Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

Renaud Meltz, Pierre Laval, un mystère français,

Ouvrages | 02.04.2019 | Raphaël Spina

Après le Pétain de Bénédicte Vergez-Chaignon, le monumental Pierre Laval de Renaud Meltz fera date. Pour retracer le destin du numéro 2 du régime de Vichy, l’auteur synthétise une masse peu commune de témoignages et d’archives. Il a écumé les papiers déposés par le clan Laval à la Fondation Josée et René de Chambrun, mais aussi des fonds diplomatiques, ministériels, judiciaires et policiers. Sont aussi épluchés la presse du temps, les biographies apologétiques ou à charge publiées du vivant de Laval, les journaux intimes des contemporains. Les documents vont des bulletins scolaires du jeune Pierre aux précieux souvenirs de Charlotte Charpentier, sa discrète maîtresse, fortuitement redécouverts. En passant par les innombrables lettres de sollicitation, soutien ou blâme, reçues par l’Auvergnat au cours de sa longue carrière. Des notes saisissantes de début juillet 1940 montrent comment Laval liste, cerne et entreprend chaque parlementaire à qui il veut faire voter le suicide de la République.


Sylvie Lindeperg et Ania Szczepanska, À qui appartiennent les images ? Le paradoxe des archives, entre marchandisation, libre circulation et respect des oeuvres,

Ouvrages | 28.03.2019 | Martine Floch

L’ouvrage collectif L’image d’archives. Une image en devenir proposait de lever le voile sur cette catégorie d’images et de combler un vide définitoire à un moment où l’attrait pour les images s’accroît de manière exponentielle et où le numérique intensifie leur circulation. Laurent Véray clôturait l’ouvrage par une mise en garde contre les représentations médiatiques qui usent et abusent de ces images. C’est un autre vide que le présent ouvrage, né des travaux du groupe de recherche « À qui appartiennent les images ? », créé dans le cadre du Labex Création, Art et Patrimoine (CAP), entend combler : celui de leur statut – différent de celui des archives écrites – et de leur propriété, juridique entre autres. Pour ce faire – et c’est là toute l’originalité de l’opus –, il a choisi le décloisonnement des horizons professionnels, au-delà du champ strictement universitaire. 


DAU, une œuvre d’Ilya Khrzhanovsky (2008-2018)

Films | 28.03.2019 | Natalia Prikhodko

À l’origine, DAU était pensé par son auteur Ilya Khrzhanovsky comme un film biographique du physicien soviétique Lev Landau. Le réalisateur a commencé le tournage en 2009, mais le projet a évolué et s’est transformé en une œuvre pluridisciplinaire. Sa première présentation au grand public s’est tenue à Paris du 24 janvier au 17 février 2019. Installée au Théâtre de la Ville et au Théâtre du Châtelet (avec une extension au Centre Pompidou), cette œuvre a pris forme d’un dispositif complexe comprenant le visionnage des treize longs-métrages et des épisodes séparés, une exposition des tableaux et des installations des artistes russes ainsi que d’autres expériences dont une cantine et la possibilité de s’entretenir avec des intervenants variés. Ayant suscité de nombreux débats, DAU ne cache pas son caractère expérimental. En France, le projet a reçu des critiques particulièrement aigres. En y répondant en partie, je reviens ici sur deux aspects du projet qui ont attiré très peu d’attention des critiques français mais qui me paraissent essentiels.  


« La Ligue des droits de l’homme : 120 ans d’histoires »

Expositions | 26.02.2019 | Michel Dreyfus

La Ligue des droits de l’homme (LDH) entretient des liens étroits avec La Contemporaine, l’ex-Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC), puisqu’en 2000 elle lui avait confié ses archives, revenues de Moscou. À l’occasion des 120 ans de la fondation de la LDH, une exposition virtuelle et un colloque ont été organisés à La Contemporaine en 2018. Reposant sur des textes denses et de nombreuses illustrations, cette exposition est structurée en quatre grandes parties : la fondation de la LDH ; ses premiers combats ; paix et guerres entre les peuples ; la LDH en dix causes d’hier à aujourd’hui. Ces quatre parties comportent elles-mêmes une dizaine de sections.


