Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

« Beauté Congo – 1926-2015 – Congo Kitoko ». Ce que « populaire » veut dire

Expositions | 26.10.2015 | Nora Greani

(Fondation Cartier pour l’art contemporain, 11 juillet 2015- 10 janvier 2016)Depuis le 11 juillet 2015, la fondation Cartier pour l’art contemporain accueille à Paris une grande exposition consacrée à l’art visuel moderne et contemporain congolais : « Beauté Congo – 1926-2015 – Congo Kitoko ». L’évènement enregistre une fréquentation telle que sa clôture, initialement prévue à la mi-novembre 2015, vient d’être repoussée de deux mois. Amplement promue et commentée à travers le monde (The New York Times, Le Monde, RFI, Télérama, El Pais, Elle, Le Point, Les Dépêches de Brazzaville, Die Welt, etc.), « Beauté Congo » recueille une approbation générale.

Au-delà de l’invitation au dépaysement et à la bonne humeur résumée par l’affiche officielle, plusieurs paramètres justifient ce succès. La vitrine offerte à la période moderne est sans précédent ; les artistes contemporains sélectionnés sont étroitement associés au dispositif scénographique ; le dialogue entre plusieurs formes d’expressions artistiques profite au discours général sur l’histoire de l’art congolais ; les œuvres sont sublimées par l’espace et par l’accrochage, etc. Que l’on nous pardonne toutefois de passer rapidement sur les incontestables réussites de l’exposition – la littérature est abondante – pour se concentrer plus avant sur quelques points sensibles


Sudhir Hazareesingh, Ce pays qui aime les idées,

Ouvrages | 20.10.2015 | Emmanuelle Loyer

Flammarion, 2015Il y a un bonheur particulier à lire le livre de Sudhir Hazareesingh car, en tant que Français, on y entend plutôt des choses agréables et on y perçoit un regard amoureux. Sa façon d’approcher la France fait penser à la remarque en 1941 d’André Breton, grand réfractaire au nationalisme gallo-centré de l’entre-deux-guerres qui arrive, sur le chemin de l’exil vers l’Amérique, à Fort-de-France : « 1941. C’était l’époque où l’on effaçait l’inscription "République française" du fronton des monuments publics… Jamais l’outrage fait à la France ne m’avait atteint plus qu’ici même. » Il fallait donc qu’il quittât la France pour ressentir l’affront subi et exprimer un patriotisme blessé et pudique. Français ? Oui mais jamais plus pleinement qu’à Fort-de-France… C’est depuis une position similaire que Sudhir Hazareesingh parle de la France contemporaine, à mi-chemin entre l’île Maurice de son enfance et l’Oxford de sa carrière professorale. Il offre les séductions d’une légende.


Claire Kaiser, Rainer Werner Fassbinder. Identité allemande et crise du sujet,

Ouvrages | 20.10.2015 | Martine Floch

Presses universitaires de Bordeaux, 2015À l’heure où le musée Martin-Gropius-Bau de Berlin revisite, par une exposition « Fassbinder - Jetzt », l’héritage du grand cinéaste, l’universitaire Claire Kaiser livre un ouvrage important et exhaustif sur l’œuvre de celui dont Serge Daney disait que « nul sinon Fassbinder n’a autant travaillé à une imagerie encore possible de l’Allemagne ». Car c’est bien une imagerie encore possible qui constitue selon l’auteure, spécialiste de l’Allemagne et du cinéma allemand, l’enjeu essentiel de Fassbinder d’une part et de sa propre recherche d’autre part. Le livre s’articule, selon le principe académique, en trois parties. Partant de l’idée – assez peu risquée – que le héros fassbindérien est en crise (ce qu’attestent les titres de ses films, les thèmes, les motifs et l’univers sombre du cinéaste), l’identité de celui-ci, dans l’Allemagne du miracle économique ouest-allemand, subit une série d’agressions.


