Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

Richard Ivan Jobs, Backpack Ambassadors : How Youth integrated Europe,

Ouvrages | 21.12.2017 | Max Likin

Cette histoire du tourisme international de la jeunesse européenne d’après-guerre fait suite à un premier ouvrage sur la jeunesse française d’après-guerre – Riding The New Wave : Youth and the Rejuvenation of France – publié par Stanford University Press en 2007. Dans son premier livre, Richard H. Jobs analysait la création d’une culture de la jeunesse durant le remarquable essor économique de la France des années 1950. À la triade classique de race, classe, et genre, Riding the New Wave insistait sur une nouvelle catégorie — la jeunesse – comme un aspect essentiel de la reconversion de la France après les années noires, et la place subtile de celle-ci entre culture populaire et politique. Cette étude d’une reconstruction de la culture examinait les deux pôles de la reconstruction d’une identité nationale entre « la promesse de la jeunesse » et « le problème de la jeunesse », les deux parties principales du livre. Quand les adolescents protestaient à la fin des années 1940 et pendant les années 1950, ils étaient souvent immédiatement perçus comme de petits délinquants : n’ayant pas vraiment connu la guerre ou fait de la Résistance, leurs opinions étaient inévitablement détestables, fruit d’illusions naïves et produit néfaste de bandes dessinées comme TarzanLa jeunesse oui, mais les jeunes non, ceux-ci n’existant pas en tant qu’interlocuteurs valables. Jobs est véritablement un historien de « l’entrée en scène » de cette jeunesse durant la deuxième moitié du XXe siècle. L’on peut, dans cet ordre d’esprit, parler de la sortie de scène d’autres acteurs de l’histoire, par exemple, les syndicalistes encore influents en 1945.


Noëlline Castagnez, Frédéric Cépède, Gilles Morin et Anne-Laure Ollivier (eds.), Les socialistes français à l'heure de la Libération. Perspectives française et européenne (1943-1947)

Ouvrages | 21.12.2017 | Philip Nord

This volume, a collection of twenty essays, originated in a 2014 conference sponsored by l’Office universitaire de recherche socialiste (OURS) to reflect on the promise and achievements of French socialism at the Liberation. A number of the authors (Jens Späth, Christine Vodovar, Gérard Bossuat, and Gilles Vergnon) make an effort to set France’s experience in a wider, European context, and the findings that result are interesting. In Great Britain and Scandinavia, socialists took charge, imposing a legislative agenda that was transformative. This was less the case elsewhere, however, socialists finding themselves elbowed aside by others: communists, Christian democrats, and self-styled technocrats. This is what happened in France. Many of the essays open with a citation from Léon Blum, speaking in 1945 on his return from Buchenwald. Socialism, he proclaimed, was maître de l’heure.” Yet, just as many conclude with talk of a rendez-vous manqué,” thus tracing an arc of initial hope and eventual disappointment. The editors, as well as Nicolas Roussellier’s thoughtful conclusion, try to put a good face on it. There were frustrations in the immediate postwar years, which prefigured hard times for the SFIO in the 1950s and 1960s, and those hard times did come. At the same time, there were positive signs—a more mature understanding of how the State worked as well as deepening commitments to welfare institutions and the idea of Europe—, which in the long run paved the way for the party’s ultimate rebirth at Épinay in 1971. But that glimmer of light at the end of the tunnel is a faint one, and the volume’s overall tone is distinctly downbeat.


Raphaël Spina, Histoire du STO,

Ouvrages | 21.12.2017 | Gilles Vergnon

L’ouvrage de Raphael Spina sur le Service du travail obligatoire (STO), issu d’une thèse soutenue en 2012 sous la direction d’Olivier Wieviorka, permet enfin de disposer d’une vision d’ensemble sur « l’inconnu le plus célèbre des années noires ». Non que le STO n’ait jamais été étudié : on disposait déjà de monographies locales et régionales (région lyonnaise, Lorraine…) et de la thèse du regretté Patrice Arnaud sur les requis en Allemagne. Mais il manquait une synthèse qui prenne en compte l’histoire des modes successifs de prélèvements de main-d’œuvre – du volontariat aux trois « Actions Sauckel » de réquisition en passant par la « Relève » –, l’impact sur l’économie et la société françaises, l’interaction avec la Résistance, le « grand dépaysement» du travail dans les entreprises du Reich, jusqu’aux batailles de mémoire menées – et perdues ‑ par la Fédération nationale des déportés du travail (FNDT) pour la reconnaissance des anciens du STO comme « déportés du travail ». 


