Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

« Chrétiens d’Orient, 2000 ans d’histoire »

Expositions | 16.02.2018 | Frédéric Abécassis

L’exposition « Chrétiens d’Orient, 2000 ans d’histoire » s’est tenue à l’Institut du monde arabe (IMA) du 26 septembre 2017 au 14 janvier 2018. La présence depuis 2016 d’une antenne de l’IMA à Tourcoing et le soutien de la Ville ont permis à cette exposition de se prolonger au musée des Beaux-Arts MUba Eugène Leroy du 23 février au 11 juin 2018. C’est, à notre connaissance, la première fois que l’IMA consacre aussi explicitement une exposition à ce thème. Si l’on se réfère à l’historique des expositions passées rue des Fossés-Saint-Bernard, on trouve bien le « Liban intime » (1999), des « Peintures de Bernadette Bittar » (2011) ou bien « Les autres, Balade araméenne » (2011) qui renvoient chacune, de façon allusive, à la diversité religieuse du monde arabe, mais aucune n’avait posé les choses en termes aussi clairement confessionnels.


Aline Angoustures, Dzovinar Kévonian et Claire Mouradian (dir.), Réfugiés et apatrides. Administrer l’asile en France (1920-1960),

Ouvrages | 16.02.2018 | Delphine Diaz

L’année 2010 a vu la création du Comité d’histoire de l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides, l’Ofpra, fondé en 1952, un an après l’adoption de la convention de Genève de juillet 1951. Le Comité d’histoire de cette autorité administrative a œuvré pour accompagner l’ouverture de ses archives au public, qui étaient considérées jusqu’alors comme non communicables. Celles-ci comptent près de 10 kilomètres linéaires de documents, qui couvrent la période allant des années 1920, décennie où a été mis au point le « passeport Nansen », alors attribué à certaines catégories de réfugiés, jusqu’à aujourd’hui. Si l’on ne peut que se féliciter de l’ouverture de ces archives au public, soulignons néanmoins qu’elles ne sont communicables en règle générale qu’en observant un délai de 50 ans après la date du dernier document du dossier. Tout en facilitant l’accès à ces fonds, le Comité d’histoire de l’Ofpra a également organisé plusieurs journées d’études, en particulier celle intitulée « D’une après-guerre à l’autre : l’invention de l’Ofpra », en décembre 2014, dont les communications sont pour partie présentées dans cette publication.


Western, film de Valeska Grisebach (2017)

Films | 22.01.2018 | Martine Floch

Le dernier film de la réalisatrice allemande Valeska Grisebach est un film d’auteur. La réalisatrice a choisi de revisiter les codes du western, un genre très apprécié en Allemagne dès les années 1930, pour raconter l’arrivée dans le petit village bulgare de Petrelik d’un groupe de travailleurs allemands venus installer une centrale hydraulique visant à améliorer l’infrastructure de cette région proche de la frontière grecque, motivés en cela par des salaires alléchants.  

 

Pauline Picco, Liaisons dangereuses. Les extrêmes droites en France et en Italie (1960-1984),

Ouvrages | 22.12.2017 | Piero Ignazi

Dans l’ouvrage Liaisons dangereuses. Les extrêmes droites en France et en Italie (1960-1984), Pauline Picco confesse de manière improvisée, aux pages 143 et 144, à quel point l’étude des méandres obscurs des années de plomb s’avère désorientant. Les informations sont en effet dispersées, d’une ampleur démesurée, les sources souvent contradictoires : entre affabulations, négligences, témoignages réticents, opacité et diversions des institutions publiques. Nombreuses sont les embûches que l’analyste a dû affronter face à cette période chaotique de l’histoire italienne. Malgré cet avertissement, l’auteure réussit à rendre compte de manière exhaustive des rapports – jusqu’alors restés dans l’ombre – entre les extrêmes droites française et italienne des années 1960 aux années 1980.


