Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

Sylvain Brunier, Le bonheur dans la modernité. Conseillers agricoles et agriculteurs (1945-1985),

Ouvrages | 30.07.2019 | Laurent Herment

L’ouvrage de Sylvain Brunier procède du remaniement profond de sa thèse, soutenue en 2012, Conseillers et conseillères agricoles en France (1945-1983) : l'amour du progrès aux temps de la « révolution silencieuse ».

En s’intéressant au destin de la profession de conseiller agricole, Sylvain Brunier nous offre un récit décalé de la modernisation de l’agriculture française sur la période 1945-1990. En effectuant ce pas de côté, l’auteur nous permet d’entrevoir les grands enjeux de la modernisation agricole au prisme d’une profession méconnue qui a pourtant activement participé à ce processus. L’essentiel de la démonstration très convaincante de l’auteur repose sur l’analyse de l’activité des conseillers agricoles en Isère et en Savoie. La diversité des systèmes agraires du premier département lui permet de rendre compte des scansions de la politique agricole entre 1945 et 1985, de la redéfinition des rôles des conseillers agricoles et de leur perte d’influence progressive.


Massimo Asta, Girolamo Li Causi, un rivoluzionario del Novecento. 1896-1977,

Ouvrages | 30.07.2019 | Michele Di Donato

Girolamo Li Causi (1896-1977) fut un dirigeant du Parti communiste italien (PCI). Sicilien, son nom est principalement lié, dans la mémoire publique, à son rôle de secrétaire régional du parti dans les années troubles de l’après-Seconde Guerre mondiale. La biographie que Massimo Asta lui consacre s’ouvre par une image évoquant cette période. En septembre 1944, Li Causi est victime d’un attentat perpétré sur la place principale du village de Villalba, dans l’arrière-pays sicilien, alors qu’il prononce un discours en narguant le chef mafieux local, Calogero Vizzini. Lorsqu’une rafale de balles et une pluie de bombes s’abat contre la tribune d’où il parle, l’homme ne cherche pas à se protéger mais reste debout face aux assaillants jusqu’à ce qu’il s’écroule, touché au genou. C’est à la suite de cet attentat, note l’auteur, que la popularité de Li Causi s’étend au-delà des milieux de la mouvance communiste et antifasciste et que le Sicilien devient un leader reconnu du mouvement paysan et de la lutte contre la mafia.


Christine Mussard, L’obsession communale. La Calle, un territoire de colonisation dans l’Est algérien, 1884-1957,

Ouvrages | 30.07.2019 | Antoine Perrier

Christine Mussard consacre une monographie dense et vivante, issue de sa thèse, à un « territoire de l’entre-deux, qui finalement s’éternise » (p. 13), La Calle. Ville portuaire de la wilaya d’El-Tarf, à l’orée de la frontière orientale de l’Algérie avec la Tunisie, La Calle est sujette, sous la colonisation française, à un statut particulier, celui de commune mixte. Destinée aux espaces de l’intérieur algérien où la présence européenne est embryonnaire, cette organisation municipale prépare le peuplement français en agrégeant trois types de territoire : les centres de colonisation européenne, les douars habités par les Algériens sédentaires et les terres de tribus. Une fois les Algériens accoutumés à la vie municipale européenne, débarrassés de leur mode de vie tribal, la commune mixte a vocation, dans l’esprit des autorités coloniales, à devenir une commune de plein exercice. Porteuse à la fois d’un projet politique et d’une visée pratique de contrôle du territoire, la commune mixte résume les principales tendances de la situation coloniale. Christine Mussard propose d’écrire l’histoire juridique de cette institution en la confrontant aux modes d’appropriation – notion qu’elle emprunte aux géographes – des Algériens comme des Européens, pour dessiner les contours d’un « espace vécu » (p. 16). Sa trajectoire, qui prend ses origines en 1848 au moment du passage du gouvernement militaire à l’administration civile et s’achève dans le fracas de la guerre d’Algérie en 1957, est avant tout celle d’un échec. Nous mettrons en avant deux contributions principales du livre avant de souligner les perspectives ouvertes par cette thèse d’histoire politique, administrative et sociale.