Phoenix

Films | 16.10.2015 | Martine Floch

réalisé par Christian Petzold, 2014« Cet événement dépasse de loin les seuls Juifs et Tziganes. Reflétant l’image du dénuement absolu, d’un processus de déshumanisation mené à son terme, la Shoah inspire une réflexion inépuisable sur la conscience et la dignité des hommes », déclare Simone Veil, jugement que l’on peut reprendre à propos du film Phoenix du réalisateur allemand Christian Petzold (2014).

Une femme juive allemande, Nelly Lenz, sort défigurée des camps de concentration. Elle n’a de cesse de retrouver son visage pour redevenir celle qu’a aimée Johnny Lenz, son mari. Non seulement il ne la reconnaît pas, mais il l’invite à jouer le sosie de son épouse défunte – son propre sosie en quelque sorte – afin d’hériter de sa fortune. Rôle qu’elle accepte de jouer pour être reconnue, quitte à endosser, momentanément, le rôle de victime. Pour raconter cette fiction, Christian Petzold opte pour le genre du film noir.


« Un attachement ténu à la démocratie ? »

Ouvrages | 15.10.2015 | Nicolas Patin

Manchester University Press, 2012Dans son livre De la victoire à Vichy. Les anciens combattants dans la France de l’entre-deux-guerres, l’historien Chris Millington, chercheur à l’université de Swansea au Pays de Galles, essaye de relever plusieurs défis.

Les deux premiers défis sont tout entier compris dans le titre de son ouvrage : en étudiant les anciens combattants de la Grande Guerre, il doit affronter une historiographie dominée depuis longtemps par l’ouvrage de référence d’Antoine Prost (1977). Par ailleurs, en choisissant un titre aussi évocateur – publicitaire ? – que De la victoire à Vichy, l’auteur semble poser comme hypothèse de départ que les mouvements d’anciens combattants, dans leur diversité, se sont progressivement ralliés à la lutte contre une république parlementaire honnie, en proposant des solutions autoritaires à la crise. L’auteur va même plus loin, dès l’introduction et à plusieurs reprises par la suite : il veut discuter la « thèse de l’immunité » ou de « l’allergie » française au fascisme (p. 11-12, 54, 110).


Line Rennwald, Partis socialistes et classe ouvrière. Ruptures et continuités du lien électoral en Suisse, en Autriche, en Allemagne, en Grande-Bretagne et en France (1970-2008),

Ouvrages | 28.09.2015 | Marc Lazar

Éditions Alphil-Presses universitaires suisses, 2015C’est l’une des grandes questions qui se pose à la gauche européenne et qui suscite de fortes controverses scientifiques mais aussi politiques : pourquoi les partis socialistes ont-ils perdu une grande partie de leurs assises ouvrières qui, par le passé, constituaient l’un de leurs points de force et un élément de leur identité collective ? En politiste, Line Rennwald s’est attaquée à ce sujet dans un livre directement issu d’une thèse et qui, de ce fait, en conserve nombre de ses aspects : une démonstration très pédagogique avec des introductions et des conclusions pour chaque chapitre, un argumentaire souvent répétitif, une mobilisation constante d’une vaste littérature scientifique, une écriture lourde, etc.

 


Marion Morellato, Pétrole et corruption. Le dossier Mi.Fo.Biali dans les relations italo-libyennes 1969-1979,

Ouvrages | 28.09.2015 | Pauline Picco

Lyon, ENS éditions, 2014Marion Morellato, dans son ouvrage intitulé Pétrole et corruption. Le dossier Mi.Fo.Biali dans les relations italo-libyennes 1969-1979, paru en novembre 2014, relit les relations entre l’Italie et son ancienne colonie à la lumière d’un document inédit, le dossier Mi.Fo.Biali, rédigé en 1975 par les services secrets militaires italiens (le SID), à la demande du député démocrate-chrétien, Giulio Andreotti, alors ministre de la Défense. Le dossier résulte de la mise sur écoute illégale – car non autorisée par la justice – d’un illustre inconnu, Mario Foligni. En croisant ce dossier avec des sources judiciaires et plusieurs rapports de commissions d’enquêtes parlementaires, l’auteure met ainsi au jour un vaste système de corruption des élites dirigeantes italiennes, illustrant le rapport distendu que certains responsables politiques, économiques et militaires entretiennent avec la légalité.

