Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

Łukasz Stanek, Architecture in Global Socialism : Eastern Europe, West Africa and the Middle East in the Cold War

Ouvrages | 09.06.2020 | Jérôme Bazin

Depuis la synthèse rédigée en 2011 par David Engerman, les travaux consacrés aux rapports entre le Tiers Monde et le Second Monde (le bloc socialiste) se sont multipliés. Contribution majeure à cette littérature, cet ouvrage apporte un grand nombre de sources et de pistes de réflexion à partir d’un domaine, l’architecture et l’urbanisme.

Le livre porte en effet sur les constructions dans le Tiers Monde auxquelles ont participé des personnes venant des pays socialistes d’Europe de l’Est, des années 1960 aux années 1980 – qu’il s’agisse d’un bâtiment particulier (logements, hôpitaux, écoles, stades, salles de congrès, hôtels) ou d’un plan d’aménagement d’un quartier ou d’une ville dans son ensemble. 


Relire Tardieu et le comprendre

Ouvrages | 02.06.2020 | Alain Chatriot
- André Tardieu, La paix, Paris, Perrin, 2019, préface de Georges Clemenceau, présentation de Georges-Henri Soutou, 455 p.

- André Tardieu, Le souverain captif. La révolution à refaire, Paris, Perrin, 2019, présentation de Maxime Tandonnet, 296 p.

- Maxime Tandonnet, André Tardieu. L’incompris, Paris, Perrin, 2019, 352 p.

Major au concours de l’École normale supérieure – mais où il choisit de ne pas entrer –, major au concours du Quai d’Orsay, conférencier à l’université de Harvard en 1908, ce n’est cependant pas l’image d’un intellectuel qu’a retenue la mémoire collective – qui l’a sans doute assez oublié… – et historienne de l’homme politique André Tardieu (1876-1945). Plusieurs publications en 2019 peuvent nous aider à mieux cerner une figure assez atypique de la France de la IIIe République, qui a déjà intéressé les historiens grâce à l’imposant fonds déposé aux Archives nationales sous la cote 324 AP (1 à 136) et dont le livre de François Monnet, Refaire la République. André Tardieu : une dérive réactionnaire (1876-1945) (Fayard, 1993), montrait l’intérêt d’étudier finement l’ensemble de sa trajectoire politique.


Offenser le chef de l’État en France

Ouvrages | 28.05.2020 | Alain Chatriot

L’imposant volume proposé par le professeur de droit public Olivier Beaud aborde un sujet trop méconnu de l’histoire politique française et pourtant révélateur dans la longue durée : la question des offenses au chef de l’État, étudiée entre 1870 et 2013. Le projet de l’auteur est non seulement d’éviter la réduction à l’anecdote mais aussi de montrer que par l’analyse des formes d’instruction et de jugement de ces offenses « on trouve donc l’étude des relations entre le pouvoir politique et la justice » (p. 15). Il ne s’agit pas ici de considérer ces offenses et leurs poursuites comme une simple prolongation en régime républicain des crimes de lèse-majesté mais bien de suivre au plus près une disposition inscrite dans le droit de la presse qui permet en fait de questionner l’ensemble de la représentation de l’État. L’approche du juriste ne repose pas que sur les arrêts et la jurisprudence mais trouve sa richesse dans l’exploitation de fonds d’archives (aux Archives nationales et dans des archives départementales) concernant à la fois les offenses au maréchal Pétain et celles à l’encontre de Charles de Gaulle président de la République. 


Une loi pour les archives : l’étape majeure de 1979 en France

Ouvrages | 26.05.2020 | Alain Chatriot

Si la loi du 3 janvier 1979 sur les archives a longtemps servi de cadre et était ainsi une référence connue des historiens, il faut se féliciter du fort volume qui a été publié pour son 40e anniversaire et en propose une étude de la genèse. Cette recherche a été faite dans le cadre d’un programme intitulé Mémoloi (cf. https://memoloi.hypotheses.org/) qui cherche à retracer l’histoire de plusieurs lois qui ont fait date dans l’histoire du droit du patrimoine culturel en France – deux premiers livres avaient été publiés en 2013 et 2018 à propos de la loi de 1913 sur les monuments historiques et de ses suites. L’ampleur de ce nouveau volume s’explique par les multiples approches proposées qui sont en particulier très attentives aux enjeux juridiques, et aussi par la reproduction de très nombreux documents divers et variés, allant de pages de débats parlementaires à des textes plus difficiles d’accès ou à des photos. Réunissant de nombreux auteurs, le livre est organisé en deux grandes parties : concevoir et investir. En clair : la préparation et l’application, mais le point ici n’est pas anecdotique car si la genèse de la loi n’est déjà pas simple, son histoire, comme pour toute loi, ne s’arrête bien sûr pas à sa publication au Journal officiel, cette seconde partie se révèle en effet passionnante.


Paul Vaillant-Couturier l’écrivain

Ouvrages | 24.03.2020 | Erwan Caulet

L’ouvrage Paul Vaillant-Couturier : écriture et politique publié aux Éditions universitaires de Dijon réunit les actes d’une journée d’études qui s’est tenue aux Archives départementales de Seine-Saint-Denis en juin 2018. Il a pour sujet Paul Vaillant-Couturier, une des figures du Parti communiste français de l’entre-deux-guerres (membre du Comité central, député, rédacteur en chef de l’Humanité…), finalement mal connue, faute de travaux notamment biographiques sur lui. À cet égard, le livre vient quelque peu combler cette lacune, à la fois par le contenu de certains de ses articles (de nature biographique) comme par son angle d’approche, original et en partie intime : l’analyse de ses écrits littéraires, publiés ou non.


