Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

« Autour de Charles de Freycinet. Sciences, technique et politique »

Colloques | 22.05.2014 | Jean-Claude Caron

Organisé à Montluçon par Fabien Conord, maître de conférences à l’IUT de l’Allier (université Clermont 2), les 9 et 10 avril 2014, le colloque « Autour de Charles de Freycinet. Science, technique et politique » a réuni une dizaine de contributeurs. Le choix de Montluçon s’est avéré judicieux, la conférence d’Éric Bourgougnon (conservateur des Musées de France) montrant, documents à l’appui, ce qu’avait été le développement industriel de la ville dans une chronologie qui épouse précisément celle de Freycinet. Partageant un même intérêt pour la personnalité de ce dernier, les participants se sont interrogés sur sa dimension politique, scientifique et technique. De formation « X-Mines », l’homme est surtout connu pour la longévité de sa carrière politique depuis son rôle auprès de Gambetta lors de la guerre de 1870-1871 jusqu’à sa nomination, symbolique, comme ministre d’État durant la Première Guerre mondiale. Plusieurs fois président du Conseil, ayant exercé les fonctions de ministre des Travaux publics, des Affaires étrangères et de la Guerre, Freycinet incarne de manière presque caricaturale ces notables incontournables et insubmersibles de la Troisième République. Homme d’appareil, de coulisses, de négociation, il fut moins un orateur, un commis voyageur et un élu de terrain : le seul mandat qu’il exerça fut celui de sénateur de la Seine, détenu entre 1876 et 1920…


Laurent Jalabert (dir.), Gaullistes dans l’Ouest atlantique dans les élections législatives de 1958 à 1981,

Ouvrages | 22.05.2014 | François Audigier

PUR, 2014Suivant l’exemple des politologues qui ont exploré en pionniers l’ancrage territorial privilégié d’un courant politique, les historiens s’intéressent de plus en plus au phénomène du bastion militant et électoral. Organisé en septembre 2009 par l’université de Poitiers, le colloque sur les « fiefs, bastions, terres de missions et déserts électoraux de la Révolution à nos jours » l’a démontré. Cette perspective se nourrit aussi du nouveau jeu d’échelle des historiens des forces politiques, qui dans une démarche multiscalaire, inscrivent désormais leurs études entre national, régional et local. L’histoire du gaullisme en a particulièrement profité, qui a su ainsi interroger le lien particulier du RPF à certains espaces comme le Sud-Ouest (Bernard Lachaise, Le Gaullisme dans le Sud-Ouest au temps du RPF, Fédération historique du Sud-Ouest, 1997), l’Ouest parisien (« Gaullisme et gaullistes dans l’Ouest parisien de la Libération à la fin des années cinquante », n° 10, 2001, Cahiers de la Fondation de Gaulle) ou l’Est (François Audigier et Frédéric Schwindt, Gaullisme et gaullistes dans la France de l’Est sous la IVe République


Jenny Raflik-Grenouilleau, La IVe République et l’Alliance atlantique. Influence et dépendance (1945-1958),

Ouvrages | 14.04.2014 | Guillaume de Rougé

PUR, 2014L’ouvrage de Jenny Raflik-Grenouilleau constitue une excellente adaptation de la thèse intitulée « Les décideurs français et l’Alliance atlantique, 1947-1954 », qu’elle avait soutenue en 2006 à l’université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne. Une périodisation étendue de 1944 à 1958 consolide le projet d’ensemble de l’auteur, qui consiste à montrer que, tout au long de la IVe République, la politique que mène la France à l’endroit de l’Alliance atlantique et de l’OTAN préfigure très largement la politique gaullienne. Ce qui, du même coup, contribue à relativiser la radicalité de la rupture gaullienne, et aussi à ancrer celle-ci dans un long continuum, qu’il s’agisse de l’intérêt constant des Français pour l’émergence d’un Directoire, de leur ambivalence envers « l’intégration », ou encore de leur isolement consenti dans le débat stratégique, ne serait-ce que dans l’articulation entre défense de l’avant et dissuasion nucléaire ou a fortiori dans le refus d’une approche exclusivement conçue de bloc à bloc. Comme l’écrit Hervé Alphand dans son journal dès 1958, « les malentendus et les querelles franco-américains ne datent pas, comme on a trop tendance à l’affirmer, de la présence du général de Gaulle au pouvoir » (p. 212). Même si, comme le rappelle cet ouvrage en conclusion, il y a bien quelques différences sensibles entre les deux régimes, ne serait-ce qu’en raison du différentiel de puissance et d’un contexte international plus favorable, ou moins défavorable, pour la période gaullienne.


