Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

« Gilles Martinet : un parcours intellectuel et politique à gauche »

Colloques | 07.07.2017 | Thomas Maineult

© Sciences Po Centre d'histoire,  2016.Le colloque qui s’est tenu à Sciences Po le 22 mars 2016 a étudié dans ses différentes dimensions le parcours intellectuel et politique d’une figure importante de la gauche française : Gilles Martinet. Marc Lazar a introduit ce colloque en rappelant la concomitance de plusieurs dates : 1916, année de la naissance de Gilles Martinet ; 2006, année de sa mort ; et 1995-1996, date de la remise des archives de Gilles Martinet au Centre d’histoire de l’Europe du Vingtième siècle (CHEVS) alors dirigé par Pierre Milza. Marc Lazar a ensuite posé les jalons du parcours de Gilles Martinet, depuis son adhésion au communisme à l’âge de 17 ans jusqu’aux procès de Moscou, puis de son passage en tant que journalise chez Havas à son poste de rédacteur en chef à l’AFP après la guerre. Dirigeant la Revue internationale avec Pierre Naville, il créa L’Observateur en 1950 avec Roger Stéphane et Claude Bourdet, et appartint au courant de la nouvelle gauche, à l’Union de la gauche socialiste (UGS), puis au Parti socialiste unifié (PSU). Il entra au Parti socialiste (PS) en 1972, d’abord au sein du Centre d’études, de recherches et d’éducation socialiste (CERES), puis dans le courant rocardien. Sa carrière se poursuivit au Parlement européen. Gilles Martinet fut également directeur de la revue Faire. Ambassadeur de France en Italie de 1981 à 1984, il enseigna ensuite à l’ENA (1984-1990). Proche de la Fondation Saint-Simon, son intérêt se focalisa sur l’Europe (avec la revue Nouvelle Europe). Mais comment se situait-il par rapport au marxisme, au communisme, au socialisme ? Comment concilier une volonté de changement radical et les possibilités de réalisation de ce même changement ? Il s’agissait donc, lors de ce colloque, de repérer les invariants et les évolutions du parcours intellectuel et politique de Gilles Martinet, tout en les contextualisant.


Julie Maeck, Matthias Steinle (dir.), L’image d’archives. Une image en devenir,

Ouvrages | 08.06.2017 | Martine Floch

Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. «Histoire», 2006, 336 p.Les images d’archives ou dites d’archives sont omniprésentes dans notre culture visuelle et sont, depuis les années 1980, l’objet de multiples études et publications concernant leurs fonctions, leurs formes d’usage et de réemploi et leur avenir dans l’univers numérique. Le vocable est utilisé massivement par les médias et l’historiographie. C’est précisément là que l’ouvrage L’image d’archives. Une image en devenir trouve son origine : dans la volonté de définir précisément et scientifiquement ce vocable. Car « on ne naît pas image d’archives, on le devient » (François Niney, p. 44). Chaque image est une image potentielle, « une belle au bois des archives dormantes », quun prince – si l’on file la métaphore – transformera en image-document dès lors qu’il s’en saisira. Partant de ce postulat, il convient d’interroger ce potentiel archivistique de l’image : comment une image devient-elle document d’archives et pourquoi certaines images échappent-elles à cette qualification ? Pourquoi peut-on affirmer que La Joconde (1503) ne sera jamais une image d’archives mais que l’image emblématique du garçon aux mains levées, prise en 1943 au ghetto de Varsovie, en est une ?


Emmanuel Jousse, Les hommes révoltés. Les origines intellectuelles du réformisme en France (1871-1917)

Ouvrages | 08.06.2017 | Gilles Candar

Paris, Fayard, « Histoire », 468 p.Ce livre porte un titre un peu étrange, vite explicité par son auteur : les hommes révoltés renvoient aux « réformistes intransigeants » évoqués par Camus lorsqu’il prépare L’homme révolté. Ces hommes et ces femmes ont en commun de vouloir changer le monde en refusant la violence et la limitation des libertés, ce qui les fait placer par Camus sous le patronage de Tolstoï, le grand écrivain tant admiré par Jaurès… L’appellation a le mérite de sortir les personnalités et les doctrines étudiées de la gangue terminologique « réformiste » devenu un passe-partout de la vie politique.


