Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

François Dubasque et Éric Kocher-Marboeuf (dir.), Terres d’élections. Les dynamiques de l’ancrage politique, 1750-2009¸

Ouvrages | 13.03.2015 | Nicolas Roussellier

Presses universitaires de Rennes, 2014On sait combien la notion de « territoire » a joué un rôle essentiel non seulement pour assurer l’ancrage des pratiques politiques modernes au XIXe et au XXe siècles, mais aussi pour offrir à la « science » électorale (histoire, sociologie et géographie électorale) un objet d’étude particulièrement prolifique. Le Tableau politique de la France de l’Ouest d’André Siegfried publié en 1913 demeure toujours une référence pour bien des études, et le présent ouvrage ne déroge pas à la règle. Pourtant les choses ont évolué. Le territoire est aujourd’hui très fortement remis en cause. Commune, canton et département ont longtemps offert aux acteurs et aux observateurs de la politique électorale un cadre stable qui invitait à souligner les continuités et l’existence de « tempéraments » locaux. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, à l’heure où les territoires régionaux s’apprêtent à être bouleversés et où les regroupements de communes ne cessent de se multiplier, sans parler des découpages de type purement électoral que l’on retrouve dans le cas du scrutin européen et qui contribuent, en l’occurrence, au flou et à la déterritorialisation du politique (Anne Dulphy, Christine Manigand).


Timothy Snyder, Ray Brandon (dir.), Stalin and Europe. Imitation and Domination, 1928-1953,

Ouvrages | 12.03.2015 | Paul Lenormand

Oxford University Press, 2014Cet ouvrage collectif dirigé par l’auteur de Bloodlands rassemble des contributions susceptibles de combler quelques carences historiographiques sur l’espace soviétique, notamment pour les lecteurs anglophones qui ne peut pas accéder aux ouvrages rédigés dans les langues slaves, en allemand ou en japonais. Timothy Snyder, professeur à Yale, s’est associé à l’historien et traducteur Ray Brandon, spécialisé dans l’étude du génocide des Juifs en Ukraine et dans les pays Baltes. Les contributions proviennent pour la plupart de journées d’études organisées depuis 2008 par Timothy Snyder à l’Institut für die Wissenschaften vom Menschen de Vienne, haut lieu de la recherche et du débat sur l’Europe centrale et orientale depuis les années 1980.


De l’autre côté du Mur, film de fiction de Christian Schwochow, 2014

Films | 03.03.2015 | Martine Floch

De l’autre côté du Mur, ce film de Christian Schwochow est bien une histoire de répressions croisées. Nous avons tous en mémoire, en effet, les moments télévisuels de liesse populaire le 9 novembre 1989, à l’ouverture des frontières et ceux des jours qui suivirent : ils furent de courte durée comme on le sait, mais en Allemagne les images télévisuelles de l’événement sont devenues d’une part des images collectives faisant partie de l’imaginairenational, d’autre part des images politiques : par le commentaire et le montage qui ont été faits de ce capital d’images, par un agencement à chaque fois nouveau de celles-ci, la télévision allemande raconte, réécrit l’Histoire de manière à chaque fois différente. C’est ainsi, par exemple, que l’anniversaire des dix ans de la réunification est présenté comme la célébration d’un passé surmonté, d’un examen de passage et d’une « identité » allemande réussis. De la même manière, dans le cadre des commémorations, la période de quarante ans de communisme en République démocratique allemande (RDA) s’est vue littéralement « zappée », pour employer un terme télévisuel : on passe ainsi directement de la fin de la guerre à la chute du Mur ! Il y a une véritable mise à plat, un nivellement des différentes phases de l’Histoire, des différents points de vues, sans questionnement aucun des conditions et des processus de l’Histoire : « Le passé de la RDA fonctionne – à la télévision comme dans les films de fiction – comme une étrange toile de fond devant laquelle la République réunifiée produit, par contraste, un effet positif. » Après 1945, c’est la République fédérale d’Allemagne (RFA) qui représentait la normalité, la RDA, elle, n’aurait été qu’un accident de parcours. L’historienne Régine Robin rappelle l’hystérie avec laquelle, de 1990 à 1995, on s’est acharné à détruire cet État, à l’effacer comme jamais on entreprit d’effacer le national-socialisme. Étienne François rappelle de son côté que ce n’est qu’après 1995 que la RDA a cessé d’êtrediabolisée. On peut avoir aujourd’hui une approche plus complexe de l’Allemagne de l’Est, parce que plus personne ne met en cause la Réunification : « On s’est assuré que le cadavre ne bougeait plus. »


Une exposition « Niki de Saint Phalle », quelle bonne idée !