Anne Applebaum, Rideau de fer. L’Europe de l’Est écrasée, 1944-1956,

Ouvrages | 21.12.2017 | Michel Christian

Depuis sa parution en 2014, l’ouvrage d’Anne Applebaum a rencontré un écho public non négligeable. Dans le sillage d’un Timothy Snyder, elle ambitionne d’y réécrire l’histoire des pays d’Europe centrale, cette fois pour la période stalinienne, en renouvelant à la fois les questions et les sources. La nouveauté de la démarche tient pour l’auteure à sa relecture de l’interprétation totalitariste traditionnelle : loin d’être un simple « modèle », le totalitarisme peut se révéler un outil de « description empirique utile et nécessaire » (p. 23), à condition d’étudier le « totalitarisme réel », c’est-à-dire la mise en œuvre du projet politique totalitaire avec tous ses effets sur la société – « non pas le totalitarisme en théorie, mais le totalitarisme en pratique » (p. 38). Dans ce but, l’auteure se concentre sur trois pays d’Europe centrale : l’Allemagne occupée par les Soviétiques, la Pologne et la Hongrie, dont la comparaison peut se révéler potentiellement féconde du fait de leurs profils très différents en 1945. Chacun des dix-huit chapitres du livre, regroupés en deux parties principales, s’appuie sur un très grand nombre de lectures, généralement mais pas systématiquement complétées par des références à des archives, à des mémoires ou à des entretiens réalisés par l’auteure. Le propos est servi par un indéniable talent pour la mise en récit, qui fait que l’ouvrage se lit souvent « comme un roman ».


Catherine Collomp, Résister au nazisme. Le Jewish Labor Committee, New York, 1934-1945,

Ouvrages | 10.11.2017 | Zoé Grumberg

CNRS Editions, 2016L’ouvrage de Catherine Collomp vient combler une lacune. L’histoire du Jewish Labor Committee (JLC), formation socialiste américaine fondée à New York en 1934 « pour lutter contre le nazisme et l’antisémitisme en Europe et contre leurs répercussions aux États-Unis » (p. 5), est en effet restée dans l’ombre à de rares exceptions près. Comment expliquer un tel silence, alors que le JLC a participé, à son échelle, à la lutte contre le nazisme, au sauvetage de syndicalistes et de Juifs, et à la reconstruction de la vie juive européenne après-guerre ? On pourrait l’expliquer par la petite envergure de l’œuvre du JLC, « liée à la base sociale de son financement ainsi qu’à la mesure pragmatique des réalisations qu’il pouvait réaliser » (p. 15), contrairement à des organisations comme l’American Jewish Joint Distribution Commitee (JOINT) qui ont fait l’objet de plusieurs études historiques. Mais Catherine Collomp l’écrit : cela « ne justifie pourtant pas un oubli ou un intérêt réduit » (p. 15).


Retour sur l’exposition “World War I and the Visual Arts”

Expositions | 10.11.2017 | Anastasia Simoniello

Pour commémorer « l’anniversaire de la Première Guerre mondiale », ou plus exactement le centenaire de l’entrée dans le conflit des États-Unis, le Metropolitan Museum of Art de New York (MET) interroge, jusqu’au 7 janvier 2018, la représentation de cet événement historique dans les arts visuels, depuis le déclenchement de la guerre jusqu’au dixième anniversaire de l’armistice. Dans cette optique, les commissaires de l’exposition « World War I and the Visual Arts » ont principalement exploité les collections du musée, enrichies cependant de quelques prêts. Ce choix semble a priori pertinent tant l’accrochage thématique de collections est compliqué à réaliser. Car en partant d’un ensemble d’œuvres inextensible, la pensée est limitée par ce paramètre qui oblige parfois les commissaires à éluder des questions essentielles, quand il ne les contraint pas à dénaturer le propos de certaines créations pour qu’elles puissent se conformer au sujet de l’exposition et ainsi l’étoffer. Malheureusement, dans le cas de « World War I and the Visual Arts », c’est une autre limite qui pourrait nous conduire à déplorer un manque d’œuvres : trois salles de tailles modestes ont été investies alors que l’ambition affichée imposait un espace plus important.