Max Schiavon, Mussolini, un dictateur en guerre,

Ouvrages | 08.06.2017 | Philippe Foro

Paris, Perrin, 2016, 250 p.Les grands dirigeants politiques ayant conduit leur pays en guerre ont, bien sûr, bénéficié de biographies de qualité. Mais les études portant sur la manière dont ils ont exercé « l’art militaire » sont plus rares. Il convient de citer celles de Gert Bucheit, Hitler chef de guerre publiée chez Arthaud en 1961, de Philippe Masson qui, sous le même titre, publie un ouvrage chez Perrin en 2005, de François Kersaudy, Churchill, stratège passionné, livre paru chez Tallandier en 2016. Max Schiavon, spécialiste de l’histoire militaire, déjà l’auteur d’une étude de la campagne des Alpes en juin 1940, d’une biographie du général Georges, d’une intéressante synthèse sur l’Autriche-Hongrie pendant la Première Guerre mondiale, nous propose un ouvrage consacré à Mussolini chef de guerre sous le titre Mussolini, un dictateur en guerre.


Olivier Feiertag, Michel Margairaz (dir.), Les banques centrales et l’État-nation. The Central Banks and the Nation-State,

Ouvrages | 23.05.2017 | Laurent Warlouzet

Presses de Sciences Po, 2016La très active Mission historique de la Banque de France livre un nouvel opus à travers cette étude collective sur « les banques centrales et l’État-nation » couvrant deux siècles. Les vingt-cinq contributions en français et en anglais qui rythment ces presque 700 pages sont encadrées par deux chapitres introductifs et conclusifs relativement courts mais incisifs et surtout complémentaires, dus aux deux animateurs de la Mission, Olivier Feiertag et Michel Margairaz. Joints à l’index, ils apportent une transversalité bienvenue, même si cet ouvrage est plus qu’une juxtaposition de cas d’études isolés.


Silence, directed by Martin Scorsese. On the Crossroads of History and Fiction

Films | 23.05.2017 | Hitomi Omata Rappo

Silence, directed by Martin Scorcese. On the Crossroads of History and FictionThe Martin Scorsese film Silence is a fairly faithful adaptation of a novel of the same name written by the Japanese writer Endō Shūsaku (1923-1996) in 1966. Previous academic reviews of this film have provided excellent hindsight into the historical background surrounding the events it depicts. However, while the book Silence is based on some research, above all, it is a work of fiction; that is, historical elements are largely adapted to fit the purpose of the story.

As one can infer from Endō’s various testimonies and also from Scorsese’s foreword found in a recent English edition, both the book and the film were designed to present a spiritual theme : to show the challenges of faith in the modern world. Scorsese considers these challenges as a whole. Endō focusses on the particular challenges for a Japanese Christian. In this review, we will not only present, briefly, the historical context around Silence, but also assess Endō’s and Scorsese’s motives. In each case, we will consider how their motives had an impact on their depictions of history.


Jean-Noël Jeanneney, Un Attentat. Petit-Clamart, 22 août 1962,

Ouvrages | 23.05.2017 | Andrew Knapp

The writer Frederick Forsyth, formerly Paris correspondent for The Observer, once recalled that the Paris press corps spent the summer of 1962 waiting for someone to take a shot at de Gaulle. They stopped waiting on the evening of 22 August. As the General’s Citroën DS sped from the Élysée through the Paris suburb of Petit-Clamart on its way to Villacoublay aerodrome, a group of thirteen men led by the Air Force lieutenant-colonel Jean-Marie Bastien-Thiry opened fire on the presidential convoy. Over 150 spent cartridges were found on the scene. Eight bullets pierced the coachwork of the presidential car. Two more punctured a tyre each. But the convoy of two cars and two motorcycles drove through to Villacoublay, drivers and passengers unhurt. In Petit-Clamart, a TV and radio salesroom was sprayed with bullets; it had shut ten minutes before. So was the terrace of Le Trianon café –on its weekly closing day. One bullet hit a Panhard travelling in the opposite direction to the president’s car; a plastic splinter from the steering-wheel cut the thumb of its driver, Guy Fillon. In all, the attack caused three casualties, all indirect: the gendarmerie commander in charge of de Gaulle’s security in the Haute-Marne, who suffered a stroke on hearing the news and died the next day; a major Niaux, wrongly rounded up as a suspect, who committed suicide in a police cell; and Bastien-Thiry himself, caught in September, tried with the other conspirators by a military court, and shot on 11 March 1963, de Gaulle having refused to commute the sentence.


