Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

« Henri Wallon. Une voix pour la République »

Journées d'études | 12.05.2015 | Roseline Salmon

Un homme aux multiples facettes. Tel est apparu Henri Alexandre Wallon lors de la journée d’études qui lui a été consacrée le 30 janvier 2015 aux Archives nationales. Certes, cette date n’a pas été choisie au hasard. Elle coïncide et célèbre le 140e anniversaire de l’amendement qui donna naissance à la Troisième République et fit passer son auteur à la postérité. Mais les nombreux intervenants de cette journée se sont employés à dépasser ce moment commémoratif pour ne pas réduire à quelques heures la longue vie d’Henri Wallon, commencée en 1812 sous Napoléon et qui s’acheva en 1904 sous une République née de sa décisive contribution.


Marianne Hirsch, The Generation of Postmemory, Writing and Visual Culture After the Holocaust,

Ouvrages | 12.05.2015 | Isabelle Delorme

Ce n’est pas un hasard si, bien avant que Patrick Modiano ne reçoive le prix Nobel de littérature en 2014, Marianne Hirsch, professeur de littérature comparée et d’études de genre à l’université Columbia, ne place en incipit d’un des chapitres de son dernier livre, The Generation of Postmemory, Writing and Visual Culture After the Holocaust (2012), une citation de l’écrivain : « Au mois de juin 1942, un officier allemand s’avance vers un jeune homme et lui dit : “ Pardon monsieur, où se trouve la place de l’Étoile ?” Le jeune homme désigne le côté gauche de sa poitirne. » Ce qui relie Modiano et Hirsch, c’est l’importance prise par la rencontre du témoignage avec l’art et la fiction dans le processus de transmission intergénérationnelle des traumatismes collectifs.


Jaime Pensado, Rebel Mexico: Student Unrest and Authoritarian Political Culture During the Long Sixties,

Ouvrages | 12.05.2015 | Romain Robinet

Lauréat du Mexican History Book Prize en 2014, Jaime Pensado vient, avec l’ouvrage Rebel Mexico, offrir de nouvelles perspectives sur ce qu’il appelle les « longues années soixante » (1956-1971) et sur la formation, dans le Mexique de l’après-guerre, du « problème étudiant » dont l’aboutissement tragique fut le massacre de centaines de jeunes manifestants sur la Place des Trois Cultures à Mexico. Son étude, novatrice à bien des égards, est susceptible d’intéresser aussi bien les latino-américanistes, les historiens de la guerre froide que les spécialistes des mouvements étudiants. L’ouvrage est divisé en trois grandes parties et neuf chapitres, suivant une trame chronologique, dont les temps forts sont marqués par les mouvements étudiants de 1956, de 1958, la réception de la Révolution cubaine à partir de 1959 et par l’année 1968.


La Maison d’Auguste Comte

Musées | 11.05.2015 | Matthieu Béra

© Musée Auguste ComteLa Maison d’Auguste Comte, située 10 rue Monsieur-le-Prince à Paris, dit beaucoup sur ce sociologue (1798-1857) à la fois méconnu et important. Ses successeurs lui doivent le nom de leur discipline en 1838. La « physique sociale » était son premier choix, mais il y renonça car cette terminologie venait d’être utilisée par Adolphe Quételet dans Sur l’homme et le développement de ses facultés, ou Essai de physique sociale (1835). L’audience de Comte a été très importante à bien des niveaux sur les élites républicaines, politiques (Gambetta, Clemenceau, Ferry) ou scientifiques (Renan, Littré, etc.), parfois internationales (John Stuart Mill fut son contemporain). Pourtant, il n’est plus trop lu ni enseigné. On sait qu’il a influencé de nombreux auteurs, dont Émile Durkheim, qui occupa le premier la charge de cours de « science sociale » à Bordeaux en 1887 et la première chaire de « sociologie » à la Sorbonne en 1913.


Monique Lévi-Strauss, Une enfance dans la gueule du loup,

Ouvrages | 19.03.2015 | Jeannine Verdès-Leroux

Seuil, 2014Une enfance dans la gueule du loup raconte avec une retenue remarquable une enfance d’exception : après des années privilégiées, à Paris et à la campagne près de Bourges, Monique Roman, née en 1926, doit vivre en Allemagne de 1939 à 1945 ; revenue à Paris en mai 1945, elle se cherche un chemin entre les États-Unis et la France. Le récit s’arrête en 1949 après la rencontre de Claude Lévi-Strauss, avec qui elle se mariera. Ce livre étonne par l’expérience dramatique qu’il rapporte et par son ton ; il passionne même si on reste parfois plein d’interrogations devant certaines descriptions juste effleurées.


Raphaëlle Branche, Prisonniers du FLN,

Ouvrages | 19.03.2015 | Guy Pervillé

Payot & Rivages, 2014Raphaëlle Branche, qui appartient à la nouvelle génération d’historiens (et d’historiennes) de la guerre d’Algérie née après son achèvement, s’est fait connaître dès la soutenance de sa thèse controversée sur la torture et l’armée française pendant la guerre d'Algérie en 2000. Elle a depuis persévéré, non sans courage, dans cette spécialité qui n’est pas de tout repos, en publiant notamment en 2005 aux éditions du Seuil un bilan historiographique – La guerre d’Algérie, une histoire apaisée ? - particulièrement bien informé et réfléchi. Plus récemment, en 2010, elle a tenté dans un autre livre, consacré à L’embuscade de Palestro, Algérie 1956, de restituer à travers la monographie d’un épisode particulièrement douloureux de la guerre d’Algérie – l’embuscade du 18 mai 1956 dans laquelle vingt jeunes appelés français trouvèrent la mort – la pluralité de ses significations, en combinant les points de vue des acteurs algériens et français, mais aussi en recherchant les causes et les conséquences de cet événement dans la longue durée. Cette entreprise novatrice, qui se présentait comme authentiquement historique, n’avait pourtant pas fait l’unanimité, puisque deux historiens nés dans l’Algérie coloniale, Jean Monneret et Roger Vétillard, avaient exprimé en janvier 2014, dans la revue en ligne Études colonialesle malaise que sa lecture leur avait inspiré.


