Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

Thomas Bouchet, Les fruits défendus. Socialismes et sensualité du XIXe siècle à nos jours,

Ouvrages | 20.01.2015 | Bernard Desmars

Stock, 2014Dans son dernier livre, Thomas Bouchet, maître de conférences en histoire contemporaine à l’université de Bourgogne, aborde l’histoire des socialismes à partir de la question des sens ou plus précisément de la sensualité. Cet angle original pourrait paraître futile ou frivole. Mais l’auteur, dans son introduction, pose très clairement les enjeux de son travail : les socialismes, dans leur diversité – sont envisagés les différents courants anarchistes, socialistes, communistes du début du XIXe siècle jusqu’au début du XXIe siècle –, se caractérisent par « une volonté d’émancipation » impliquant à la fois la « dénonciation virulente d’un ordre dominant qui opprime ; [la] promesse d’un avenir meilleur ; [la] détermination des chemins de la libération ». Or, « le projet d’émancipation commune peut porter sur tous les aspects de l’existence. Il peut donc rencontrer la question du corps, et par ricochet, celle des sens. […] S’émanciper, c’est prendre ou reprendre le contrôle de son corps malmené, […] s’appuyer sur ses capacités pour s’affirmer dans la vie sociale, pour gagner en dignité » (p. 12). Il ne s’agit donc pas seulement d’examiner des discours sur les plaisirs des sens, ni de faire une histoire des représentations du corps dans la littérature socialiste pour, par exemple, opposer un socialisme sensualiste à un socialisme puritain ; l’objectif est plutôt d’analyser la place qu’occupent le corps et les sens dans le projet socialiste de libération individuelle et collective, ainsi que dans l’engagement des militants et des intellectuels socialistes.


Yerri Urban, L’Indigène dans le droit colonial français 1865-1955,

Ouvrages | 20.01.2015 | Carole Reynaud-Paligot

LGDJ, 2011Cette thèse, qui se propose d’étudier l’histoire du droit de la nationalité propre aux colonisés, que l’on nomme alors « indigènes », constitue un réel apport pour la connaissance du statut de l’indigène, un statut au cœur du processus de domination coloniale. Mais ce ne sont pas ses seuls apports. Elle nous apprend aussi beaucoup, nous semble-t-il, sur le degré d’adhésion des juristes à la culture raciale de la Troisième République ; elle nous permet également de mieux cerner la complexité des rapports entre « race » et République, et de mieux mesurer l’importance de la logique raciale au sein des théories et des pratiques de la Troisième République.


Ralph Schor, Écrire en exil. Les écrivains étrangers en France (1919-1939),

Ouvrages | 20.01.2015 | Elisa Capdevila

CNRS Éditions, 2013Fondé sur un large corpus (311 écrivains et 22 nationalités, présentés dans une très utile annexe), l'ouvrage retrace la vie des écrivains exilés en France durant l'entre-deux-guerres. Si le sujet semble à première vue bien balisé, Ralph Schor propose de l'aborder sous un angle large, là où la plupart des études se limitent à un groupe défini par une nationalité ou une origine commune. L'ambition de l'ouvrage est claire : rassembler en une même étude tous les écrivains, célèbres ou non, dont le parcours et la présence à Paris peuvent être, au moins partiellement, reconstitués par l'historien. L'approche choisie se veut à ce titre globale mais non généralisante. Ralph Schor s'attache en effet à retracer, au travers des sources disponibles, une histoire collective formée de récits individuels et singuliers – au risque parfois d'offrir au lecteur un tableau morcelé en multiples expériences. Si les exemples appartiennent le plus souvent aux trois contingents les plus importants numériquement (Russes, Américains et Allemands), « petites » nationalités et écrivains mineurs ne sont pas pour autant oubliés.


Dimitri Vezyroglou (dir.), Le cinéma : une affaire d’État 1945-1970,

Ouvrages | 20.01.2015 | Gabrielle Chomentowski

La Documentation française, collection du Comité d’histoire du ministère de la Culture et de la Communication, 2014Le lien entre cinéma et État n’est pas circonscrit à des rapports de domination (films véhiculant une idéologie, censure) mais peut également se manifester par une volonté de l’État de protéger son industrie cinématographique à des fins économiques (aspect quantitatif) ou encore d’aider financièrement des artistes pour promouvoir un cinéma alternatif (aspect qualitatif). C’est tout l’intérêt du livre Le cinéma : une affaire d’État 1945-1970 dirigé par Dimitri Vezyroglou de montrer, à travers le cas du cinéma français, la diversité de ces rapports. Les treize contributions d’historiens, de spécialistes en études cinématographiques ou d’archivistes reviennent, à l’invitation du Comité d’histoire du ministère de la Culture et de la Communication, sur ce que son président Alain Auclaire, dans l’introduction de l’ouvrage, nomme « la politique française du cinéma ». Puisant dans les archives inédites du ministère de la Culture, du Centre national de la cinématographie (CNC) ainsi que dans celles de divers organismes professionnels, chaque contribution démontre comment la politique publique actuelle du cinéma est le fruit de volontés, de négociations et de compromis émanant à la fois de partis politiques (PCF), de représentants du gouvernement (André Malraux), de critiques de cinéma, d’organisations de cinéphiles, d’exploitants de salles de cinéma.