Compañeros

Films | 18.06.2019 | Eric Bertin

Le 27 juin 1973, l’Uruguay est à son tour victime d’un coup d’État militaire. Le chef de l’État, le général Bordaberry du Parti colorado, démocratiquement élu, reste en fonction mais le Congrès est dissous et ce sont désormais les militaires qui contrôlent l’ensemble des pouvoirs. Pendant plus de douze ans, d’où le titre en espagnol du film de Alvaro Brechner, La noche de doce años, les Uruguayens vivent sous la terreur de la junte militaire. Avec près d’un prisonnier politique pour 450 habitants, le régime uruguayen fut l’un des plus répressifs que connut l’Amérique latine. Et pourtant, en Occident, peu de monde s’en offusqua. L’opinion publique était beaucoup plus sensible à la situation au Brésil ou au Chili. Pourquoi un tel silence ? Il est vrai que la militarisation du pays a été beaucoup plus progressive qu’ailleurs. L’idéologie de la « sécurité nationale » théorisée par le Père Joseph Comblin dans son ouvrage Le pouvoir militaire en Amérique latine s’est exprimée avec force en Uruguay. Depuis les années 1960, les militaires tenaient une place centrale dans les rouages de l’État et bénéficiaient d’une certaine impunité (assassinats d’opposants politiques, escadrons de la mort, etc.).


Comment exposer l'art soviétique ?

Expositions | 14.06.2019 | Rachel Mazuy

Si de nombreux colloques sont venus émailler les commémorations des Révolutions de 1917, il n’en a pas été de même pour la production éditoriale française qui s’est souvent contentée de rééditions. C’est encore plus vrai si on compare Londres et Paris sur le terrain des expositions commémoratives.


Laurent Gutierrez, Patricia Legris (dir.), Le Collège unique. Éclairages socio-historiques sur la loi du 11 juillet 1975,

Ouvrages | 11.06.2019 | Annie Bruter

Ce livre est issu d’un séminaire qui s’est tenu en 2015 à l’occasion du quarantième anniversaire de la loi créant le collège unique, dite « loi Haby » du nom du ministre qui la fit voter durant la présidence de Valéry Giscard d’Estaing. Ce collège unique, notre collège actuel, remplaçait les anciens collèges d’enseignement secondaire où les élèves bénéficiaient d’enseignements différents selon la filière où ils étaient affectés : il prétendait ainsi offrir à tous les élèves une égalité de parcours. L’accessibilité de nombreuses archives a permis aux membres du séminaire d’étudier plusieurs aspects de l’élaboration de la loi, de sa mise en œuvre et de ses résultats.


Evgeny Finkel, Ordinary Jews. Choice and Survival During the Holocaust,

Ouvrages | 04.06.2019 | Jan Burzlaff

La Shoah et sa mémoire nous hantent. Pourtant, parmi le déferlement massif de livres, d’expositions et de films pour lesquels une vue d’ensemble n’est même plus maîtrisable pour un spécialiste, certaines études se démarquent. Depuis une bonne dizaine d’années, la voix des victimes juives a émergé, même si la voix des femmes et des enfants fait encore parfois défaut. La plupart des récits se contentent cependant de dépeindre les expériences des survivants juifs. Ordinary Jews (Juifs ordinaires), le récent livre de Evgeny Finkel, politologue enseignant à l’antenne de la Johns Hopkins University à Washington D.C. (USA), va plus loin en analysant, par une variété de sources jusqu’ici inexplorées, comment les juifs réagissaient à la persécution puis à l’extermination. Il contribue, ce faisant, à répondre à l’une des questions fondamentales de la Shoah : comment explique-t-on les différences du taux de survie des victimes juives dans l’espace et le temps ? D’emblée, le titre évoque celui des hommes ordinaires, l’ouvrage de référence de Christopher R. Browning de 1992 qui démontrait que le bataillon 101 de la police de l’ordre (Ordnungspolizei), composé d’hommes d’âge moyen de Hambourg, avait tué environ 83 000 juifs en raison de la pression de leurs semblables, de l’obéissance à l’autorité et des circonstances de la guerre. Evgeny Finkel, qui a gagné le prix du meilleur doctorat de l’American Political Science Association, nous convie ici à une histoire au plus près des victimes au croisement de l’histoire et de la science politique. Avec une question abrupte dans sa formulation, mais particulièrement féconde pour l’historien : les juifs avaient-ils des choix face au génocide ?