Mathieu Fulla, Les socialistes français et l’économie (1944-1981), Une histoire économique du politique,

Ouvrages | 31.10.2017 | Gerassimos Moschonas

Presses dd Sciences Po, 2016Le stéréotype d’incompétence économique suit le socialisme français comme son ombre. Ce stéréotype est le point de départ du livre de Mathieu Fulla. L’objectif central de l’ouvrage – issu d’une thèse d’histoire sous la direction de Marc Lazar – est l’étude de la contribution de l’expertise économique à la production du discours économique des socialistes français dans la période qui s’étend de 1944 à la victoire de François Mitterrand en 1981. L’ouvrage, centré sur « cette zone d’ombre historiographique et chronologique » (p. 25), aspire à combler un vide de recherche, les travaux sur les politiques économiques portant surtout sur les périodes gouvernementales socialistes – notamment sur celles du Front populaire et des années Mitterrand. L’angle d’approche choisi est original : percer les secrets de fabrication de l’identité socialiste en matière économique en resserrant la focale « sur l’acteur clé de la "salle des machines" : l’expert engagé » (p. 28-29).


Fabien Théofilakis, Les Prisonniers de guerre allemands. France, 1944-1949,

Ouvrages | 31.10.2017 | David Mastin

Fayard, 2014L’ouvrage de Fabien Théofilakis se présente sous la forme dun livre dense, fort de 573 pages. Le texte, version remaniée de la thèse de lauteur, saccompagne dun appareil critique considérable, de presque deux cents pages de notes, annexes, sources, index et bibliographie raisonnée, auxquelles il faut ajouter un cahier central dillustrations et une cartographie soignée. Nul doute que cet opus sadresse à un lectorat patient et spécialiste. On ne sort pas déçu de cette lecture.


Philip Nord, Le New Deal français,

Ouvrages | 30.10.2017 | Sarah Kolopp

Perrin, 2016Le capitalisme d’État « à la française » a fait couler beaucoup d’encre outre-Atlantique. Il a suscité l’interrogation des politistes, perplexes face à un « cas » échappant à leurs classifications traditionnelles – une « anomalie » théorique, comme le dit Vivien Schmidt –, et la fascination de plusieurs générations d’historiens, intrigués par l’endurance et la complexité du « modèle républicain » et de son État-providence. En retraçant la « généalogie métissée » (p. 31) de l’ordre institutionnel qui se consolide à la Libération, l’ouvrage de Philip Nord, Le New Deal français – traduction de France’s New Deal, paru en 2010 –, participe de ces réflexions. L’auteur, professeur d’histoire à l’université de Princeton, y livre une très belle analyse « des batailles de la reconstruction » (p. 397) qui marquent l’immédiat après-guerre, nourrie de fonds d’archives peu exploités (archives Coutrot, fonds Carrel, archives de l’Institut d’études politiques de Paris, archives du Centre d’études et de recherches Pierre Schaeffer). Le lecteur est conduit de la politique familiale aux écoles de pouvoir, en passant par le cinéma, le théâtre et le Plan. Philip Nord souligne à la fois la « nouvelle donne » que constitue l’expansion de l’État à la Libération, sans véritable équivalent en Europe, et en même temps la force structurante des héritages – pratiques, représentations, institutions léguées par Vichy, la Résistance, et par les guerres culturelles et économiques des années 1930. Les continuités qu’il retrace, des années 1930 aux années 1950, ne sont pas linéaires ; l’analyse fait large place aux tâtonnements, reconversions, ralliements, hésitations, apprentissages, qui caractérisent, aussi, la période.


Ronald Hubscher, Les aviateurs au combat, 1914-1918 : entre privilèges et sacrifices,

Ouvrages | 27.10.2017 | Damien Accoulon

Privat, 2016Historien du social, Ronald Hubscher a notamment travaillé sur les vétérinaires dans la société française et sur l’immigration dans les campagnes, contribuant à mieux comprendre la constitution de groupes sociaux distincts dans nos sociétés. Il s’essaie cette fois à un autre ensemble, celui des aviateurs, combattants aussi nouveaux que singuliers dans la Première Guerre mondiale.

Son enquête part de deux constats. D’abord, en dépit de l’abondance des sources écrites, l’attention de l’historiographie s’est focalisée sur les poilus qui ont en grand nombre souffert dans les tranchées, négligeant donc d’autres combattants comme ceux des airs. Ensuite, la dominante culturelle des études sur la Première Guerre mondiale aurait en partie occulté la dimension sociale du conflit et de ses acteurs, malgré certains travaux d’historiens du Collectif de recherche international et de débat sur la guerre (CRID) 14-18 que Ronald Hubscher cite, et avec lesquels il semble se trouver davantage d’affinités.


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  • ISSN 1954-3670