Richard Ivan Jobs, Backpack Ambassadors : How Youth integrated Europe,

Ouvrages | 21.12.2017 | Max Likin

Cette histoire du tourisme international de la jeunesse européenne d’après-guerre fait suite à un premier ouvrage sur la jeunesse française d’après-guerre – Riding The New Wave : Youth and the Rejuvenation of France – publié par Stanford University Press en 2007. Dans son premier livre, Richard H. Jobs analysait la création d’une culture de la jeunesse durant le remarquable essor économique de la France des années 1950. À la triade classique de race, classe, et genre, Riding the New Wave insistait sur une nouvelle catégorie — la jeunesse – comme un aspect essentiel de la reconversion de la France après les années noires, et la place subtile de celle-ci entre culture populaire et politique. Cette étude d’une reconstruction de la culture examinait les deux pôles de la reconstruction d’une identité nationale entre « la promesse de la jeunesse » et « le problème de la jeunesse », les deux parties principales du livre. Quand les adolescents protestaient à la fin des années 1940 et pendant les années 1950, ils étaient souvent immédiatement perçus comme de petits délinquants : n’ayant pas vraiment connu la guerre ou fait de la Résistance, leurs opinions étaient inévitablement détestables, fruit d’illusions naïves et produit néfaste de bandes dessinées comme TarzanLa jeunesse oui, mais les jeunes non, ceux-ci n’existant pas en tant qu’interlocuteurs valables. Jobs est véritablement un historien de « l’entrée en scène » de cette jeunesse durant la deuxième moitié du XXe siècle. L’on peut, dans cet ordre d’esprit, parler de la sortie de scène d’autres acteurs de l’histoire, par exemple, les syndicalistes encore influents en 1945.


Noëlline Castagnez, Frédéric Cépède, Gilles Morin et Anne-Laure Ollivier (eds.), Les socialistes français à l'heure de la Libération. Perspectives française et européenne (1943-1947)

Ouvrages | 21.12.2017 | Philip Nord

This volume, a collection of twenty essays, originated in a 2014 conference sponsored by l’Office universitaire de recherche socialiste (OURS) to reflect on the promise and achievements of French socialism at the Liberation. A number of the authors (Jens Späth, Christine Vodovar, Gérard Bossuat, and Gilles Vergnon) make an effort to set France’s experience in a wider, European context, and the findings that result are interesting. In Great Britain and Scandinavia, socialists took charge, imposing a legislative agenda that was transformative. This was less the case elsewhere, however, socialists finding themselves elbowed aside by others: communists, Christian democrats, and self-styled technocrats. This is what happened in France. Many of the essays open with a citation from Léon Blum, speaking in 1945 on his return from Buchenwald. Socialism, he proclaimed, was maître de l’heure.” Yet, just as many conclude with talk of a rendez-vous manqué,” thus tracing an arc of initial hope and eventual disappointment. The editors, as well as Nicolas Roussellier’s thoughtful conclusion, try to put a good face on it. There were frustrations in the immediate postwar years, which prefigured hard times for the SFIO in the 1950s and 1960s, and those hard times did come. At the same time, there were positive signs—a more mature understanding of how the State worked as well as deepening commitments to welfare institutions and the idea of Europe—, which in the long run paved the way for the party’s ultimate rebirth at Épinay in 1971. But that glimmer of light at the end of the tunnel is a faint one, and the volume’s overall tone is distinctly downbeat.


Raphaël Spina, Histoire du STO,

Ouvrages | 21.12.2017 | Gilles Vergnon

L’ouvrage de Raphael Spina sur le Service du travail obligatoire (STO), issu d’une thèse soutenue en 2012 sous la direction d’Olivier Wieviorka, permet enfin de disposer d’une vision d’ensemble sur « l’inconnu le plus célèbre des années noires ». Non que le STO n’ait jamais été étudié : on disposait déjà de monographies locales et régionales (région lyonnaise, Lorraine…) et de la thèse du regretté Patrice Arnaud sur les requis en Allemagne. Mais il manquait une synthèse qui prenne en compte l’histoire des modes successifs de prélèvements de main-d’œuvre – du volontariat aux trois « Actions Sauckel » de réquisition en passant par la « Relève » –, l’impact sur l’économie et la société françaises, l’interaction avec la Résistance, le « grand dépaysement» du travail dans les entreprises du Reich, jusqu’aux batailles de mémoire menées – et perdues ‑ par la Fédération nationale des déportés du travail (FNDT) pour la reconnaissance des anciens du STO comme « déportés du travail ». 