Jean-Michel Guieu, Gagner la paix (1914-1929),

Ouvrages | 11.05.2017 | Christophe Bellon

Paris, Éditions du Seuil, coll. «L’Univers historique», 2015, 535 p. Le 11 novembre 1918, les Alliés, vainqueurs de la guerre, réagissent avec liesse à l’annonce de l’Armistice. La population légitimement enjouée célèbre alors la fin du premier conflit mondial. Mais la paix se substitue-t-elle pour autant à la guerre ? Rien n’est moins sûr et les années qui suivent vont montrer précisément les difficultés de sa mise en place. Clemenceau, clairvoyant bien qu’heureux de se voir fêté en « Père la Victoire », ne dit pas autre chose : « Nous avons gagné la guerre, mais maintenant il va falloir gagner la paix, et ce sera peut-être plus difficile. »

Maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Paris 1, Jean-Michel Guieu le montre avec brio au fil d’une très solide étude que les éditions du Seuil consacrent à cette période de l’histoire contemporaine de la France, coincée entre les débuts de la Grande Guerre et les prémices de la crise économique mondiale, en 1929. La difficulté de construire la paix y apparaît clairement développée. Ce défi est relevé par l’auteur avec d’autant plus de mérite que cette période du premier tiers du XXe siècle a déjà été largement étudiée par les plus illustres de nos historiens français. Autre mission accomplie : celle de synthétiser, et de dépasser l’approche historiographique de la guerre qui, en période de commémoration du centenaire des combats, regorge pourtant de références en publications diverses. La démonstration de l’auteur reste de bout en bout très convaincante. L’historien de la paix a su fonder son propos et ses propres convictions sur une bibliographie précise, renouvelée et abondante, dont l’accès est facilité par une citation directe dans le texte.


Caroline Rolland-Diamond, Black America. Une Histoire des luttes pour l’égalité et la justice,

Ouvrages | 25.04.2017 | Norbert Finzsch

Éditions La Découverte, 2016A couple of years back I taught American History at the Université Bordeaux III (Michel Montaigne) as a visiting professor. Among other things I taught a lecture class on African American History in French (not an easy task for someone who is used to speaking and writing in English) and I realized that there was, at the time, no comprehensive French text on the subject matter at hand. As a consequence, I had to translate my own, co-authored book into a stumbling French. In 2013, this lacuna was closed by the publication of a book by Anne Méténier, constituting the very first wide-ranging approach to African American history. Today we look at another attempt to summarize the history of Black Americans, this time focusing not their resistance under the conditions of Chattel Slavery, but on their general struggle from the 19th to the 21st centuries. In a way, this book is the perfect successor to Anne Météniers work. It is comprehensive, well written, contains just enough details and focusses on the main actors and events of the period under consideration.


« Kollektsia ! Art contemporain en URSS et en Russie. 1950-2000 »

Expositions | 10.04.2017 | Natalia Prikhodko

L’exposition « Kollektsia ! Art contemporain en URSS et en Russie. 1950-2000 » qui s’est tenue au Centre Pompidou a été le point de rencontre entre plusieurs histoires importantes : celle de l’art contemporain russe, de ses études et de son institutionnalisation ; celle du Centre Pompidou qui fête en 2017 ses 40 ans et revient sur son origine et son avenir, sur ses missions et ses engagements auprès des publics et des artistes ; enfin celle des politiques culturelles d’aujourd’hui marquées par les débats sur le rôle de l’État, des collectionneurs, des institutions publiques et privées dans le processus culturel.

L’exposition a présenté un don impressionnant de plus de 250 œuvres de l’art soviétique et russe des années 1950 jusqu’à nos jours qui intègrent la collection du Musée national d’art moderne (MNAM). Ces œuvres ont pu être réunies grâce au soutien de la Fondation Vladimir Potanine qui les a achetées aux artistes, héritiers ou autres propriétaires, pour ensuite les donner au Centre Pompidou, démarche très vite suivie par certains collectionneurs russes qui ont décidé de se séparer de quelques-unes de leurs œuvres au profit de l’institution française. Inaugurée le 14 septembre 2016, cette exposition a ouvert le deuxième volet le 27 février 2017 : inspirés par cette initiative, les collectionneurs et les familles des artistes ont en effet proposé de nouveaux dons.


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  • ISSN 1954-3670