Alexandre Marchant, L’impossible prohibition. Drogues et toxicomanie en France, de 1945 à nos jours,

Ouvrages | 21.05.2019 | Mariana Broglia de Moura

L’impossible prohibition est une fascinante enquête historique qui étudie la place de la France dans le mouvement plus large de renforcement de la prohibition des drogues engagé dans les années 1970, avec notamment la « guerre aux drogues » déclarée par Richard Nixon en 1971. En dix-sept chapitres et près de cinq cents pages, Alexandre Marchant explore en détail la période 1945-2017, restée jusqu’ici peu étudiée par l’historiographie des drogues en France[1]. Il déploie son enquête à de multiples niveaux, des évolutions du champ de la toxicomanie et du trafic illicite au niveau national et international à la difficile définition des politiques publiques et de leur application par les acteurs sociaux, sanitaires ou policiers. Il étudie également le rôle d’agents moins connus : militants de la contre-culture, « gros bonnets » du trafic international ou simples usagers. On ne peut être qu’impressionné par la richesse de l’ouvrage et la variété des sources mobilisées. Ce livre, issu d’une thèse de doctorat de grande importance, et que l’auteur a su rendre aussi agréable qu’un roman policier tout en maintenant sa rigueur, démêle les fils qui constituent aujourd’hui le problème des drogues au croisement de la toxicomanie et du trafic illicite.


Sylviane de Saint Seine, La Banque d’Angleterre. Une marche erratique vers l’indépendance, 1977-2007

Ouvrages | 23.04.2019 | Alexis Drach

Aux spécialistes des banques centrales, l’ouvrage de Sylviane de Saint Seine offre une perspective stimulante : celle d’une spécialiste du monde anglophone, aux méthodes et aux approches quelque peu différentes de celles des historiens et plus encore des économistes. L’ouvrage La Banque d’Angleterre. Une marche erratique vers l’indépendance ne repose pas sur une vaste enquête archivistique, et n’offre pas un récit « de l’intérieur » de la banque centrale. Mais à partir d’entretiens, de rapports publiés et de mémoires des acteurs concernés, elle livre une histoire politique de celle-ci, vue des grands partis britanniques, de leurs états-majors et des gouvernements. Elle accorde également une place importante à l’histoire des idées et aux influences extérieures au Royaume-Uni. Outre qu’il fournit une analyse complémentaire des travaux déjà existants sur la Banque d’Angleterre et l’indépendance des banques centrales, dont peu s’aventurent encore au-delà des années 1980, ce travail, issu de la thèse de doctorat de l’auteure, offre donc un regard intéressant par rapport aux approches habituelles du central banking plus centrées sur les aspects techniques et institutionnels internes des banques centrales.


Frank Georgi, L’autogestion en chantier. Les gauches françaises et le « modèle » yougoslave (1948-1981)

Ouvrages | 23.04.2019 | Michel Dreyfus

L’autogestion a fasciné une partie considérable de la gauche française allant de la Confédération française démocratique du travail (CFDT) et des chrétiens de gauche, aux trotskystes et aux libertaires, en passant par le Parti socialiste unifié (PSU), sans oublier même certains socialistes. Cette notion a eu en effet son heure de gloire en France en 1968 et dans la décennie qui suivit, avant de disparaître rapidement de la scène politique sous le premier septennat de François Mitterrand. Mais l’autogestion n’est pas née de la seule imagination des étudiants et des ouvriers français lors du joli mois de Mai. Ses origines commencent vingt ans plus tôt dans un pays qui a disparu aujourd’hui de la scène : la Yougoslavie de Tito. L’autogestion a été connue en France grâce à un transfert culturel avec ce pays. L’histoire de l’autogestion en Yougoslavie a fait l’objet de nombreux travaux et la plupart sont bien oubliés aujourd’hui. En revanche, on ne savait que fort peu de choses sur les modalités selon lesquelles l’autogestion a été défendue dans l’Hexagone par de petits milieux, le plus souvent intellectuels, avant qu’elle ne surgisse sur le devant de la scène en 1968. C’est l’objet du livre de Frank Georgi, issu de son mémoire d’habilitation à diriger les recherches.


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  • ISSN 1954-3670