Anne Applebaum, Rideau de fer. L’Europe de l’Est écrasée, 1944-1956,

Ouvrages | 21.12.2017 | Michel Christian

Depuis sa parution en 2014, l’ouvrage d’Anne Applebaum a rencontré un écho public non négligeable. Dans le sillage d’un Timothy Snyder, elle ambitionne d’y réécrire l’histoire des pays d’Europe centrale, cette fois pour la période stalinienne, en renouvelant à la fois les questions et les sources. La nouveauté de la démarche tient pour l’auteure à sa relecture de l’interprétation totalitariste traditionnelle : loin d’être un simple « modèle », le totalitarisme peut se révéler un outil de « description empirique utile et nécessaire » (p. 23), à condition d’étudier le « totalitarisme réel », c’est-à-dire la mise en œuvre du projet politique totalitaire avec tous ses effets sur la société – « non pas le totalitarisme en théorie, mais le totalitarisme en pratique » (p. 38). Dans ce but, l’auteure se concentre sur trois pays d’Europe centrale : l’Allemagne occupée par les Soviétiques, la Pologne et la Hongrie, dont la comparaison peut se révéler potentiellement féconde du fait de leurs profils très différents en 1945. Chacun des dix-huit chapitres du livre, regroupés en deux parties principales, s’appuie sur un très grand nombre de lectures, généralement mais pas systématiquement complétées par des références à des archives, à des mémoires ou à des entretiens réalisés par l’auteure. Le propos est servi par un indéniable talent pour la mise en récit, qui fait que l’ouvrage se lit souvent « comme un roman ».


Catherine Collomp, Résister au nazisme. Le Jewish Labor Committee, New York, 1934-1945,

Ouvrages | 10.11.2017 | Zoé Grumberg

CNRS Editions, 2016L’ouvrage de Catherine Collomp vient combler une lacune. L’histoire du Jewish Labor Committee (JLC), formation socialiste américaine fondée à New York en 1934 « pour lutter contre le nazisme et l’antisémitisme en Europe et contre leurs répercussions aux États-Unis » (p. 5), est en effet restée dans l’ombre à de rares exceptions près. Comment expliquer un tel silence, alors que le JLC a participé, à son échelle, à la lutte contre le nazisme, au sauvetage de syndicalistes et de Juifs, et à la reconstruction de la vie juive européenne après-guerre ? On pourrait l’expliquer par la petite envergure de l’œuvre du JLC, « liée à la base sociale de son financement ainsi qu’à la mesure pragmatique des réalisations qu’il pouvait réaliser » (p. 15), contrairement à des organisations comme l’American Jewish Joint Distribution Commitee (JOINT) qui ont fait l’objet de plusieurs études historiques. Mais Catherine Collomp l’écrit : cela « ne justifie pourtant pas un oubli ou un intérêt réduit » (p. 15).


Retour sur l’exposition “World War I and the Visual Arts”

Expositions | 10.11.2017 | Anastasia Simoniello

Pour commémorer « l’anniversaire de la Première Guerre mondiale », ou plus exactement le centenaire de l’entrée dans le conflit des États-Unis, le Metropolitan Museum of Art de New York (MET) interroge, jusqu’au 7 janvier 2018, la représentation de cet événement historique dans les arts visuels, depuis le déclenchement de la guerre jusqu’au dixième anniversaire de l’armistice. Dans cette optique, les commissaires de l’exposition « World War I and the Visual Arts » ont principalement exploité les collections du musée, enrichies cependant de quelques prêts. Ce choix semble a priori pertinent tant l’accrochage thématique de collections est compliqué à réaliser. Car en partant d’un ensemble d’œuvres inextensible, la pensée est limitée par ce paramètre qui oblige parfois les commissaires à éluder des questions essentielles, quand il ne les contraint pas à dénaturer le propos de certaines créations pour qu’elles puissent se conformer au sujet de l’exposition et ainsi l’étoffer. Malheureusement, dans le cas de « World War I and the Visual Arts », c’est une autre limite qui pourrait nous conduire à déplorer un manque d’œuvres : trois salles de tailles modestes ont été investies alors que l’ambition affichée imposait un espace plus important.


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  • ISSN 1954-3670