François Dubasque et Éric Kocher-Marboeuf (dir.), Terres d’élections. Les dynamiques de l’ancrage politique, 1750-2009¸

Ouvrages | 13.03.2015 | Nicolas Roussellier

Presses universitaires de Rennes, 2014On sait combien la notion de « territoire » a joué un rôle essentiel non seulement pour assurer l’ancrage des pratiques politiques modernes au XIXe et au XXe siècles, mais aussi pour offrir à la « science » électorale (histoire, sociologie et géographie électorale) un objet d’étude particulièrement prolifique. Le Tableau politique de la France de l’Ouest d’André Siegfried publié en 1913 demeure toujours une référence pour bien des études, et le présent ouvrage ne déroge pas à la règle. Pourtant les choses ont évolué. Le territoire est aujourd’hui très fortement remis en cause. Commune, canton et département ont longtemps offert aux acteurs et aux observateurs de la politique électorale un cadre stable qui invitait à souligner les continuités et l’existence de « tempéraments » locaux. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, à l’heure où les territoires régionaux s’apprêtent à être bouleversés et où les regroupements de communes ne cessent de se multiplier, sans parler des découpages de type purement électoral que l’on retrouve dans le cas du scrutin européen et qui contribuent, en l’occurrence, au flou et à la déterritorialisation du politique (Anne Dulphy, Christine Manigand).


Timothy Snyder, Ray Brandon (dir.), Stalin and Europe. Imitation and Domination, 1928-1953,

Ouvrages | 12.03.2015 | Paul Lenormand

Oxford University Press, 2014Cet ouvrage collectif dirigé par l’auteur de Bloodlands rassemble des contributions susceptibles de combler quelques carences historiographiques sur l’espace soviétique, notamment pour les lecteurs anglophones qui ne peut pas accéder aux ouvrages rédigés dans les langues slaves, en allemand ou en japonais. Timothy Snyder, professeur à Yale, s’est associé à l’historien et traducteur Ray Brandon, spécialisé dans l’étude du génocide des Juifs en Ukraine et dans les pays Baltes. Les contributions proviennent pour la plupart de journées d’études organisées depuis 2008 par Timothy Snyder à l’Institut für die Wissenschaften vom Menschen de Vienne, haut lieu de la recherche et du débat sur l’Europe centrale et orientale depuis les années 1980.


De l’autre côté du Mur, film de fiction de Christian Schwochow, 2014

Films | 03.03.2015 | Martine Floch

De l’autre côté du Mur, ce film de Christian Schwochow est bien une histoire de répressions croisées. Nous avons tous en mémoire, en effet, les moments télévisuels de liesse populaire le 9 novembre 1989, à l’ouverture des frontières et ceux des jours qui suivirent : ils furent de courte durée comme on le sait, mais en Allemagne les images télévisuelles de l’événement sont devenues d’une part des images collectives faisant partie de l’imaginairenational, d’autre part des images politiques : par le commentaire et le montage qui ont été faits de ce capital d’images, par un agencement à chaque fois nouveau de celles-ci, la télévision allemande raconte, réécrit l’Histoire de manière à chaque fois différente. C’est ainsi, par exemple, que l’anniversaire des dix ans de la réunification est présenté comme la célébration d’un passé surmonté, d’un examen de passage et d’une « identité » allemande réussis. De la même manière, dans le cadre des commémorations, la période de quarante ans de communisme en République démocratique allemande (RDA) s’est vue littéralement « zappée », pour employer un terme télévisuel : on passe ainsi directement de la fin de la guerre à la chute du Mur ! Il y a une véritable mise à plat, un nivellement des différentes phases de l’Histoire, des différents points de vues, sans questionnement aucun des conditions et des processus de l’Histoire : « Le passé de la RDA fonctionne – à la télévision comme dans les films de fiction – comme une étrange toile de fond devant laquelle la République réunifiée produit, par contraste, un effet positif. » Après 1945, c’est la République fédérale d’Allemagne (RFA) qui représentait la normalité, la RDA, elle, n’aurait été qu’un accident de parcours. L’historienne Régine Robin rappelle l’hystérie avec laquelle, de 1990 à 1995, on s’est acharné à détruire cet État, à l’effacer comme jamais on entreprit d’effacer le national-socialisme. Étienne François rappelle de son côté que ce n’est qu’après 1995 que la RDA a cessé d’êtrediabolisée. On peut avoir aujourd’hui une approche plus complexe de l’Allemagne de l’Est, parce que plus personne ne met en cause la Réunification : « On s’est assuré que le cadavre ne bougeait plus. »


Une exposition « Niki de Saint Phalle », quelle bonne idée !

Expositions | 20.02.2015 | Fabienne Dumont

Niki de Saint Phalle (1930-2002) a fait l’objet de plusieurs grandes expositions en Europe ces dernières années. Il était temps que Paris lui rende hommage et permette à un large public de comprendre ce qui a précédé les fameuses Nanas, la révolte qui habitait l’artiste et les projets plus confidentiels, mais monumentaux, des derniers temps.


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  • ISSN 1954-3670