Expositions | 20.02.2015 | Fabienne Dumont

Niki de Saint Phalle (1930-2002) a fait l’objet de plusieurs grandes expositions en Europe ces dernières années. Il était temps que Paris lui rende hommage et permette à un large public de comprendre ce qui a précédé les fameuses Nanas, la révolte qui habitait l’artiste et les projets plus confidentiels, mais monumentaux, des derniers temps.


D’Audrey Hepburn à Brigitte Bardot

Expositions | 20.02.2015 | Aline Magnien

Mairie de ParisL’histoire du vêtement et de la mode est trop souvent encore, pour l’histoire de l’art et pour l’histoire tout court, un champ marginal malgré les efforts déployés ces dernières années, entre autres acteurs, par l’Institut national d’histoire de l’art (l’INHA) et son programme dirigé par Philippe Sénéchal. Pourtant, plusieurs musées à Paris (musée des Arts décoratifs, Palais Galliera) ou en région (Centre national du costume de scène de Moulins, musée des Tissus de Lyon, musée du textile de Cholet, musée de La Piscine à Roubaix), pour ne citer que quelques exemples, travaillent à la conservation, à la diffusion et à l’étude des costumes et des vêtements, ou à celui des textiles. Le Palais Galliera, qui a rouvert en septembre 2013 après plusieurs années de travaux et un changement de nom, accueille les riches collections de vêtements, de sous-vêtements et d’accessoires de la Ville de Paris. Conçu comme un musée privé par la duchesse de Galliera lors de sa construction, et critiqué pour la petitesse de ses salles d’exposition, le Palais ne peut guère montrer ses collections en permanence parce que les tissus sont trop fragiles pour être exposés à la lumière de façon durable. Il organise donc des expositions temporaires et la dernière en date, présentée par Olivier Saillard et Alexandra Bosc, « Les Années 50. La mode en France, 1947-1957[6] », semble avoir remporté un beau succès au vu de la foule des jeunes et moins jeunes qui s’y presse.


The Cut, de Fatih Akin

Films | 20.02.2015 | Boris Adjemian

La filmographie existante sur le génocide des Arméniens est relativement pauvre. Rares sont les longs métrages qui ont accordé une place centrale à cette question, et encore plus rares sont les réussites dans ce domaine. Les films, Ararat d’Atom Egoyan (2002) et Le Mas des alouettes des frères Taviani (2007), ont suscité un accueil mitigé à leur sortie. Le magnifique Nahabed de Henrikh Malian (1977) reste injustement méconnu hors d’Arménie. D’autres œuvres qui composent cette brève filmographie, – notamment Mayrig d’Henri Verneuil (1991), et surtout America America d’Elia Kazan (1963) –, évoquent le génocide mais en passant seulement – le film d’Elia Kazan étant, sans doute, celui qui aura traité ce thème avec le plus de force. Dans ce contexte, la sortie sur les écrans de The Cut, à la veille des commémorations du centenaire de 1915, ne pouvait que faire figure d’événement – événement mémoriel avant tout, s’entend. Le battage médiatique qui a entouré cette sortie a mis en relief les attentes importantes à l’égard de ce film, qui non seulement aborde un chapitre de l’histoire du xxe siècle demeuré longtemps en attente de reconnaissance mais, de plus, a été réalisé par un des grands noms du cinéma européen contemporain, le cinéaste allemand d’origine turque Fatih Akin.


Autour de Jean Norton Cru

Colloques | 20.02.2015 | Marlène Mabut

Les 12 et 13 décembre 2014 s’est tenu à Genève le colloque « Autour de Jean Norton Cru, enjeux contemporains du témoignage en histoire, littérature et didactique ». Professeur de littérature aux États-Unis, Jean Norton Cru (1879-1949) a combattu plus de deux ans dans les tranchées de la Première Guerre mondiale. Son œuvre magistrale de 1929, Témoins, décortique les écrits de cette période traumatique en établissant un classement des témoignages en fonction de leur crédibilité, préparant le matériau de l’historien. Suscitant dès sa parution de vives polémiques, les rééditions de 1993 et de 2006 ont permis de (re)découvrir l’œuvre, mais elles ont également ravivé les débats clivant aujourd’hui encore l’historiographie sur la Grande Guerre. Témoins invite à la fois à interroger un aspect central du travail historien qu’est la critique des sources et à examiner les catégories littéraires par la problématique de l’authenticité des récits. Ces questionnements épistémologiques questionnent également l’apport du témoignage en classe d’histoire ou de français.