Boris Belge, Klingende Sowjetmoderne. Eine Musik- und Gesellschaftsgeshichte des Spätsozialismus,

Ouvrages | 26.02.2019 | Nathalie Moine

Issu d’une thèse défendue à l’Université de Tübingen, l’ouvrage propose une excursion longue de plus de quatre décennies autour de trois compositeurs soviétiques réunis sous le nom de « la Troïka moscovite » : Edison Denisov (1929-1996), Sofia Gubaidulina (1931-1991) et Alfred Schnittke (1934-1998). Commencée à l’époque du Dégel, lorsque les trois artistes sont encore étudiants au Conservatoire, elle s’achève, sous forme d’épilogue, au début du XXIe siècle, cependant que deux d’entre eux, Denisov et Schnittke, sont morts dans les années qui suivirent la fin de l’Union soviétique mais que Sofia Gubaidulina, émigrée en Allemagne, continue de jouir d’une célébrité mondiale jusqu’à nos jours. Précisément, le fil conducteur de l’étude consiste à montrer combien le destin de ces trois anticonformistes fait partie de l’histoire de la musique, mais aussi plus généralement de l’histoire politique et culturelle de l’Union soviétique poststalinienne, plus souvent appelée ici la période « tardive » du socialisme soviétique. Cependant, le fait qu’on se rapprochait de la fin était alors, comme on le sait, loin d’être une évidence. Le titre de l’ouvrage que l’anthropologue Aleksei Yurchak a consacré à la même période et qui reste la pierre de touche de tout travail abordant les comportements culturels des Soviétiques depuis l’ère brezhnévienne jusqu’au chaos libérateur de la Perestroïka, l’a définitivement résumé : Everything Was Forever, Until It Was No More. The Last Soviet Generation.Le titre choisi par Boris Belge insiste quant à lui sur la notion de modernité. Il fait écho au caractère avant-gardiste de compositeurs largement censurés par les autorités culturelles soviétiques, avant que la Troïka ne soit intensément programmée, de la Perestroïka gorbatchévienne aux années qui suivirent la chute de l’URSS. 


Olivier Dard et Ana Isabel Sardinha-Desvignes, Célébrer Salazar en France (1930-1974). Du philosalazarisme au salazarisme français,

Ouvrages | 14.02.2019 | Cécile Gonçalves

Olivier Dard, professeur d’histoire contemporaine à l’Université Paris-Sorbonne, spécialiste des droites radicales et Ana Isabel Sardinha-Desvignes, maîtresse de conférences à l’Université de Sorbonne Nouvelle-Paris III, spécialiste des droites portugaises, notamment de l’intégralisme lusitanien, proposent une très bonne synthèse sur ce qu’a pu être la « salazaromanie » dans certaines branches de la droite conservatrice et radicale françaises. Tout au long de leurs 326 pages riches en sources et fort bien documentées, ils dressent les portraits des nombreux thuriféraires et admirateurs du régime portugais tels que Maurice Martin du Gard, Maurice Maeterlinck, François Mauriac, Jacques Maritain, et d’autres encore, qui se sont rendus au Portugal bien souvent sur invitation du régime. « Tous, écrivent les auteurs, éprouvent le même type d’émerveillement semblant s’emparer de tous ceux qui, depuis 1934, rendent visite au ‘‘grand homme’’» (p. 133). Si l’historiographie portugaise a, depuis l’étude pionnière de João Medina, Salazar em França, largement traité cette question, force est de constater qu’en France, en dehors de quelques articles épars, la communauté historienne ne s’y est pas intéressée. Dictateur atypique, Salazar (1889-1970), président du Conseil portugais et chef de l’Estado Novo jusqu’en 1968, demeure en effet une figure marginale dans l’abondante production nationale sur les régimes autoritaires et totalitaires. L’opus de Dard et Sardinha-Desvignes vient donc combler un vide et tente de cerner les contours de ce « philosalazarisme » dont les adeptes auraient souhaité qu’il débouchât, sur un authentique salazarisme français notamment après 1940 et la « divine surprise », pour reprendre l’expression de Maurras, de l’instauration de l’État français du Maréchal Pétain après l’occupation allemande du pays. L’ouvrage montre que le « philosalazarisme » tient une place non négligeable dans l’histoire politique et intellectuelle française contemporaine. Il offre au lecteur non lusophone une histoire des réceptions et transferts des idées à travers le maillage des circulations et réseaux à l’œuvre entre les bords du Tage et de la Seine, surtout après 1945 et la chute des forces de l’Axe où les exilés français installés dans la capitale portugaise sont assez nombreux.