Nicolas Palluau, La Fabrique des pédagogues. Encadrer les colonies de vacances 1919-1939,

Ouvrages | 14.04.2014 | Laurent Besse

PUR, 2014Le sujet de l’ouvrage est plus large que ce que laissent supposer son titre et surtout son sous-titre. La thèse dont il est tiré avait un intitulé long mais davantage explicite : « Former des cadres pour la jeunesse : chefs éclaireurs, professeurs, instituteurs et moniteurs de colonies de vacances 1911-1940 ». Car au-delà des colonies de vacances, Nicolas Palluau retrace une ambition formatrice et réformatrice, celle des Éclaireurs de France, mouvement scout qui entendait contribuer à la réforme sociale, quand ce n’est pas à la régénération du pays. L’éditeur, estimant sans doute que les colonies de vacances attireraient une audience plus large, a donc focalisé l’intérêt sur un seul aspect de l’ouvrage, qui ne correspond qu’à sa dernière partie, celle qui paradoxalement apporte peut-être le moins d’éléments nouveaux. Or les Éclaireurs de France constituent un vrai et beau sujet. Non pas que leurs effectifs aient été considérables : ils ont toujours été bien moindres que ceux des Scouts de France catholiques. Mais les Éclaireurs se sont affirmés comme « neutres » puis « laïques », ce qui constitue déjà une originalité dans l’univers du scoutisme international. Surtout ils ont noué des liens spécifiques avec l’École publique, une relation particulière qui constitue le sujet que Nicolas Palluau a choisi de traiter. Ce thème est d’autant plus intéressant que le scoutisme se caractérise par des aspects anti-scolaires : à la leçon, il préfère l’action ; à la raison, il privilégie la sensation et l’affect. Mais dans le même temps, il a été perçu comme un auxiliaire permettant de transformer la pédagogie scolaire, une manière d’introduire dans l’école « traditionnelle » l’Éducation nouvelle. Sur le fond, l’ouvrage aurait sans doute gagné à ce que la problématique soit plus explicitement mise en avant en introduction. Celle-ci aurait pu être, nous semble-t-il, formulée ainsi : comment une organisation née en 1911 dans le sillage d’un émule de Le Play, directeur de la très élitiste École des Roches, donne-t-elle naissance sous le Front populaire aux Centres d’entraînements (futurs CEMEA, Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active) qui symbolisent pour beaucoup l’ambition d’une éducation émancipatrice « de gauche » dans l’après-Seconde Guerre mondiale ?

 


Michaël Bourlet, Yann Lagadec, Erwan Le Gall (dir.), Petites patries dans la Grande Guerre,

Ouvrages | 10.04.2014 | Frédéric Rousseau

PUR, 2014Réunis par Michaël Bourlet, Yann Lagadec et Erwann Le Gall, dix contributeurs se penchent sur le « fait régional » en Grande Guerre, un « fait » assez peu questionné il est vrai, tant la question de la motivation « patriotique » et « nationale » des combattants et des sociétés pèse sur les travaux et les débats depuis une vingtaine d’années. C’est donc en premier lieu à un changement d’échelle bienvenu que nous convient les auteurs ; il importe également de souligner que ce livre collectif est le fruit d’une journée d’études exploratoire inscrite dans un programme de recherches plus ample devant avoir comme point d’orgue un colloque organisé en mai 2014. C’est donc à cette aune que doit être apprécié le caractère critique de cette recension.


Carlo d’Este, Histoire du débarquement, janvier-juillet 1944,

Ouvrages | 07.04.2014 | Julie Le Gac

 © PERRIN 2013	Alors que le soixante-dixième anniversaire du débarquement en Normandie s’apprête à être célébré sous le signe de l’amitié unissant les États-Unis, le Royaume-Uni et la France, l’opération Overlord, à l’été 1944, mit en réalité à l’épreuve la « relation spéciale » anglo-américaine. Le poids de l’enjeu d’une opération d’emblée considérée comme décisive à l’Ouest et l’adversité rencontrée ébranlèrent en effet les Alliés. Se détachant de toute vision idéalisée de la victoire remportée en Normandie, l’ouvrage de l’historien américain Carlo d’Este, publié pour la première fois en 1983, analyse précisément les stratégies et les opérations qui permirent aux Alliés de porter un coup déterminant à la forteresse allemande en Europe, sans occulter les inévitables doutes et tensions qui les accompagnèrent.


