société civile face à la violence. De même que d’autres modes d’expression culturelle, le cinéma argentin a partagé les arguments centraux de ce récit, comme le démontre La Historia Oficial de Luis Puenzo (1985) et La Noche de los Lapices de Héctor Oliveira (1986).


Vanessa Codaccioni, Punir les opposants. PCF et procès politiques, 1947-1962,

Ouvrages | 13.10.2013 | Roberto Colozza

CNRS EditionsLe livre de Vanessa Codaccioni, maître de conférences à l’université Paris 8, est un excellent travail de sociohistoire, tiré de la thèse de doctorat que l’auteure a rédigée sous la direction de Frédérique Matonti et qu’elle a soutenue en novembre 2011 à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne. L’ouvrage aborde plusieurs thèmes classiques de l’historiographie et de la sociologie politiques – Guerre froide, Parti communiste français (PCF), guerres d’Indochine et d’Algérie – et, partant, il se confronte avec un grand nombre de contributions scientifiques que l’auteure maîtrise avec sûreté et qu’elle réexamine par son ample recherche archivistique, aussi bien que par ses interviews de témoins et son large dépouillement de périodiques et de quotidiens. Malgré le sous-titre – qui nous fait penser aux affaires internes au PCF – et bien que la typologie des sources inédites relève surtout du champ policier et judiciaire – fonds du ministère de la Justice aux Archives nationales, Service historique de la Défense, Archives de la Préfecture de Paris, etc. –, le livre ne s’arrête pas longtemps dans les salles de justice ni dans les couloirs du parti communiste.


Jean-Charles Jauffret, La Guerre inachevée : Afghanistan 2001-2013,

Ouvrages | 13.10.2013 | Thomas Cavanna

Autrement, 2013Jean-Charles Jauffret, professeur à l’IEP d’Aix-en-Provence, met ici à jour son précédent opus(prix du livre d’Histoire de Verdun) pour dresser un bilan critique de l’action de la coalition internationale en Afghanistan depuis 2001, « alors que rien n’a été achevé sur le terrain, sinon l’éclosion du premier narco-État de la planète » (p. 12). Son ouvrage se décompose en sept chapitres.


« La spoliation des juifs : une politique d’État, 1940-1944 »

Expositions | 13.10.2013 | Florent Le Bot

Mémorial de la ShoahL’exposition « La spoliation des juifs : une politique d’État, 1940-1944 » organisée à Paris, au Mémorial de la Shoah, du 30 janvier au 29 septembre 2013, revient sur une histoire complexe, longtemps méconnue et pourtant essentielle à la compréhension du sort des juifs européens durant la Seconde Guerre mondiale. Le commissaire de l’exposition, l’historien Tal Bruttmann, contribue depuis une décennie à éclairer les différentes dimensions des politiques antisémites menées en France par l’occupant et par Vichy.


François Dosse, Pierre Nora, Homo historicus,

Ouvrages | 11.10.2013 | Jean-Jacques Becker

Perrin, 2012François Dosse, professeur à Paris XII-Créteil qui s’est spécialisé dans la biographie vient d’en livrer une de 657 pages sur Pierre Nora. C’est d’autant plus original que si des travaux ont pu être faits ou se préparent sur de grands historiens après leur mort, Marc Bloch, Pierre Renouvin, René Rémond…, il est assez rare qu’ils soient faits de leur vivant et d’une telle longueur.


Parce que les questions de forme sont aussi des questions de fond. À propos de Hannah Arendt, de Margarethe von Trotta

Films | 27.09.2013 | Martine Floch

« J’aimerais défendre ici la thèse selon laquelle, les questions de fond, le débat sur les mises en scène de l’histoire dépasse l’horizon du jugement esthétique : il engage une éthique du regard, un "partage du sensible", une définition de la place du spectateur et une intelligence de l’événement dont les résonances sont éminemment politiques [i] . »

Le film que la réalisatrice allemande a consacré à la philosophe Hannah Arendt et au procès Eichmann vient illustrer la thèse récemment défendue par l’historienne Sylvie Lindeperg. Il est sorti au printemps 2013 en France où il a été accueilli plutôt favorablement par la critique et le public : « Sa réussite, c’est d’être grand public en se centrant sur quelque chose d’assez peu spectaculaire : l’élaboration d’un concept et comment le concept bouge à partir des déformations qui en sont faites. On voit comment la banalité du mal, brandie aujourd’hui comme un cliché, est une idée inaudible et scandaleuse lorsqu’Arendt l’élabore à partir du témoignage d’Eichmann [ii] . » Les controverses autour d’Hannah Arendt ont été provoquées par la fameuse notion et par l’affirmation insistante de la « collaboration » des Juifs à leur propre extermination, faisant dire à Golo Mann : « Encore un peu, et les Juifs se sont persécutés et exterminés eux-mêmes, en la présence fortuite de quelques nazis. (Die Zeit, 24 janvier 1964) [iii]  » Le film pose un certain nombre de problèmes, moins en raison de son sujet que de son traitement formel.


François Audigier, Bernard Lachaise, Sébastien Laurent (dir.), Les gaullistes. Hommes et réseaux,

Ouvrages | 23.09.2013 | Christine Manigand

Nouveau Monde éditions, 2013Rendre compte d’un ouvrage aussi riche pour l’historien du politique relève de la gageure. Les meilleurs spécialistes, toutes générations confondues, se sont penchés sur ce qui était le cœur du programme de recherche Gaulhore (« Gaullistes, hommes et réseaux ») soutenu depuis 2008 par l’Agence nationale de la recherche (ANR) et conduit, depuis cette date, de main de maître par Bernard Lachaise.

L’ouvrage est issu à la fois des actes du séminaire parisien organisé à la Fondation Charles de Gaulle ainsi que du colloque final de ce programme qui s’est tenu à Bordeaux du 30 novembre au 2 décembre 2011 ; pourtant à de rares exceptions près, il ne souffre pas, à certains moments, d’une baisse de qualité scientifique, ce qui est pourtant souvent la loi du genre…


Frederick Cooper, L’Afrique depuis 1940,

Ouvrages | 23.09.2013 | Pierre Guillaume

Payot et Rivages, 2012Cet ouvrage est la traduction d’un livre publié par Cambridge University Press en 2002 sous le titre Africa since 1940: The Past of the Present. Ce titre dit clairement la volonté de l’auteur de rechercher dans le passé de l’Afrique des explications de sa situation actuelle sans s’en tenir à la mauvaise gouvernance et à l’héritage colonial avec la volonté explicitée à la page 37 de « jeter un pont entre deux des divisions classiques de l’histoire de l’Afrique, entre le "colonial" et le "postcolonial", en prenant en compte, la phase dite du "colonialisme du développement" postérieure à la Première Guerre mondiale. Cette phase fut marquée par la recherche de redéfinition des liens entre colonies et métropole, la France proposant dans une logique assimilationniste une "citoyenneté d’empire" » (p. 85), tandis que les responsables britanniques ne tentèrent pas de légitimer l’empire en transformant leurs sujets en citoyens impériaux et en admettant que chaque territoire suivrait sa propre trajectoire. L’auteur utilise aussi l’expression de « colonialisme développementaliste des années 1950, rejetant l’image d’un colonialisme statique » (p. 152). Des réformes, tendant notamment à la protection sociale des travailleurs furent réelles dans les territoires anglais (Côte de l’or) et français où purent s’affirmer des syndicats, inexistantes dans les colonies belges ou portugaises.


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  • ISSN 1954-3670