Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

Maurice de Cheveigné, Radio libre, 1940-1945,

Ouvrages | 23.05.2014 | Jeannine Verdès-Leroux

Le Félin, 2014En deux cents pages minutieuses, fermes et parfois violentes, appuyées sur des archives et une mémoire affûtée, Maurice de Cheveigné fait voir son engagement immédiat dans la France libre, en juin 1940, son court emprisonnement dans l’Espagne épuisée, son travail de « pianiste » dans la Résistance, la prison en France, enfin, le camp d’Oranienburg. Au passage, il évoque à la fois brièvement et répétitivement, les blessures de son enfance, sa phobie des hiérarchies ou des médiocrités de prêtres… Sur des sujets qu’on croyait connaître, Maurice de Cheveigné démontre qu’on ne connaît pas tout.


Mathieu Béra (dir.), Émile Durkheim à Bordeaux (1887-1902),

Ouvrages | 23.05.2014 | Anne-Laure Anizan

Editions Confluences, 2014À l’origine de l’ouvrage se trouve une exposition qui avait été présentée au musée d’Aquitaine, en 2012, parallèlement à la tenue d’un colloque proposé par le sociologue Mathieu Béra pour le centenaire de la publication de l’ouvrage monumental d’Émile Durkheim, Les formes élémentaires de la vie religieuse. Les recherches de Mathieu Béra sur les quinze années de la présence bordelaise d’Émile Durkheim permettent, pour la première fois, d’aborder avec méthode et précision, grâce aux outils mêlés du sociologue et de l’historien, le cadre de la vie familiale, culturelle et professionnelle dans lequel évolua le professeur à la fin du XIXe siècle. Il montre ainsi dans quel contexte matériel et intellectuel s’effectue un début de carrière universitaire en province – jeune agrégé de philosophie, doctorant, Durkheim est nommé à la faculté de Bordeaux en 1887, d’abord comme chargé de cours. Dans un souci louable de mise en perspective des années bordelaises, Mathieu Béra aborde également la carrière de Durkheim en termes d’itinéraire universitaire. Il analyse comment les cours professés à Bordeaux – en tant que chargé de cours, professeur adjoint, puis professeur –, la contribution à la vie de la recherche – notamment par le lancement en 1897 et l’animation de la revue L’année sociologique –, constituent un terreau favorable pour l’obtention d’un poste à Paris. Il souligne aussi combien la quinzaine d’années de présence en Gironde a été une étape dans la maturation intellectuelle ayant conduit à la rédaction, une fois installé à Paris, des Formes élémentaires de la vie religieuse. Bien que les années 1887-1902 soient aussi interprétées au prisme de ce que sera le couronnement de la carrière de Durkheim, l’auteur de l’ouvrage n’adopte pas de démarche téléologique.


Anne-Laure Anizan, Paul Painlevé. Science et politique de la Belle Époque aux années trente,

Ouvrages | 23.05.2014 | Sabine Jansen

PUR, 2012« Les grands hommes meurent deux fois : une fois comme homme, et une fois comme grand. » Ce constat sans illusion de Paul Valéry s’applique à Paul Painlevé, non pas tant que cette éminente personnalité politique de la Troisième République ait révélé sa petitesse aux yeux de la postérité mais, plus cruellement, parce qu’elle a rejoint les oubliettes de l’histoire. Preuve s’il en est que l’inhumation au Panthéon ne garantit en rien la reconnaissance de la Patrie promise sur la frise du temple de la Montagne Sainte-Geneviève.

Dans un ouvrage passionnant, Paul Painlevé (1863-1933) : un scientifique en politique, tiré de sa thèse de doctorat dirigée par Serge Berstein et soutenue en 2006 à Sciences Po, Anne-Laure Anizan restitue la carrière exceptionnelle de ce mathématicien qui incarne, au début du XXe siècle, cette République des savants née avec la Révolution française. Député pendant vingt-trois ans, quatorze fois ministre, trois fois président du Conseil, élu très jeune à l’Académie des sciences, Paul Painlevé est l’un des grands leaders de la gauche française pendant une quinzaine d’années.