Jean-Claude Daumas, La Révolution matérielle. Une histoire de la consommation France XIXe -XXe siècles,

Ouvrages | 12.02.2019 | Marie-Emmanuelle Chessel

Si les travaux sur la consommation se sont multipliés depuis les années 1990, en France et ailleurs, il n’existait pas encore de grand ouvrage de synthèse relatif à l’histoire de la consommation en France. Le livre de Jean-Claude Daumas, qui était attendu et qui fait presque 600 pages, répond parfaitement à cet objectif et deviendra sans aucun conteste une référence, tout comme celui de Lizabeth Cohen pour les États-Unis (A Consumers’ Republic) ou celui de Frank Trentmann pour l’Europe (Empire of Things).


Stephen W. Sawyer, Adolphe Thiers. La contingence et le pouvoir,

Ouvrages | 12.02.2019 | Nadine Vivier

Est-il un homme politique plus controversé qu’Adolphe Thiers (1797-1877) ? Sa très longue présence sur la scène politique des années 1820 à 1873 et même 1877, dans un contexte politique très mouvementé, a donné lieu à des attaques de ses multiples opposants. Et pourtant il eut droit à des funérailles nationales très suivies, beaucoup de villes consacrèrent une rue au fondateur de la Troisième République, avant que le XXe siècle ne l’oublie ou même l’efface. Les historiens aussi l’ont délaissé et la biographie que Pierre Guiral lui a consacrée en 1986, travail impartial, n’y a rien fait, le discrédit de Thiers persiste. Dans les années 1980, au temps où l’on redécouvrait les libéraux du début du XIXe siècle, ses homologues Tocqueville, Cousin, Guizot, il n’apparaissait qu’à l’arrière-plan ; il conserve l’image d’un homme suranné. Comment comprendre cela ?


David Bellamy (dir.), Max Lejeune 1909-1995. Carrière politique d’un Picard,

Ouvrages | 12.02.2019 | Gilles Candar

Max Lejeune connut-il le bonheur en politique ? En tout cas, sa carrière politique fut longue et sans grandes traverses électorales. Il ne rencontra la défaite qu’en toute fin de parcours et à une seule occasion. Il est probable qu’il détint et détient encore plusieurs records de longévité. Il représenta un cas exemplaire de cumul des mandats et responsabilités puisqu’il fut député de la Somme de 1936 à 1940 et de 1945 à 1977, sénateur de 1977 à 1995, président du conseil général sitôt élu dans son canton (1945-1988), brièvement président du conseil régional de Picardie (1978-1979) auquel il appartint de 1973 à 1983, maire d’Abbeville (1947-1989), simple conseiller municipal d’opposition (1989-1995). Ironie du sort, ce furent des règlements de compte internes à son camp qui provoquèrent son seul échec lors des élections municipales de 1989 face à une liste de gauche, une gauche que localement il avait longtemps représentée.


Bruno Cabanes (dir.), Une histoire de la guerre. Du XIXe siècle à nos jours,

Ouvrages | 12.02.2019 | Guillaume Piketty

Dirigé par Bruno Cabanes, et coordonné par Thomas Dodman, Hervé Mazurel et Gene Tempest, ce gros volume de quelque huit cents pages est appelé à faire date. Ainsi que le précise d’emblée Bruno Cabanes dans son texte d’ouverture, il s’agit d’« une histoire de la guerre » et non pas d’un livre retraçant l’histoire de la guerre. Les concepteurs de l’ouvrage ont résolument opté, et l’on ne saurait trop les en louer, pour une approche thématique qui met l’accent sur le phénomène guerrier dans son ensemble davantage que sur les considérations strictement militaires, voire diplomatiques et de relations internationales, qui s’intéresse aux non-combattants autant qu’aux combattants, qui, en bref, et ainsi que le souligne également Bruno Cabanes, envisage la guerre comme « un fait social total » doublé d’un « acte culturel ». La réflexion ainsi proposée porte sur près de deux siècles et demi puisqu’elle s’ouvre sur les guerres révolutionnaires pour s’achever, provisoirement, sur les conflits en cours au début du XXIe siècle. Elle se développe, autant que possible compte tenu de l’état des savoirs, dans une perspective mondiale. Surtout, elle fait la part belle aux nouvelles approches du phénomène guerrier qui, depuis une bonne quarantaine d’années, ont fait florès et permis un renouvellement substantiel des perspectives et, partant, des connaissances.


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  • ISSN 1954-3670