Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

« 1925. Quand l’Art Déco séduit le monde »

Expositions | 07.07.2014 | Julie Verlaine

Affiche de l’exposition. Maurice Picaud dit Pico, Bas-relief de la façade d’entrée du Théâtre des Folies-Bergères (représentant la danseuse Anita Barka), 1928. © Photo : Bérangère Lomont. Design : Guillaume Lebigre.L’exposition « 1925. Quand l’Art Déco séduit le monde » a été présentée à la Cité de l’architecture et du patrimoine du 16 octobre 2013 au 7 mars 2014. Elle a eu, entre autres mérites, celui d’énoncer par un propos liminaire très clair le principal critère de différenciation de l’Art Déco par rapport à l’Art nouveau : la géométrie. Utile mise au point quand on sait la récurrente confusion entre ces deux mouvements – dont témoignent d’ailleurs les remarques des visiteurs entendues par l’auteure de ces lignes dans les salles de l’exposition…


Ida, de Paweł Pawlikowski

Films | 16.06.2014 | Cédric Pellen

Droits réservésNé à Varsovie en 1957, Paweł Pawlikowski a quitté la Pologne pour le Royaume-Uni à l'adolescence. Diplômé en littérature à Oxford, il mène une fructueuse carrière de documentariste pour la télévision avant de se tourner vers la fiction au début des années 2000. Si Ida est son quatrième long métrage, c'est le premier qu'il tourne en polonais et dont il situe l'action dans son pays natal. Depuis sa sortie, le film collectionne les prix et rencontre un succès d'audience inattendu. Ida n'a pourtant rien d'un blockbuster. Tourné en noir et blanc et au format 4/3, il conte l'histoire, a priori un peu austère, du voyage initiatique d'une jeune religieuse dans la Pologne communiste du début des années 1960. Porté par de magnifiques images et un couple d'actrices extraordinaires, ce film d'une subtilité rare ne peut cependant qu'obtenir l'adhésion du spectateur, qu'il soit polonophile, féru d'histoire du communisme ou simplement amateur de bon cinéma.


Robert Tombs, Emile Chabal (eds), Britain and France in Two World Wars. Truth, Myth and Memory,

Ouvrages | 05.06.2014 | Robert Boyce

Bloomsbury Academic, 2013For the past century Britain and France have remained uneasy neighbours, despite their common membership in NATO and the European Union, and despite their struggle for survival against a common enemy in two world wars. This is usually explained by reference to their long history of mutual antagonism in earlier times and their imperial rivalry which endured into the twentieth century. However, the contributors to this important collection of essays argue that it is also bound up with their different experience in the two world wars and the different ways in which the wars were perceived and remembered. For France, the First World War was a straight forward affair provoked by German invasion, whereas for Britain the reason for entering the war was never so obvious and as the casualties mounted it seemed increasingly grotesque and absurd. The Second World War was experienced in almost opposite ways. On this occasion, Britain perceived it as a straight forward struggle against Nazi (and eventually Italian fascist and Japanese imperialist) aggression and a test of British character which was passed with flying colours; for France the experience was dominated by military defeat and deep internal divisions, creating in Robert Frank’s words a ‘syndrome of 1940’ as deep and enduring as the ‘Vichy syndrome’ (p. 181). Compounding the differences of experience or perception, Britain and France constructed narrowly national narratives of the two world wars which largely ignored the role of the other power and even on occasion made it the scapegoat for their failure. Long after each war they continued to engage in acts of selective remembrance and forgetting which further marginalised the other power’s role. While the process was largely unintentional, the result nevertheless was to prolong their mutual alienation.


Michela Passini, La fabrique de l’art national. Le nationalisme et les origines de l’histoire de l’art en France et en Allemagne (1870-1933),

Ouvrages | 05.06.2014 | Franck Jacquet

Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2013Les sciences humaines ont pour leur majeure partie fait l’objet depuis les années 1970 de travaux denses destinés à restituer leur archéologie. La construction de l’histoire de l’art en tant que science contemporaine demeure au contraire en chantier malgré d’importants jalons posés dès l’apogée du structuralisme en sciences sociales. La publication de la thèse soutenue en 2007 par Michela Passini, sous le titre La fabrique de l’art national. Le nationalisme et les origines de l’histoire de l’art en France et en Allemagne (1870-1933), et s’inscrivant dans la collection « Passages/Passagen », éditée en collaboration avec le Centre allemand d’histoire de l’art, tend à renforcer une veine qui vient aujourd’hui pallier ce qui peut s’apparenter à un retard. Le projet est clair : reconstruire « les modalités de l’écriture d’une histoire de l’art comme récit de l’art national » (p. 3) pour expliquer la structuration des méthodologies et de la discipline histoire de l’art en France et en Allemagne, occasion de mettre en avant un pan des échanges intellectuels à l’heure des nationalismes triomphants.