 


« La collaboration (1940-1945) »

Expositions | 28.09.2015 | Michel Dreyfus

Archives nationales, 26 novembre 2014-5 avril 2015La grande exposition sur la collaboration durant la Seconde Guerre mondiale qui s’est tenue aux Archives nationales, à l’Hôtel de Soubise, du 26 novembre 2014 au 2 mars 2015, comme l’ouvrage-catalogue qui lui est associé, appartiennent à ces initiatives dont on ne peut que se réjouir. En ce 70e anniversaire de la libération de notre pays, l’histoire des années sombres, « ces quatre ans à rayer de notre histoire », selon le titre célèbre de l’ouvrage écrit en 1949 par le procureur général André Mornet, ce « passé qui ne passe pas » pour reprendre la fameuse expression d’Henry Rousso, est plus que jamais d’actualité. Ce livre et cette exposition constituent donc des événements importants pour plusieurs raisons. D’abord parce que c’est la première fois que la collaboration fait l’objet d’une manifestation d’envergure dans ce lieu prestigieux que sont les Archives nationales. Ensuite, en ces temps où des livres très discutables sur les années noires rencontrent une audience injustifiée, cette exposition a connu un grand succès : preuve, s’il en était encore besoin, que la recherche historique la plus exigeante se conjugue avec le nécessaire engagement citoyen. Nous le savions déjà mais cette exposition en fait brillamment la preuve une fois de plus. Enfin, le choix des deux historiens qui l’ont menée à bien et qui ont réalisé ce catalogue, Thomas Fontaine et Denis Peschanski, offrait toutes les garanties pour aborder comme il le convient un sujet aussi complexe. La recherche sur les années sombres a considérablement progressé ces dernières années. Il fallait donc maîtriser l’ensemble de ces données pour les présenter dans le cadre de cette exposition, comme dans cet ouvrage scientifique, tous deux destinés au grand public.

 


« Filmer la guerre (1944-1946). Les Soviétiques face à la Shoah »

Expositions | 28.09.2015 | Sophie Cœuré

Mémorial de la Shoah, 2015Dans l’immense corpus de sources et de témoignages qui fonde la représentation collective de la Seconde Guerre mondiale et de la Shoah, les images documentaires ont une place particulière. Elles sont marquées à l’évidence du sceau de l’émotion et de la recherche d’authenticité, mais également par celui de la rareté. Les photographies et les films documentant les crimes nazis, très peu nombreux, provenaient en effet, jusqu’à présent, soit des Allemands eux-mêmes, soit des Américains présents sur les lieux lors de la Libération de l’Europe, soit, dans quelques cas exceptionnels, de photographes juifs agissant clandestinement dans les ghettos et à Auschwitz. L’exposition du Mémorial de la Shoah, et le livre qui l’accompagne, viennent, pour la première fois, apporter au public français les images inédites réalisées par les Soviétiques, caméras et appareils photos au poing lors de l’avancée de l’Armée rouge vers l’Ouest. C’est dire leur importance.

 


Noire finance, documentaire de Jean-Michel Meurice et Fabrizio Calvi,

Documentaires | 28.09.2015 | Matthias Knol

DVD, Éd. Montparnasse, coll. « Docs Citoyens », 2014, 139 mn (2012, ARTE G.E.I.E. et Zadig Productions)Noire finance est un documentaire réalisé par Jean-Michel Meurice et Fabrizio Calvi, divisé en deux parties. La première partie présente une histoire économique de la finance dans toutes ses dimensions : finance internationale, système monétaire international, financement des entreprises, fonctionnement et régulation du système bancaire, etc. ; la seconde propose, quant à elle, une analyse de la genèse de la crise des subprimes. Malgré la complexité du thème abordé, le documentaire est très structuré, clair et pédagogique. Certains bons spécialistes de la finance sont convoqués et offrent ainsi au documentaire une caution, sinon scientifique (Michel Aglietta par exemple), du moins technique (Jean Peyrelevade et Paul Jorion) importante.

 


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  • ISSN 1954-3670