« Autour de Charles de Freycinet. Sciences, technique et politique »

Colloques | 22.05.2014 | Jean-Claude Caron

Organisé à Montluçon par Fabien Conord, maître de conférences à l’IUT de l’Allier (université Clermont 2), les 9 et 10 avril 2014, le colloque « Autour de Charles de Freycinet. Science, technique et politique » a réuni une dizaine de contributeurs. Le choix de Montluçon s’est avéré judicieux, la conférence d’Éric Bourgougnon (conservateur des Musées de France) montrant, documents à l’appui, ce qu’avait été le développement industriel de la ville dans une chronologie qui épouse précisément celle de Freycinet. Partageant un même intérêt pour la personnalité de ce dernier, les participants se sont interrogés sur sa dimension politique, scientifique et technique. De formation « X-Mines », l’homme est surtout connu pour la longévité de sa carrière politique depuis son rôle auprès de Gambetta lors de la guerre de 1870-1871 jusqu’à sa nomination, symbolique, comme ministre d’État durant la Première Guerre mondiale. Plusieurs fois président du Conseil, ayant exercé les fonctions de ministre des Travaux publics, des Affaires étrangères et de la Guerre, Freycinet incarne de manière presque caricaturale ces notables incontournables et insubmersibles de la Troisième République. Homme d’appareil, de coulisses, de négociation, il fut moins un orateur, un commis voyageur et un élu de terrain : le seul mandat qu’il exerça fut celui de sénateur de la Seine, détenu entre 1876 et 1920…


Laurent Jalabert (dir.), Gaullistes dans l’Ouest atlantique dans les élections législatives de 1958 à 1981,

Ouvrages | 22.05.2014 | François Audigier

PUR, 2014Suivant l’exemple des politologues qui ont exploré en pionniers l’ancrage territorial privilégié d’un courant politique, les historiens s’intéressent de plus en plus au phénomène du bastion militant et électoral. Organisé en septembre 2009 par l’université de Poitiers, le colloque sur les « fiefs, bastions, terres de missions et déserts électoraux de la Révolution à nos jours » l’a démontré. Cette perspective se nourrit aussi du nouveau jeu d’échelle des historiens des forces politiques, qui dans une démarche multiscalaire, inscrivent désormais leurs études entre national, régional et local. L’histoire du gaullisme en a particulièrement profité, qui a su ainsi interroger le lien particulier du RPF à certains espaces comme le Sud-Ouest (Bernard Lachaise, Le Gaullisme dans le Sud-Ouest au temps du RPF, Fédération historique du Sud-Ouest, 1997), l’Ouest parisien (« Gaullisme et gaullistes dans l’Ouest parisien de la Libération à la fin des années cinquante », n° 10, 2001, Cahiers de la Fondation de Gaulle) ou l’Est (François Audigier et Frédéric Schwindt, Gaullisme et gaullistes dans la France de l’Est sous la IVe République


Jenny Raflik-Grenouilleau, La IVe République et l’Alliance atlantique. Influence et dépendance (1945-1958),

Ouvrages | 14.04.2014 | Guillaume de Rougé

PUR, 2014L’ouvrage de Jenny Raflik-Grenouilleau constitue une excellente adaptation de la thèse intitulée « Les décideurs français et l’Alliance atlantique, 1947-1954 », qu’elle avait soutenue en 2006 à l’université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne. Une périodisation étendue de 1944 à 1958 consolide le projet d’ensemble de l’auteur, qui consiste à montrer que, tout au long de la IVe République, la politique que mène la France à l’endroit de l’Alliance atlantique et de l’OTAN préfigure très largement la politique gaullienne. Ce qui, du même coup, contribue à relativiser la radicalité de la rupture gaullienne, et aussi à ancrer celle-ci dans un long continuum, qu’il s’agisse de l’intérêt constant des Français pour l’émergence d’un Directoire, de leur ambivalence envers « l’intégration », ou encore de leur isolement consenti dans le débat stratégique, ne serait-ce que dans l’articulation entre défense de l’avant et dissuasion nucléaire ou a fortiori dans le refus d’une approche exclusivement conçue de bloc à bloc. Comme l’écrit Hervé Alphand dans son journal dès 1958, « les malentendus et les querelles franco-américains ne datent pas, comme on a trop tendance à l’affirmer, de la présence du général de Gaulle au pouvoir » (p. 212). Même si, comme le rappelle cet ouvrage en conclusion, il y a bien quelques différences sensibles entre les deux régimes, ne serait-ce qu’en raison du différentiel de puissance et d’un contexte international plus favorable, ou moins défavorable, pour la période gaullienne.