« Roman Vishniac. De Berlin à New York, 1920-1975 »

Expositions | 09.02.2015 | Florent Le Bot

Affiche de l'exposition. Droits réservés.L’exposition de photographies consacrée à Roman Vishniac au musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme (Mahj) à Paris, du 17 septembre 2014 au 25 janvier 2015, offre au visiteur un vrai moment de grâce. Roman Vishniac (1887, Russie – 1990, New York) est d’abord connu comme l’auteur d’un remarquable travail documentaire sur les communautés juives d’Europe de l’Est durant l’entre-deux-guerres. Publié en partie en 1983 dans A Vanished World, préfacé par Élie Wiesel, il fait de Vishniac le mémorialiste des shtetls de Lituanie, de Pologne, de Roumanie et des quartiers juifs de Varsovie, de Lódz et de Bratislava. Le livre resserre la focale sur des moments qui préludent à la catastrophe, instantanés fixant la fragilité d’une civilisation aux coutumes et aux pratiques spécifiques, bientôt détruite par le nazisme. Les portraits d’hommes en caftan, ou d’enfants étudiant la Torah deviennent des signatures propres à identifier le regard de Vishniac. L’ouvrage a connu un succès et une diffusion internationaux. Réédité quatorze fois et publié en six langues, l’édition française, Un monde disparu, est disponible dès 1984.


Roman Krakovský, Réinventer le monde. L'espace et le temps en Tchécoslovaquie communiste,

Ouvrages | 09.02.2015 | Paul Lenormand

Publications de la Sorbonne, 2014Issu d’une thèse soutenue à Paris 1 sous la direction d’Antoine Marès, « Le temps et l’espace dans un régime autoritaire. Tchécoslovaquie 1948-1989 », trois fois primée (Prix d’histoire sociale de la Fondation Mattei Dogan, Fraenkel Prize in Contemporary History of the Wiener Library, Accessit de la Fondation Alexandre Varenne), cet ouvrage est le fruit du travail de Roman Krakovský, historien et anthropologue, post-doctorant à l’EHESS.

Son ambition n’est pas de proposer le récit politique, institutionnel, en relations internationales, ou même en histoire sociale ou culturelle qu’offre l’historiographie existante.


Thomas Bouchet, Les fruits défendus. Socialismes et sensualité du XIXe siècle à nos jours,

Ouvrages | 20.01.2015 | Bernard Desmars

Stock, 2014Dans son dernier livre, Thomas Bouchet, maître de conférences en histoire contemporaine à l’université de Bourgogne, aborde l’histoire des socialismes à partir de la question des sens ou plus précisément de la sensualité. Cet angle original pourrait paraître futile ou frivole. Mais l’auteur, dans son introduction, pose très clairement les enjeux de son travail : les socialismes, dans leur diversité – sont envisagés les différents courants anarchistes, socialistes, communistes du début du XIXe siècle jusqu’au début du XXIe siècle –, se caractérisent par « une volonté d’émancipation » impliquant à la fois la « dénonciation virulente d’un ordre dominant qui opprime ; [la] promesse d’un avenir meilleur ; [la] détermination des chemins de la libération ». Or, « le projet d’émancipation commune peut porter sur tous les aspects de l’existence. Il peut donc rencontrer la question du corps, et par ricochet, celle des sens. […] S’émanciper, c’est prendre ou reprendre le contrôle de son corps malmené, […] s’appuyer sur ses capacités pour s’affirmer dans la vie sociale, pour gagner en dignité » (p. 12). Il ne s’agit donc pas seulement d’examiner des discours sur les plaisirs des sens, ni de faire une histoire des représentations du corps dans la littérature socialiste pour, par exemple, opposer un socialisme sensualiste à un socialisme puritain ; l’objectif est plutôt d’analyser la place qu’occupent le corps et les sens dans le projet socialiste de libération individuelle et collective, ainsi que dans l’engagement des militants et des intellectuels socialistes.


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  • ISSN 1954-3670