Peter Longerich, Goebbels,

Ouvrages | 03.06.2014 | David Gallo

Editions Héloïse d'Ormesson, 2013La biographie de Joseph Goebbels de l’historien allemand Peter Longerich, aujourd’hui traduite aux Éditions Héloïse d’Ormesson, s’impose, malgré certains défauts non négligeables, comme la meilleure étude sur le ministre de la Propagande du Troisième Reich disponible à ce jour en langue française.


Samia El Méchat (dir.), Coloniser, pacifier, administrer, XIXe-XXIe siècles,

Ouvrages | 02.06.2014 | Marc Michel

CNRS Editions, 2013Rendre compte d’un tel livre est une gageure tant il touche à des sujets différents, s’inscrit dans une très longue durée de deux siècles, regroupe une quantité impressionnante de contributions (vingt-deux), parfois très pointues, et concerne des espaces géographiques distribués dans le monde entier. Bien sûr, par son titre, il rappelle le titre d’un autre livre, à caractère très polémique, Coloniser, Exterminer… d’Olivier Le Cour Grandmaison. Mais il ne lui est pas du tout comparable, ni par le fond, ni par la forme, tant le livre publié sous la direction de Samia El Mechat n’est pas organisé comme un discours (idéologique), mais comme une succession d’exemples. On ne peut qu’admirer la synthèse problématique qu’en a donnée Samia El Mechat, l’initiatrice du colloque et de ce gros livre. Elle permet de comprendre les axes de réflexion qui ont guidé les participants : l’articulation entre « pacification » et « administration » dans le cadre colonial ; le contenu même du concept de « pacification » ; enfin, le regain d’intérêt contemporain et par conséquent la pertinence des « modèles » élaborés dans le passé en situation postcoloniale. Dans son introduction, Samia El Mechat part de ces « modèles » pour en dégager la ligne directrice d’une interaction, et même d’une intrication entre action militaire et action politique dans la « pacification », et il s’appuie largement sur la doctrine formulée jadis par Gallieni : « L’action vive est l’exception. » Élargissant la notion de « pacification », elle souligne combien les autres modalités de la politique coloniale (éducation, santé) en font partie en vue de la mise en place d’une « double autorité militaire et politique », s’appuyant sur une délégation de responsabilités aux élites locales. Mais elle montre aussi que ce projet qui constitue le cœur de la « pacification » coloniale, au sens large, a été illusoire et que la pacification n’a été que « la variable d’ajustement » de la domination.


Xavier Boniface, L’Armée, l’Église et la République (1879-1914),

Ouvrages | 23.05.2014 | Yves Poncelet

Nouveau Monde Editions / Ministère de la Défense DMPA, 2012Xavier Boniface a rédigé il y a plus de dix ans un important ouvrage sur L’Aumônerie militaire française (1914-1962), qui se situait au confluent de l’histoire religieuse et du culturel lato sensu (les « ferveurs de guerre » par exemple), de l’histoire militaire – celle de l’homme dans la guerre comme celle de l’organisation de l’armée en temps de paix – et du politique, singulièrement dans les dimensions des relations État-Églises et Armée-Églises en régime de séparation. C’est dire qu’il avait déjà abordé la sorte de ménage à trois qui unit la Troisième République, l’Armée et l’Église. Mais il y consacre ici un ouvrage entier, tiré de son mémoire d’habilitation à diriger des recherches, soutenue en 2008 à l’université de Lille 3. Si la pastorale militaire et ses adaptations y sont analysées, éclairant par l’amont, de manière notable, l’étude de 2001, l’ouvrage déborde cette dimension, abordant tout le versant militaire de la politique de laïcisation des institutions et sa perception par la société française durant une période nodale pour la conception de la république, de la laïcité et de la constitution d’une armée nouvelle, celle des décennies 1870-1910.