Ce qu’ils savaient. Les Alliés face à la Shoah, film réalisé par Virginie Linhart

Films | 03.04.2014 | Sonia Combe

Que savaient les Alliés de la Shoah pendant la guerre ? s’interroge Virginie Linhart dans son documentaire proposé en coédition par France Télévision Distribution et les Éditions Montparnasse (1 h 08), pour enchaîner d’emblée par la seconde question qui s’impose : s’ils savaient, auraient-ils pu intervenir ? Ou plutôt : puisqu’ils savaient, pourquoi ne sont-ils pas intervenus ? Si la réponse à la première question est tout à fait satisfaisante, parce que les faits sont là, indiscutables, la réponse à la seconde, plus complexe, car on entre dans le domaine de l’interprétation, l’est moins.


Noëlline Castagnez, Laurent Jalabert, Marc Lazar, Gilles Morin, Jean-François Sirinelli (dir.), Le Parti socialiste unifié. Histoire et postérité,

Ouvrages | 03.04.2014 | Pierre-Emmanuel Guigo

Presses universitaires de Rennes, 2013Consacrer un livre au Parti socialiste unifié (PSU) n'était pas une tâche aisée. Cet éphémère parti (1960-1989) a toujours représenté un véritable casse-tête pour les journalistes et les historiens en raison des fortes divisions qui l'ont animé, alors même qu’il a déployé une hyperactivité dans divers domaines.

Pourtant c'était une œuvre nécessaire pour mieux comprendre comment, malgré sa marginalité apparente (il n'a conquis guère plus de 3 % de l'électorat et a obtenu à peine quelques élus nationaux, tout en déployant un large tissu d'élus locaux), ce parti a exercé une influence tant intellectuelle (il suffit pour s'en convaincre de citer les noms de François Furet, Emmanuel Leroy Ladurie, Pierre Rosanvallon, Patrick Viveret) que programmatique (autogestion, pacifisme, critique du nucléaire, écologie politique), comme en témoigne l'ouvrage par son approche thématique. 


« Bourdelle intime »

Expositions | 07.03.2014 | Aline Magnien

La parution du livre de Stéphanie Cantarutti sur Antoine Bourdelle, qui suit de peu celle de la correspondance entre Rodin et Bourdelle éditée par Colin Lemoine et Véronique Mattiussi, témoigne de l’actualité autour de cet artiste encore trop peu connu. Ces travaux conjoints et qui tirent mutuellement profit de leurs explorations et de leurs recoupements contribuent à l’accroissement des connaissances, et, grâce à des identifications plus précises, à une meilleure compréhension de l’œuvre, qui ne peut que déboucher à son tour sur une plus grande mise en valeur de l’artiste. Avec Jules Dalou (1838-1902) et Auguste Rodin (1840-1917), dont il était proche, Antoine Bourdelle (1861-1929) est un des grands sculpteurs de cette période, le plus jeune des trois et celui qui se trouve le plus à la jonction entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle. Une petite exposition du musée Bourdelle, opportunément prolongée, permet au visiteur de découvrir ou redécouvrir un personnage attachant, un être humain bien sympathique en même temps qu’un artiste passionné. Elle accompagne le livre de Stéphane Cantarutti, qui a puisé dans le fonds photographique du musée Bourdelle, riche de quelque 15 000 clichés, les éléments nécessaires pour illustrer autrement le monde de Bourdelle, et qui en constitue ainsi en quelque sorte le catalogue.


« Fusillés pour l’exemple. Les fantômes de la République »

Expositions | 04.03.2014 | Dimitri Chavaroche

Le 1er octobre 2013, la Commission du centenaire présidée par Antoine Prost rendait un rapport au président de la République concernant les fusillés français de la Première Guerre mondiale. En exposant toute la complexité de la question des fusillés pour l’exemple, ce rapport propose des pistes pour ne pas laisser ces hommes au banc de la mémoire nationale au moment où s’ouvre le centenaire de la guerre. Cette exposition s’inscrit donc dans une démarche d’historicisation à la fois des fusillés pour l’exemple de la Grande Guerre et des enjeux de mémoire nés après guerre à propos de leur sort, encore vivaces aujourd’hui. Parmi les nombreuses manifestations et expositions se déroulant dans le cadre du centenaire dans la capitale, cette exposition sur les fusillés pour l’exemple bénéficie d’une centralité toute particulière en se situant dans les murs de l’Hôtel de Ville de Paris. Traiter ce sujet dans ce lieu éminemment politique est un symbole fort de prise en main politique de la question des fusillés pour l’exemple par la municipalité socialiste. Cependant, il est notable, et regrettable, que la médiatisation de cette exposition reste très faible.


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  • ISSN 1954-3670