La Llorona de Jayro Bustamante (2019)

Films | 24.03.2020 | Éric Bertin

Les dictatures latino-américaines ont toujours été une source d’inspiration pour le cinéma. Des nombreux films ont évoqué avec force « les années de plomb sud-américaines ». On pense à Costa Gavras et à son film Missing sorti en 1982 où il évoque le coup d’État du 11 septembre 1973 au Chili ou au film de l’Argentin Luis Puenzo, Une histoire officielle, sorti en salle en 1985, qui traite de la torture. Le film du Guatémaltèque Jayro Bustamante, La Llorona, s’inscrit parfaitement dans la lignée de ces films qui interrogent ce passé douloureux.


Jérôme Pozzi (dir.), De l’attachée de presse au conseiller en communication. Pour une histoire des spin doctors

Ouvrages | 17.03.2020 | Piergiorgio Bruno

Cet ouvrage dirigé par Jérôme Pozzi est issu d’une journée d’études organisée au Centre de recherche universitaire lorrain d’histoire (CRUHL), à l’université de Lorraine, le 12 mai 2016. Comme le précise dans l’introduction le directeur du volume, l’objectif de ce colloque n’était « pas de remettre en cause le travail des communicants, encore moins de juger leur action au prisme d’une quelconque échelle de valeurs, mais plutôt d’essayer d’éclairer les modalités de leur action » (p. 11). En dépit de l’image en couverture – qui représente des mains obscures tirant littéralement les ficelles d’un homme politique – et de quelques passages de la conclusion écrite par Didier Francfort relançant le couple péjoratif propagande/manipulation, l’approche revendiquée par Jérôme Pozzi, scientifiquement rigoureuse bien que critique, est suivie et développée par tous les intervenants.


Xavier Paulès, La République de Chine. Histoire générale de la Chine (1912-1949)

Ouvrages | 17.03.2020 | Philippe Barrière

Ses lecteurs sauront d’emblée gré à Xavier Paulès du salutaire choix épistémologique qui préside à l’écriture de son dernier ouvrage, lequel fait déjà date. En effet, son projet emporte immédiatement l’adhésion, qui vise à établir une généalogie de la Chine contemporaine réfutant les biais idéologiques de la version communiste de l’histoire en tournant résolument le dos à la stérile téléologie qui n’en finit pas de (re)lire les événements chinois au seul prisme de la victoire de Mao. D’autant qu’en refusant le paresseux conformisme imposé par le « vaste continent des publications historiques chinoises, figé […] dans le permafrost de l’orthodoxie maoïste » (p. 22), Xavier Paulès évite d’autres chausse-trappes, se maintenant à égale distance de cette deuxième grille d’analyse simpliste que constitue le truisme de la « modernisation ». La réalité du changement en profondeur de la Chine étant « un phénomène qui s’inscrit dans un arc chronologique beaucoup plus large que la seule période 1912-1949 » (p. 14), il est crucial de dépasser ces lectures périmées.


Catherine Davies, Transatlantic Speculations. Globalization and the Panics of 1873

Ouvrages | 10.03.2020 | Blaise Truong-Loï

La crise financière de 2007-2008 a, par son caractère inattendu, souligné les lacunes de la science économique contemporaine. Depuis, plusieurs initiatives ont vu le jour pour tenter de refonder cette discipline et lui permettre de mieux répondre aux défis du XXIe siècle. L’ouvrage de Hannah Catherine Davies montre qu’une telle dynamique n’est pas nouvelle. Tiré d’une thèse soutenue en 2015 à la Freie Universität de Berlin, il s’intéresse aux « spéculations transatlantiques des années 1870 », entendant par là à la fois la spéculation financière qui aboutit au krach de 1873 et, de manière plus originale, les « spéculations interprétatives » ayant germé dans son sillage. Par ce terme de « spéculations interprétatives », l’auteure désigne les « cadres d’analyse qu’utilisèrent les contemporains pour donner sens à la panique, la façon dont ces cadres façonnèrent les réponses politiques à la crise et ce que tout cela révèle, en retour, des représentations que les acteurs de l’époque se faisaient de l’économie mondiale et des relations économiques transnationales » (p. XI). Avec cette démarche, le livre se distingue tant de la littérature qui analyse ce que la crise de 1873 a de commun avec d’autres paniques financières que des travaux qui en étudient les conséquences sur les antagonismes politiques et sociaux. Le livre de H. C. Davies se démarque en outre des autres ouvrages qui traitent de ce moment clé du XIXe siècle par sa perspective comparée. Il déploie en effet son questionnement dans les trois pays situés à l’épicentre de la déflagration de 1873 : l’Autriche-Hongrie, l’Allemagne et les États-Unis.


Œuvres de Jean Jaurès

Ouvrages | 11.02.2020 | Nicolas Delalande

- t. IV : Le Militant ouvrier (1893-1897), édition établie par Alain Boscus, Paris, Fayard, 2017 ; 

- t. V : Le Socialisme en débat (1893-1897), édition établie par Alain Boscus, Paris, Fayard, 2018.

Lire Jaurès dans le texte, au jour le jour, comme nous y invite l’édition de ses œuvres menée sous la responsabilité de la Société d’études jaurésiennes, soulève toujours la même interrogation : comment un seul et même homme a-t-il pu lire, écrire et discourir sans relâche, tout en militant activement dans sa circonscription du Tarn, à la Chambre des députés ou dans les congrès socialistes internationaux ? Toutes les périodes de sa vie furent intenses, mais les années 1893-1897, couvertes par ces tomes IV et V édités par Alain Boscus, sont tout à fait exceptionnelles. Elles marquent l’engagement total de Jaurès dans la voie du socialisme, aussi bien sur le plan du militantisme que de la réflexion doctrinale.


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  • ISSN 1954-3670