Maurice de Cheveigné, Radio libre, 1940-1945,

Ouvrages | 23.05.2014 | Jeannine Verdès-Leroux

Le Félin, 2014En deux cents pages minutieuses, fermes et parfois violentes, appuyées sur des archives et une mémoire affûtée, Maurice de Cheveigné fait voir son engagement immédiat dans la France libre, en juin 1940, son court emprisonnement dans l’Espagne épuisée, son travail de « pianiste » dans la Résistance, la prison en France, enfin, le camp d’Oranienburg. Au passage, il évoque à la fois brièvement et répétitivement, les blessures de son enfance, sa phobie des hiérarchies ou des médiocrités de prêtres… Sur des sujets qu’on croyait connaître, Maurice de Cheveigné démontre qu’on ne connaît pas tout.


Mathieu Béra (dir.), Émile Durkheim à Bordeaux (1887-1902),

Ouvrages | 23.05.2014 | Anne-Laure Anizan

Editions Confluences, 2014À l’origine de l’ouvrage se trouve une exposition qui avait été présentée au musée d’Aquitaine, en 2012, parallèlement à la tenue d’un colloque proposé par le sociologue Mathieu Béra pour le centenaire de la publication de l’ouvrage monumental d’Émile Durkheim, Les formes élémentaires de la vie religieuse. Les recherches de Mathieu Béra sur les quinze années de la présence bordelaise d’Émile Durkheim permettent, pour la première fois, d’aborder avec méthode et précision, grâce aux outils mêlés du sociologue et de l’historien, le cadre de la vie familiale, culturelle et professionnelle dans lequel évolua le professeur à la fin du XIXe siècle. Il montre ainsi dans quel contexte matériel et intellectuel s’effectue un début de carrière universitaire en province – jeune agrégé de philosophie, doctorant, Durkheim est nommé à la faculté de Bordeaux en 1887, d’abord comme chargé de cours. Dans un souci louable de mise en perspective des années bordelaises, Mathieu Béra aborde également la carrière de Durkheim en termes d’itinéraire universitaire. Il analyse comment les cours professés à Bordeaux – en tant que chargé de cours, professeur adjoint, puis professeur –, la contribution à la vie de la recherche – notamment par le lancement en 1897 et l’animation de la revue L’année sociologique –, constituent un terreau favorable pour l’obtention d’un poste à Paris. Il souligne aussi combien la quinzaine d’années de présence en Gironde a été une étape dans la maturation intellectuelle ayant conduit à la rédaction, une fois installé à Paris, des Formes élémentaires de la vie religieuse. Bien que les années 1887-1902 soient aussi interprétées au prisme de ce que sera le couronnement de la carrière de Durkheim, l’auteur de l’ouvrage n’adopte pas de démarche téléologique.


Anne-Laure Anizan, Paul Painlevé. Science et politique de la Belle Époque aux années trente,

Ouvrages | 23.05.2014 | Sabine Jansen

PUR, 2012« Les grands hommes meurent deux fois : une fois comme homme, et une fois comme grand. » Ce constat sans illusion de Paul Valéry s’applique à Paul Painlevé, non pas tant que cette éminente personnalité politique de la Troisième République ait révélé sa petitesse aux yeux de la postérité mais, plus cruellement, parce qu’elle a rejoint les oubliettes de l’histoire. Preuve s’il en est que l’inhumation au Panthéon ne garantit en rien la reconnaissance de la Patrie promise sur la frise du temple de la Montagne Sainte-Geneviève.

Dans un ouvrage passionnant, Paul Painlevé (1863-1933) : un scientifique en politique, tiré de sa thèse de doctorat dirigée par Serge Berstein et soutenue en 2006 à Sciences Po, Anne-Laure Anizan restitue la carrière exceptionnelle de ce mathématicien qui incarne, au début du XXe siècle, cette République des savants née avec la Révolution française. Député pendant vingt-trois ans, quatorze fois ministre, trois fois président du Conseil, élu très jeune à l’Académie des sciences, Paul Painlevé est l’un des grands leaders de la gauche française pendant une quinzaine d’années.


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  • ISSN 1954-3670