Nicolas Palluau, La Fabrique des pédagogues. Encadrer les colonies de vacances 1919-1939,

Ouvrages | 14.04.2014 | Laurent Besse

PUR, 2014Le sujet de l’ouvrage est plus large que ce que laissent supposer son titre et surtout son sous-titre. La thèse dont il est tiré avait un intitulé long mais davantage explicite : « Former des cadres pour la jeunesse : chefs éclaireurs, professeurs, instituteurs et moniteurs de colonies de vacances 1911-1940 ». Car au-delà des colonies de vacances, Nicolas Palluau retrace une ambition formatrice et réformatrice, celle des Éclaireurs de France, mouvement scout qui entendait contribuer à la réforme sociale, quand ce n’est pas à la régénération du pays. L’éditeur, estimant sans doute que les colonies de vacances attireraient une audience plus large, a donc focalisé l’intérêt sur un seul aspect de l’ouvrage, qui ne correspond qu’à sa dernière partie, celle qui paradoxalement apporte peut-être le moins d’éléments nouveaux. Or les Éclaireurs de France constituent un vrai et beau sujet. Non pas que leurs effectifs aient été considérables : ils ont toujours été bien moindres que ceux des Scouts de France catholiques. Mais les Éclaireurs se sont affirmés comme « neutres » puis « laïques », ce qui constitue déjà une originalité dans l’univers du scoutisme international. Surtout ils ont noué des liens spécifiques avec l’École publique, une relation particulière qui constitue le sujet que Nicolas Palluau a choisi de traiter. Ce thème est d’autant plus intéressant que le scoutisme se caractérise par des aspects anti-scolaires : à la leçon, il préfère l’action ; à la raison, il privilégie la sensation et l’affect. Mais dans le même temps, il a été perçu comme un auxiliaire permettant de transformer la pédagogie scolaire, une manière d’introduire dans l’école « traditionnelle » l’Éducation nouvelle. Sur le fond, l’ouvrage aurait sans doute gagné à ce que la problématique soit plus explicitement mise en avant en introduction. Celle-ci aurait pu être, nous semble-t-il, formulée ainsi : comment une organisation née en 1911 dans le sillage d’un émule de Le Play, directeur de la très élitiste École des Roches, donne-t-elle naissance sous le Front populaire aux Centres d’entraînements (futurs CEMEA, Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active) qui symbolisent pour beaucoup l’ambition d’une éducation émancipatrice « de gauche » dans l’après-Seconde Guerre mondiale ?

 


Michaël Bourlet, Yann Lagadec, Erwan Le Gall (dir.), Petites patries dans la Grande Guerre,

Ouvrages | 10.04.2014 | Frédéric Rousseau

PUR, 2014Réunis par Michaël Bourlet, Yann Lagadec et Erwann Le Gall, dix contributeurs se penchent sur le « fait régional » en Grande Guerre, un « fait » assez peu questionné il est vrai, tant la question de la motivation « patriotique » et « nationale » des combattants et des sociétés pèse sur les travaux et les débats depuis une vingtaine d’années. C’est donc en premier lieu à un changement d’échelle bienvenu que nous convient les auteurs ; il importe également de souligner que ce livre collectif est le fruit d’une journée d’études exploratoire inscrite dans un programme de recherches plus ample devant avoir comme point d’orgue un colloque organisé en mai 2014. C’est donc à cette aune que doit être apprécié le caractère critique de cette recension.


Carlo d’Este, Histoire du débarquement, janvier-juillet 1944,

Ouvrages | 07.04.2014 | Julie Le Gac

 © PERRIN 2013	Alors que le soixante-dixième anniversaire du débarquement en Normandie s’apprête à être célébré sous le signe de l’amitié unissant les États-Unis, le Royaume-Uni et la France, l’opération Overlord, à l’été 1944, mit en réalité à l’épreuve la « relation spéciale » anglo-américaine. Le poids de l’enjeu d’une opération d’emblée considérée comme décisive à l’Ouest et l’adversité rencontrée ébranlèrent en effet les Alliés. Se détachant de toute vision idéalisée de la victoire remportée en Normandie, l’ouvrage de l’historien américain Carlo d’Este, publié pour la première fois en 1983, analyse précisément les stratégies et les opérations qui permirent aux Alliés de porter un coup déterminant à la forteresse allemande en Europe, sans occulter les inévitables doutes et tensions qui les accompagnèrent.


Ce qu’ils savaient. Les Alliés face à la Shoah, film réalisé par Virginie Linhart

Films | 03.04.2014 | Sonia Combe

Que savaient les Alliés de la Shoah pendant la guerre ? s’interroge Virginie Linhart dans son documentaire proposé en coédition par France Télévision Distribution et les Éditions Montparnasse (1 h 08), pour enchaîner d’emblée par la seconde question qui s’impose : s’ils savaient, auraient-ils pu intervenir ? Ou plutôt : puisqu’ils savaient, pourquoi ne sont-ils pas intervenus ? Si la réponse à la première question est tout à fait satisfaisante, parce que les faits sont là, indiscutables, la réponse à la seconde, plus complexe, car on entre dans le domaine de l’interprétation, l’est moins.


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  • ISSN 1954-3670