Cloé Drieu, Fictions nationales. Cinéma, empire et nation en Ouzbékistan (1919-1937),

Ouvrages | 20.01.2015 | Gabrielle Chomentowski

Éditions Karthala, 2013Dans Fictions nationales. Cinéma, empire et nation en Ouzbékistan (1919-1937), ouvrage tiré de sa thèse de doctorat, l’historienne Cloé Drieu, chargée de recherche au CNRS, ressuscite une histoire cinématographique et politique qui avait été noyée dans une historiographie plus large, celle de l’Empire de Russie puis de l’Union soviétique. Longtemps, en effet, faute d’accès au terrain ou aux archives, les chercheurs travaillant sur l’Union soviétique ont privilégié une histoire du cinéma et une histoire politique centrée sur la Russie. Mais avec la disparition de l’URSS en 1991 et l’ouverture progressive des archives, historiens, politistes ou anthropologues ont multiplié les études régionales et locales sur les quinze républiques d’Union soviétique pour décrire des histoires nationales singulières ancrées dans une histoire plus globale.


Fabrice Grenard, Une légende du Maquis. Georges Guingouin, du mythe à l’histoire,

Ouvrages | 20.01.2015 | Stéphane Courtois

Vendémiaire, 2014La figure de Georges Guingouin a, depuis soixante-dix ans, fait couler beaucoup d’encre et suscité d’innombrables polémiques entre les tenants de la « légende noire » – l’abominable « préfet du maquis » terrorisant les populations de la Haute-Vienne en 1944-1945 –, les tenants de la légende bleu-blanc-rouge – le grand chef de la Résistance ayant quasiment sauvé du désastre le Débarquement du 6 juin 1944 en arrêtant provisoirement la division SS Das Reich qui remontait du sud de la France vers la Normandie –, sans oublier les tenants soixante-huitards de la légende rouge vif – le vrai et pur communiste, antifasciste, résistant et révolutionnaire, opposé à la direction « révisionniste » du PCF et qui refusa de s’emparer du pouvoir à la Libération. Ajoutons à cet imbroglio le comportement de Georges Guingouin lui-même qui ne manquait pas, au soir de sa vie, d’entretenir les traits du « mythe Guingouin » les plus gratifiants à ses yeux.


Olivier Dard, Charles Maurras,

Ouvrages | 19.11.2014 | Pascal Cauchy

Armand Colin. Droits réservés.Soixante ans après sa mort, Charles Maurras demeure une figure de la politique et des lettres qui fascine par son caractère essentiel à l’histoire du premier XXe siècle français. Objet de vénération comme de haine tout aussi excessives l’une et l’autre, l’enfant de Martigues a bien eu son moment politique et intellectuel.


Mathias Bernard, Valéry Giscard d’Estaing. Les ambitions déçues,

Ouvrages | 26.09.2014 | Sylvie Guillaume

Armand ColinIl peut sembler audacieux d’écrire une biographie de Valéry Giscard d’Estaing, –personnalité politique encore vivante, complexe et non dénuée de contradictions qui est aussi « le mal aimé » de la VRépublique –, après les biographies écrites par des journalistes et d’anciens collaborateurs, dont celle de Raymond-François Le Bris publiée très récemment en 2013. Mathias Bernard, historien du politique, président de l’université Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand et qui, à ce titre, connaît bien l’Auvergne, fief de Valéry Giscard d’Estaing, a relevé le défi. Sa biographie s’inscrit dans le prolongement des cinq colloques rassemblant universitaires et grands témoins qui ont été organisés par le Centre d’histoire de Sciences Po et par l’Institut pour la démocratie en Europe entre 2002 et 2009. On peut dès lors s’interroger sur l’apport du livre de Mathias Bernard.


Le musée Stendhal de Grenoble

Musées | 26.09.2014 | Catherine Mariette

Droits réservésLe musée Stendhal de Grenoble a ouvert ses portes en septembre 2012, à l’occasion des journées du Patrimoine. Il succède à l’ancien musée Stendhal qui avait vu le jour le 5 mai 1934 et au « musée-bibliothèque », conçu après le don de manuscrits et de documents stendhaliens que fit en 1860-1861 la veuve de Louis Crozet, ami et exécuteur testamentaire de Stendhal. C’est donc d’une longue tradition qu’hérite l’actuel musée. Mais il manquait une unité, une mise en scène et une visibilité à ces documents uniques : les manuscrits, archives, tableaux, objets étaient jusqu’alors offerts au public dans une présentation désuète, aléatoire et peu attrayante, les œuvres originales voisinant avec des reproductions de médiocre qualité, ce qui donnait à l’ensemble l’impression d’un amateurisme assez étonnant.


Giovanni Mario Ceci, Il terrorismo italiano. Storia di un dibattito,

Ouvrages | 25.09.2014 | Grégoire Le Quang

Carocci editoreContrairement à ce qui est souvent écrit, l'histoire des ''années de plomb'' n'est pas encore entièrement à écrire » (p. 325). Il terrorismo italiano. Storia di un dibattito, que publie Giovanni Mario Ceci, jeune chercheur à l'université de La Tuscia (Viterbe), justifie pleinement l'affirmation un rien polémique de son auteur. L'ouvrage est pensé comme une reconstitution minutieuse de l'historiographie du terrorisme italien, depuis les réactions « à chaud » jusqu'aux nouvelles perspectives qui s'ouvrent aujourd'hui aux chercheurs. L'auteur prend en compte non seulement les publications historiques, mais aussi celles de toutes les sciences sociales (sociologie, science politique, psychologie), allant jusqu'à aborder les travaux du philosophe Emanuele Severino ! L'ambition est immense puisque sont analysés à la fois les travaux des scientifiques italiens et les principales études menées à l'étranger (en réalité surtout l'imposante bibliographie américaine, aux côtés de laquelle apparaissent quelques titres français et allemands).


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  • ISSN 1954-3670